Définition : qu’est- ce que la dyspnée ?

La dyspnée, appelée également essoufflement, traduit une sensation de gêne respiratoire. Elle n’est pas une pathologie, mais bien un symptôme, témoignant la plupart du temps d’une insuffisance cardiaque et/ou pulmonaire, même s’il existe d’autres causes potentielles.

Subjective, cette difficulté à respirer est difficilement quantifiable. On parle de dyspnée lorsque le réflexe de respiration devient un véritable effort conscient. Cette sensation peut être particulièrement angoissante et être en lien avec des perturbations physiologiques ou des réactions psychologiques du patient.

Difficultés à respirer et Coronavirus (Covid-19)

Le Coronavirus (Covid-19) s'attaque aux voies respiratoires que sont le nez, le pharynx, la trachée, les bronches, les poumons... Il pénètre dans le système pulmonaire de différentes façons :

  • Par les voies aériennes lorsque vous respirez ou inhaler le virus à proximité d'une personne porteuse, lorsqu'elle tousse, éternue ou encore lorsqu'elle expire.
  • Par les voies buccale et aérienne secondaire, lorsque vous portez vos mains à votre visage (proche des muqueuses : yeux, nez, bouche) alors qu'elles ont été contaminées. Elles peuvent l'avoir été par contact direct ou indirect, en touchant soit une personne atteinte, soit des surfaces également contaminées comme une télécommande, une rampe d'escalier, une poignée de porte, ou un Caddy parce qu'elles ont elles-mêmes été touchées par des individus porteurs du coronavirus.

Troubles respiratoires et Coronavirus : quand faire le 15 ?

Le Coronavirus SARS CoV 2 infecte les poumons. Trente pour cent des patients qui en sont atteints sont modérément essoufflés (dyspnée modérée).

Vous devez impérativement faire le 15 en cas de difficultés respiratoires évolutives (qui s'aggravent).

Mais d'autres symptômes doivent vous alerter :

  • Si la gêne respiratoire perturbe le débit verbal ou empêche de faire des phrases d'une traite.

Pour savoir si une personne est essoufflée ou non, il faut la faire parler (...). Ainsi, on se rend compte rapidement de son essoufflement, explique le Dr Ballongue, médecin généraliste.

  • Le caractère inhabituel de cet essoufflement.
  • Son arrivée subite (bien que ce ne soit pas toujours le cas).
  • Une augmentation anormale du nombre de respirations par minute. Quinze à 20 respirations par minute sont normales en moyenne chez une personne en bon état de santé. La respiration devient "anormale", lorsqu’elle est supérieure à 20 cycles par minute. On parle alors tachypnée.
  • Un état légèrement second. Ce signe est, en principe, provoqué par le manque d’oxygène (hypoxémie).

D'autre signes associés ou non à la dyspnée, à ne surtout pas laisser passer :

  • Un pouls très rapide (plus de 85 par minute) en présence d'une chute de la pression artérielle (en dessous de 10 ou 9 en fonction des valeurs habituelles du sujet).
  • Des marbrures (livedo) sur l’abdomen et les membres inférieurs.

Quels sont les différents types de dyspnée ?

  • La dyspnée inspiratoire

Elle se caractérise par une difficulté à inspirer de l’air, qui entraîne ce qu’on appelle un tirage inspiratoire. Un creusement du thorax y est généralement associé.

  • La dyspnée laryngée

Cette difficulté respiratoire est liée à la réduction du calibre de la filière laryngée au niveau de l’un de ses trois étages : sous-glotte, glotte, ou étage sus-glottique. Elle recouvre des lésions variées comme la laryngite sous-glottique, l’épiglottite et le corps étranger chez l’enfant. Chez l’adulte elle peut résulter d’un cancer laryngé, par exemple.

  • La dyspnée aiguë

« Il convient ici de distinguer la dyspnée aigüe, d’apparition brutale et qui peut rapidement s’aggraver (comme celle accompagnant une crise d’asthme) et la dyspnée chronique qui s’installe dans la durée et évolue progressivement. La dyspnée aigüe est le type d’essoufflement qui inquiète le plus et constitue une cause fréquente de consultation aux urgences. Ce type de dyspnée peut faire suspecter différentes pathologies, comme une insuffisance cardiaque aiguë, une embolie pulmonaire, une pneumonie en cas de fièvre associée ou encore un pneumothorax chez un sujet jeune » précise le Docteur Ellaffi, pneumologue.

  • La dyspnée paroxystique

La dyspnée paroxystique nocturne se caractérise par une sensation d'étouffement qui oblige la personne à s'asseoir pour reprendre son souffle. « Elle résulte plus rarement du rétrécissement de la valve aortique mais survient plus souvent en cas d’asthme, d’apnée du sommeil, ou encore de reflux avec régurgitation », détaille notre spécialiste.

  • La dyspnée d’origine cardiaque

Elle traduit un défaut fonctionnel de la pompe cardiaque. Le patient ne parvient plus à s'adapter à l'augmentation des besoins en sang de son organisme. « Il est à noter qu’un œdème pulmonaire au niveau bronchique peut aussi donner des sifflements et tromper à la fois le patient et le diagnostic » prévient le Docteur Ellaffi.

  • La dyspnée d'effort

On parle de dyspnée d'effort lorsque cette gêne respiratoire survient exclusivement au cours d'un effort physique. Elle peut révéler une pathologie pulmonaire (asthme d'effort) ou une insuffisance cardiaque. « Enfin, dans de rares cas, ce type de dyspnée peut apparaître dans le cadre d’une allergie alimentaire, comme l'allergie au blé », explique la spécialiste.

  • La dyspnée de Cheynes-Stokes

Elle a été décrite pour la première fois en 1818 par John Cheyne, médecin étudiant la respiration, puis complétée par William Stokes en 1854. Elle correspond à une anomalie du rythme respiratoire périodique et se caractérise par une alternance entre phases d'apnée, (arrêt de la ventilation pulmonaire), et d'hyperpnée, une augmentation de l'amplitude des mouvements respiratoires. Elle touche principalement les patients souffrant d’insuffisance cardiaque.

  • La dyspnée de Kussmaul

Elle se manifeste par une difficulté respiratoire profonde, plus rapide et difficile que la normale. La dyspnée de Kussmaul est souvent associée à une acidocétose diabétique (accumulation de substances acides dans le sang) mais aussi, parfois, à une insuffisance rénale.

Chiffres : quelle est la fréquence d’une dyspnée ?

D’après la littérature médicale, la prévalence de la dyspnée en milieu hospitalier varie en fonction de la population considérée. Les études montrent que 5 % des patients consultent les urgences pour une dyspnée, mais ce chiffre est probablement sous-estimé, la dyspnée pouvant être au second plan lors du tri initial.

Dyspnée : quels sont ses symptômes ?

La dyspnée est un symptôme en soi. Les patients rapportent généralement une sensation de « manquer d’air », de devoir réaliser un véritable effort respiratoire pour lutter contre une oppression thoracique.

Comment est posé le diagnostic ?

La réponse du Docteur Ellaffi, pneumologue :

« Le symptôme de dyspnée doit être recherché durant l’interrogatoire médical. En effet, certains patients viennent en consultation parce qu’ils sont essoufflés, mais d’autres vont finalement s’adapter, minimiser leur gêne respiratoire et réduire leurs efforts. Dans ce dernier cas, le patient se déconditionne et le diagnostic sera posé à un stade très avancé, lors d’une décompensation par exemple.

On procède à un interrogatoire exhaustif pour savoir à quoi on fait face. La dyspnée peut résulter de multiples pathologies sous-jacente et cet interrogatoire nous permet d’orienter le diagnostic. Est-ce que le patient tousse ? Y a-t-il des expectorations ? Une fièvre associée ? Une altération de l’état général ? une perte de poids….».

La dyspnée peut aussi être associée à divers signes cliniques:

  • Sensation de tirage intercostal. On parle de « tirage » lorsque des tissus de la cage thoracique sont anormalement attirés vers l'intérieur de la cage thoracique au cours de l'inspiration.
  • Modifications du rythme respiratoire.
  • Battements des ailes du nez lors de l’effort respiratoire.
  • Œdèmes

Dyspnée : quelles sont ses causes ?

La dyspnée peut avoir de nombreuses origines :

Les causes pulmonaires

Plusieurs pathologies pulmonaires dites « obstructives » peuvent être en cause. Les plus fréquentes sont l’asthme et la bronchite chronique. Enfin, la mucoviscidose peut causer une dyspnée, dans de plus rares cas.

Certaines pathologies pulmonaires, dites « restrictives », affectent également le processus respiratoire en réduisant sa capacité. C’est le cas, par exemple, pour les personnes ayant subi l’ablation d’un poumon.

Les causes cardiaques

En cas de défaillance cardiaque, l'oxygénation des tissus et des organes peut être affectée. Plusieurs pathologies peuvent, de fait, expliquer une dyspnée, au premier rang desquelles figure l’insuffisance cardiaque. En générant un déficit de pression sanguine, celle-ci contribue à la gêne respiratoire.

L’infarctus du myocarde se manifeste lui aussi par des troubles respiratoires majeurs, tout comme l’hypertension artérielle. « Les troubles du rythme cardiaque, comme l’arythmie, l’angine de poitrine ou encore l’hypertension artérielle pulmonaire (notamment chez les patients qui ont pris du Médiator) peuvent aussi être à l’origine d’une dyspnée » précise la pneumologue.

Une fois les causes pulmonaires et cardiaques écartées, d’autres pistes restent envisageables.

Les causes neurologiques

Les maladies neuromusculaires susceptibles de dégrader les performances des muscles respiratoires peuvent engendrer une dyspnée. On peut citer ici le syndrome de Guillain Barré, la myopathie de Duchenne (maladie génétique provoquant une dégénérescence progressive de l'ensemble des muscles de l'organisme), certaines scléroses en plaques...

Les causes métaboliques

L'obésité est une cause majeure de dyspnée.

Les causes hématologiques

L’anémie peut être à l’origine d’une dyspnée. Le déficit de globules rouges influence l'oxygénation du corps.

Quels sont les facteurs de risque de la dyspnée ?

Au-delà des causes suscitées, la sédentarité et le tabagisme sont des facteurs de risques dans la survenue ou dans l’aggravation d’une dyspnée.

Quelles sont les personnes à risque de dyspnée ?

La dyspnée touche plus volontiers les sujets souffrant de maladies respiratoires, de pathologies cardiovasculaires et d’obésité. Les fumeurs et les patients souffrant du syndrome d’apnées du sommeil sont, eux aussi, en première ligne.

Quelle est la durée d’une dyspnée ?

« La durée d’une dyspnée va dépendre du délai de prise en charge de la pathologie sous-jacente », explique le Dr Madiha Ellaffi. « Par exemple, elle peut ne durer que quelques minutes si elle est causée par une crise d’asthme qui va être traitée et s’améliorer rapidement, ou quelques heures dans le cas d’un pneumothorax qui sera exsufflé aux urgences. Enfin, certaines personnes atteintes de maladies évolutives vont souffrir d’une dyspnée chronique qui dure sur plusieurs mois, voire plusieurs années ».

La dyspnée est-elle contagieuse ?

La dyspnée n’est pas une maladie en soi, mais bien un symptôme, au même titre que la toux par exemple. Elle n’est donc pas contagieuse.

Qui, quand consulter en cas de dyspnée ?

Dès l’apparition des premiers symptômes, il est essentiel de consulter son médecin traitant qui recherchera la cause de cette gêne respiratoire. Il pourra ensuite vous adresser à un confrère spécialiste en fonction de la cause sous-jacente qui aura été identifiée. Enfin, en cas de dyspnée aigüe, il est parfois nécessaire de se rendre aux urgences rapidement.

Dyspnée : les astuces pour récupérer

Astuce numéro 1

Premier point et pas des moindres : vous devez travailler votre inspiration pour réouvrir votre cage thoracique.

Pour ce faire, il existe "un exercice simple pour récupérer l’amplitude thoracique initiale : prendre un bâton (un manche à balai fera l’affaire) à deux mains, le soulever au-dessus et légèrement en arrière de la tête en inspirant à fond (limiter ce geste si douleurs) puis redescendre le bâton sur le ventre en expirant lentement. On peut aussi sans bâton effectuer des exercices de brasse, de crawl, ou travailler l’extension des bras avec un élastique de sport…", recommande le docteur P. Vasseur, interviewé par le magazine Libération.

Astuce numéro 2

Ensuite, il est important de travailler l'expiration.

"Travailler l’expiration nécessite de vider ses poumons le plus profondément possible. Un autre exercice peut s’effectuer avec une paille ou le corps d’un stylo Bic dont on retire la mine et le capuchon : remplir un verre d’eau au tiers, placer la paille ou le corps du stylo dans le verre et expirer très lentement en faisant des bulles", préconise le médecin hospitalier.

Astuce numéro 3 : travailler la relaxation

"Pour terminer, travailler la relaxation en pratiquant la respiration abdominale : mettez la main sur le ventre, inspirez par le nez, bouche fermée en gonflant le ventre (la main est projetée en avant) puis expirez en soufflant par la bouche et en rentrant le ventre", conseille le docteur P. Vasseur.

Quelles sont les complications de la dyspnée ?

Les conséquences de la dyspnée peuvent être multiples. Elle peut en effet contraindre le sujet sur le plan physique, car elle entraîne une limitation de ses capacités physiques. Sur le plan social, un isolement n’est pas rare dans le cas notamment de la BPCO. Des complications psychologiques peuvent également survenir. Anxiété, dépression et troubles de l’humeur sont assez fréquents.

« Un des problèmes majeurs en cas de dyspnée chronique - chez les fumeurs ou les patients obèses par exemple – c’est qu’un cercle vicieux s’installe : réduction des efforts, sédentarité, et déconditionnement musculaire. Le cœur perd peu à peu l’habitude de faire des efforts, donc le patient est essoufflé et réduit par conséquent ses efforts, etc… C’est la raison pour laquelle il est très important d’en parler, de se soigner et de rentrer dans des protocoles adaptés », détaille notre spécialiste.

Quels sont les examens et analyses nécessaires en cas de dyspnée ?

« Un examen clinique est systématiquement réalisé et constitue un préalable aux autres examens qui vont être effectués en fonction des hypothèses diagnostiques. Un bilan sanguin peut aussi éventuellement être prescrit, en fonction des cas », explique le Dr Ellaffi.

Si une cause pulmonaire est suspectée, on peut avoir recours à :

  • Une mesure de la gazométrie artérielle ;
  • Une radiographie du thorax et / ou un scanner ;
  • Une exploration fonctionnelle respiratoire.

Si une cause cardiaque est suspectée :

  • Un test cardiaque d'effort ;
  • Un électrocardiogramme. Il s'agit d'une représentation graphique de l'activité électrique du cœur.

Photo : électrocardiogramme représentant un rythme cardiaque normal

Quels sont les examens et analyses nécessaires en cas de dyspnée ?© Creative Commons

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Par ailleurs, les praticiens disposent d’outils de mesure pour quantifier et évaluer une dyspnée chronique. Des échelles permettent de mesurer l’impact de la dyspnée sur la vie quotidienne du patient.

Quelques exemples d’échelles de mesure

L’échelle du Medical Research Council

Elle est très utilisée dans le suivi des maladies respiratoires :

  • stade 0 : dyspnée pour des efforts soutenus (montée de 2 étages) ;
  • stade 1 : dyspnée lors de la marche rapide ou en pente ;
  • stade 2 : dyspnée à la marche sur terrain plat, en suivant une personne de son âge ;
  • stade 3 : dyspnée obligeant à s'arrêter pour reprendre son souffle après quelques minutes ou une centaine de mètres sur terrain plat ;
  • stade 4 : dyspnée au moindre effort.

L’échelle de Borg

La consigne donnée au patient est d’entourer d’un cercle le nombre (allant de 0 pour rien à 10 pour maximale) qui, à l’instant même, décrit le plus exactement possible sa gêne respiratoire.

L’échelle observationnelle de détresse respiratoire

Lorsque la communication verbale est altérée (patients en fin de vie, aux soins intensifs, avec une atteinte cérébrale), l’auto-évaluation de la dyspnée est impossible et ce symptôme risque d’être sous-estimé. Des échelles observationnelles incluant des signes respiratoires et comportementaux ont donc été développées. Les résultats de ces échelles corrèlent bien avec les questionnaires d’auto-évaluation chez les patients pouvant communiquer.

Traitement : comment soigner une dyspnée ?

Le traitement de la dyspnée consiste essentiellement à traiter sa cause. Pour les dyspnées d’origine respiratoire, on peut avoir recours à l’oxygénothérapie, une supplémentation en fer sera prescrite dans le cas d’une dyspnée causée par la présence d’une anémie, une perte de poids sera recommandée pour les cas d’obésité…

Pour les dyspnées causées par une pathologie chronique, la prise en charge de l’entraînement à l’effort est pluridisciplinaire.

Comment la dyspnée chronique est-elle traitée ?

La réponse du Dr Ellaffi, pneumologue :

« Il existe des séjours de réhabilitation respiratoire pour les patients atteints de dyspnée chronique. Un accompagnement en kinésithérapie respiratoire et en diététique leur est proposé. Soutien psychologique et éducation thérapeutique pour savoir reconnaître une décompensation dès ses débuts sont également fortement recommandés. Un suivi à domicile est ensuite mis en place pour améliorer le quotidien de ces patients ».

Prévention : peut-on éviter la dyspnée ?

La prévention de la dyspnée passe avant tout par le respect de mesures hygiéno-diététiques simples :

  • Ne pas fumer permet notamment de prévenir la dyspnée due à la BPCO ;
  • Éviter le surpoids ;
  • Pratiquer une activité physique régulière ;
  • « Beaucoup de facteurs environnementaux sont susceptibles d’agresser le poumon, de l’abîmer et d'augmenter les risques d’allergie. Il faut être particulièrement vigilant à la pollution intérieure avec les produits d’entretien, l’encens, tous les organismes volatils, les solvants présents dans certaines peintures pour les personnes qui déménagent… » conclut la spécialiste.

Sites d'information et associations

Sources

Dyspnée, Respir.com

Peiffer, C, Mécanismes de la dyspnée : théories récentes et état de la question., Med Sci (Paris), 1999, Vol. 15, N° 6-7; p.857-62

Entretien avec le Docteur Madiha Ellaffi, pneumologue.