Le mauvais usage des médicaments tue plus de 10 000 personnes par an : comment protéger les patients ?

Publié le 26 Mars 2018 par Isabelle Gayrard Auzet, Rédactrice en chef Institutionnel E-sante Medisite
L’usage des médicaments par le grand public et par les patients est une préoccupation sanitaire centrale. Chaque année, 10 000 à 30 000 décès sont dûs à un mauvais usage des médicaments, qui est aussi à l’origine de 135 000 hospitalisations et à 1,3 millions de journées d’hospitalisation. Des accidents qui seraient évitables dans 45 à 70% des cas.
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Mauvais usage des médicaments : de quoi parle-t-on ?

Commençons par cette définition : « le mésusage des médicaments, c’est l’utilisation intentionnelle et inappropriée d’un médicament ou d’un produit, non conforme à l’autorisation de mise sur le marché ou à l’enregistrement ainsi qu’aux recommandations de bonnes pratiques ». (Article R 5121-152 du Code de Santé Publique).

La Ministre de la Santé et des Solidarités, Agnès Buzyn, porte le Bon usage des médicaments au rang de ses priorités : « Il faut mobiliser les professionnels de santé dès le départ. Le nouveau Service Sanitaire des Etudiants en santé (qui s’active dès cette année, NDLR) portera sur quatre thèmes essentiels : les addictions, la santé sexuelle, l’alimentation et l’activité physique. Ajoutons le bon usage des médicaments ! »

Trop de médicaments ?

Par exemple, si l’on considère que la France occupe la 1ère place mondiale* en termes de consommation d’antibiotiques, ou que 40,5 % des personnes âgées de plus de 75 ans consomment plus de 10 médicaments par jour, on perçoit la place importante qu’occupe le médicament dans notre société et l’enjeu qui se pose à en limiter les risques sur notre santé si l’on en fait mauvais usage, en quantité ou en qualité.65 consultations sur 90 se terminent en France par au moins une prescription de médicament, contre seulement 10 consultations sur 60 aux Etats-Unis… Ou encore, la prescription massive de benzodiazépines, qui serait responsable de 20 à 30% des chutes graves survenant chez les personnes âgées…

Effets indésirables

On appelle « Effet indésirable médicamenteux » (ou EIM), les situations suivantes :

  • La réaction nocive et non voulue à un médicament quel qu’en soit l’usage;
  • Et dont la gravité peut s’exprimer ainsi : menace du pronostic vital, hospitalisation, invalidité ou incapacité importante et/ou durable, anomalie ou malformation congénitale.

Iatrogénie

L’iatrogénie (qui est un trouble ou une maladie, consécutifs à la prise d'un médicament ou à un traitement médical) chez les personnes de plus de 70 ans est responsable de 5 à 15% de leurs hospitalisations…

Erreurs médicamenteuses

Au-delà de l’action sur le seul mésusage des médicaments, viser une réduction des accidents médicamenteux, c’est aussi prendre en compte les erreurs médicamenteuses pouvant résulter d’une mauvaise conception du médicament et de l’information qui lui est relative, ou de dysfonctionnements dans l’organisation de la prise en charge thérapeutique du patient :

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  • Mieux prescrire ou dé-prescrire ;
  • Anticiper les situations à risque ;
  • Améliorer la coordination professionnelle entre tous les acteurs du parcours de soin ;
  • Impliquer et écouter l’usager, et ne pas se contenter de l’informer.

Non observance des traitements médicamenteux

Le mauvais usage des médicaments, c’est aussi la non-observance des traitements par des patients atteints de pathologies chroniques, dont le coût a été estimé à 9 milliards d’euros (étude IMS Health 2014) ! Des solutions sont à l’étude, notamment via les outils numériques (applications, plateformes internet, télémédecine, etc…) qui arrivent sur le marché de la santé et qui devraient désenclaver les territoires où l’isolement est fréquent, rapprocher les patients de leur médecin, maintenir le lien en continu entre tous les acteurs de la chaine de soin.

Détournement des médicaments de leur objectif santé

Les phénomènes d’addiction et les détournements d’usage des médicaments de leur objectif santé ne sont pas rares. Etienne Nouguez, sociologue, chargé de recherche au CNRS explique : « Le bon usage individuel des médicaments est aussi une affaire de priorité. Pour certains individus, la santé n’est pas l’objectif premier de leur prise de médicaments, comme le dopage par exemple qui fait primer la performance sur la santé. »

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La bonne information du patient, une évidence…

Aujourd’hui, une chose est sûre, il va falloir agir, pour les professionnels de santé, et le faire savoir.

Philippe Gaertner, Président de la Fédération des Syndicats de Pharmaciens de France, réaffirme le rôle prépondérant du pharmacien dans le parcours de soins du patient : « le pharmacien a pour rôle de conforter la prescription du médecin en l’expliquant au patient. Il doit aussi insister sur le nécessaire suivi médicamenteux dans le cadre d’un traitement. » Ce qui doit s’accompagner d’une expression claire et forte de la place du pharmacien dans le système de santé : « Il faut préserver le monopole de la délivrance des médicaments aux seuls pharmaciens ! »

Mais pour bien informer le patient, il faut opter pour les bonnes courroies de transmission ! Comme le souligne Patrick Errard, Président du Leem, co-fondateur du Collectif pour le bon usage du médicament : « On peut s’interroger sur la nature du lien existant entre le mésusage du médicament et la mauvaise information du patient. L’information au patient pose des questions d’ordre éthique, il faut trouver les meilleurs véhicules de communication possibles… »

Pour Agnès Buzyn, chacun est concerné dans l’univers médical pour optimiser la portée du message : « Les campagnes de communication sur les médicaments sont chères et pas toujours efficaces ! Par exemple, la fameuse campagne « les antibiotiques, c’est pas systématique » a perdu de son impact au bout d’un an lorsque la consommation des antibiotiques a commencé à remonter… Pour informer le grand public, il faut valoriser la parole de tous les professionnels de santé, à la fois collectivement, et individuellement. »

Et d’ajouter une précision d’ordre pratique non négligeable : « La prescription médicamenteuse clôt en général la consultation et le médecin ne lui accorde qu’un temps très bref. Cela n’est pas suffisant ! Il faut prendre le temps de bien expliquer la prescription au patient. Tant qu’il n’y aura pas un mode de rémunération dédié à ce temps de la prescription, on ne progressera pas, le patient restera mal informé. » A suivre…

Les 10 préconisations du Collectif du Bon Usage du Médicament

Les professionnels de santé, privés et institutionnels, se sont regroupés en 2015 en un Collectif du Bon Usage des Médicaments afin de mutualiser toutes les expertises et d’organiser l’action collective destinée à promouvoir le bon usage du médicament. Leur réflexion aboutit aux préconisations suivantes :

1. Fixer un objectif de réduction des décès et des hospitalisations dus au mauvais usage du médicament, à 5 ans

2. Créer un Observatoire du bon usage du médicament

3. Renforcer la formation de tous les professionnels de santé au bon usage du médicament

4. Encourager la coopération médecins-pharmaciens au travers du Développement Professionnel Continu

5. Sensibiliser les jeunes et les salariés au bon usage du médicament via le Service Sanitaire

6. Relancer les campagnes d’information grand public sur le bon usage, portées par les autorités de santé

7. Généraliser dans les logiciels d’aide à la prescription, la détection des interactions médicamenteuses provenant de multi-prescriptions

8. Accélérer, via le DMP (Dossier Médical Partagé), la mise à disposition des outils de partage des données patients entre professionnels de santé et œuvrer à leur bonne utilisation

9. Rendre inter opérables les messageries sécurisées entre professionnels de santé (ville / hôpital)

10. Mettre en place un numéro vert à destination des médecins et pharmaciens pour leur permettre de contacter un référent médicament dans les situations complexes

et 1 projet : installer le 22 mars comme journée nationale du bon usage du médicament !

Le mauvais usage des médicaments tue plus de 10 000 personnes par an : comment protéger les patients ?

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