Vaccin contre les cystites : pourquoi la France est-elle à la traîne ?
Le sujet a fait débat lors du dernier congrès annuel de l’Association Française d’Urologie (AFU) qui s’est tenu fin 2025 à Paris : pourquoi la vaccination contre les cystites n’est-elle pas proposée en France alors qu’elle est à disposition dans de nombreux autres pays européens ?
“Les cystites récidivantes sont une calamité pour certaines femmes"
Car les infections urinaires ne sont pas une fatalité mineure, mais un véritable problème de santé publique. Si l'antibiothérapie reste la norme, l'augmentation de la résistance bactérienne et la détresse des patientes face aux récidives imposent de trouver de nouvelles stratégies. Comment expliquer alors que cette solution préventive largement disponible hors de nos frontières peine à convaincre les autorités sanitaires françaises ?
Cystites récidivantes : un fardeau pour les femmes touchées
L'ampleur du phénomène est considérable : on estime l'incidence annuelle des infections urinaires communautaires entre 4 et 6 millions de cas en France. Cette pathologie représente le deuxième motif de consultation et de prescription d'antibiotiques en médecine générale. La situation est particulièrement difficile pour les femmes qui subissent des infections très fréquentes, menant souvent à des impasses thérapeutiques après de multiples échecs de traitements classiques.
“Les cystites récidivantes sont une calamité pour certaines femmes. Elles sont 2,4 % à avoir des infections très fréquentes et à se retrouver en consultation spécialisée en raison des échecs de prise en charge”, a ainsi souligné le Pr Sotto, chef du service des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Nîmes, lors de son intervention pendant le congrès de l’AFU relayée par le média Medscape.
Face à ce constat, plusieurs pays comme l'Espagne, l'Allemagne ou la Suisse ont adopté une approche vaccinale. Ces agents immunoactifs sont proposés quand les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent plus. Formulés principalement à base d'Escherichia coli (la bactérie majoritairement en cause), ils existent sous forme de gélules orales (Uro-Vaxom), d'injections (StroVac) ou de sprays sublinguaux (MV140).
Vaccin contre les cystites : la volte-face de l'Association Européenne d’Urologie (EAU)
Alors que l'Association Européenne d'Urologie (EAU) s’était prononcé en faveur d’une approche vaccinale, elle a créé la surprise en 2025 en rétrogradant sa recommandation de « forte » à « faible », ce qui peut expliquer la situation actuelle en France. L'organisme justifie ce recul par un faible degré de certitude des données disponibles et un manque de preuves solides sur l'efficacité à court terme des vaccins pour réduire les récidives, bien que la sécurité des produits ne soit pas contestée.
Cette prudence est discutée par certains experts français. Pour le Pr Albert Sotto, la vaccination “rend service à un certain nombre de malades”. Il met en avant une méta-analyse récente sur le vaccin oral Uro-Vaxom montrant une réduction des récidives allant de 34 % à plus de 80 %. De plus, des données sur le vaccin StroVac indiquent un intérêt par rapport aux antibiotiques la première année, et un avantage significatif la deuxième année grâce au rappel.
A l'opposé, la Dre Ruxandra Calin, infectiologue à l’hôpital Tenon à Paris, appelle à la retenue. Elle insiste sur le besoin de nouvelles études cliniques indépendantes pour valider le mécanisme d'action précis sur la vessie. Elle cite notamment l'essai français RETRAIN, actuellement en cours, nécessaire pour prouver objectivement la réduction de la consommation d'antibiotiques.
Cystites : les pistes les plus prometteuses !
Parmi les solutions émergentes, le vaccin MV140 (spray) affiche les résultats les plus encourageants. Un essai multicentrique randomisé publié en 2022 a révélé une médiane d'épisodes infectieux de 0 chez les femmes traitées, contre 3 pour le groupe placebo. Toutefois, l'EAU rappelle qu'il s'agit pour l'instant d'une étude unique, ce qui empêche une généralisation immédiate des recommandations.
En l'absence d'Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) en France, les patientes se retrouvent donc souvent démunies. Même si le Pr Sotto suggère que ces traitements devraient être accessibles via un “encadrement spécialisé” ou "des protocoles de recherche", pour l’heure, de nombreuses femmes se trouvent sans solutions pérennes. Les résultats des prochaines études seront déterminants.
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