Qu’est-ce que la maladie de Bowen ?

La maladie de Bowen est une forme in situ de carcinome, c’est-à-dire "un stade précoce de cancer qui se développe au sein de l’épiderme, mais qui n’a pas encore franchi la membrane basale pour atteindre le derme", explique le docteur Perussel, dermatologue. Pour rappel, le derme est une couche profonde de la peau tandis que l’épiderme est situé à sa superficie.

La maladie de Bowen se manifeste par l’apparition de plaques rouges squameuses aux contours irréguliers. Il s’agit du seul symptôme de la maladie.

Le risque à craindre est l’évolution vers un cancer de la peau : "si l’affection franchit la membrane basale, nous ne parlons plus de maladie de Bowen, mais de carcinome épidermique", explique le spécialiste. Toutefois, la transformation en cancer de la peau ne représente que 3 à 5% des cas. En effet, la progression de la maladie est très lente et les traitements sont efficaces (en particulier l’exérèse chirurgicale).

Quelle est sa fréquence de ce carcinome ?

La maladie de Bowen est une affection rare, même si son incidence serait sous-estimée, selon certains (1). Elle survient chez l’adulte avec un pic à la septième décennie. Elle touche davantage les femmes que les hommes (1).

Quels sont les symptômes de la maladie de Bowen ?

"La maladie de Bowen se manifeste par différents symptômes qui n’alertent généralement pas les patients. Ceux-là croient souvent qu’il s’agit d’un épisode d’eczéma ou de psoriasis. Le diagnostic est donc souvent tardif", explique le praticien. On observe notamment :

  • des lésions cutanées : apparition de petites plaques squameuses de couleur marron-rouge et aux bords irréguliers. Elles peuvent être multiples ou solitaires. Elles peuvent toucher n’importe quelle partie du corps, mais sont souvent localisées sur les parties exposées au soleil : la tête, le cou, les mains ou encore le bas des jambes. Elles s’accompagnent parfois d’un épaississement de l’épiderme (hyperkératose). Ces lésions s’étendent, mais leur croissance est très lente ;
  • des lésions génitales : L'atteinte est vulvaire (chez la femme) ou sur la verge (chez l'homme). Les plaques sont très rouges, lisses, luisantes et indolores. "Elles peuvent se mettre à saigner et se révèlent fragiles" ;
  • des lésions au niveau des ongles : bande longitudinale de couleur rosée sur un ou plusieurs ongle(s) ;
  • des plaques jaunes et squameuses se forment par la suite sur les zones touchées.

Image : lésion de la maladie de Bowen vue au microscope

Image : lésion de la maladie de Bowen vue au microscope

© CC - Auteur : KGH supposé- Travail personnel- Licence : https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/

Quelles sont les causes de ce cancer ?

Les mécanismes d’installation de la maladie de Bowen restent encore mystérieux. Il réside toutefois certains facteurs déclenchant probables :

  • le rayonnement solaire : les rayons ultra-violets pénètrent profondément la peau pouvant occasionner des dommages dont des lésions cutanées précancéreuses ;
  • le papillomavirus humain (HPV) : "ce virus sexuellement transmissible est une cause de la maladie de Bowen. C’est en particulier le HPV 16 qui est associé à cette affection" ;
  • l’immunodépression(2) : la baisse des défenses immunitaires dans le cadre d’une maladie (VIH, maladie auto-immune…), d’une prise de médicaments immunosuppresseurs peut aussi jouer un rôle ;
  • une exposition prolongée à l’arsenic (toxique parfois présent dans l’eau, les insecticides, les agents de coloration…) : selon la littérature médicale, il existe un risque de développer la maladie de Bowen environ 10 ans après l'exposition initiale (3) ;
  • le vieillissement de la peau.

Quels sont les facteurs de risques de cette pathologie ?

Les facteurs de risque de la maladie de Bowen sont :

  • une exposition trop fréquente au soleil (en particulier chez les sujets à la peau claire) ;
  • une infection au HPV ;
  • une immunodépression (maladie auto-immune, VIH, prise de médicaments immunosuppresseurs…) ;
  • une exposition prolongée à l’arsenic ;
  • l’âge et le vieillissement cutané.

Quelles sont les personnes à risque de déclencher cette maladie de l'épiderme ? 

Le risque de déclencher la maladie augmente avec l’âge, avec un pic aux alentours de 70 ans. La maladie affecte plus les femmes que les hommes. En outre, certaines personnes sont plus exposées :

  • les personnes qui s’exposent trop souvent et longtemps au soleil ou qui sont beaucoup en extérieur (avec un risque accru chez les peaux claires) ;
  • les personnes immunodéprimées.

Quelle est la durée de la maladie de Bowen ?

L’évolution de la maladie est très lente : "la maladie de Bowen progresse généralement vers le carcinome épidermoïde invasif (cancer de la peau) en plusieurs années. Cette durée est variable d’un sujet à un autre. Toutefois, une telle complication est le plus souvent évitée grâce aux traitements. La chirurgie peut offrir la guérison", selon le spécialiste. À noter que de rares cas d’évolution très longue sans formation de carcinome ont été décrits.

Est-ce contagieux ?

La maladie de Bowen n’est pas contagieuse.

Qui, quand consulter ?

En cas de première apparition de lésions cutanées indolores qui persistent depuis plus d’une semaine, il est fortement recommandé de consulter un dermatologue.

Quelles sont les complications ?

La maladie de Bowen évolue lentement vers le carcinome épidermoïde ou cancer de la peau .

Quels sont les examens et analyses à réaliser ?

Le diagnostic de la maladie de Bowen repose sur un examen clinique confirmé par une biopsie.

Quels sont les traitements de la maladie de Bowen ?

Il existe plusieurs voies de traitement plus ou moins efficaces :

  • l’exérèse chirurgicale qui consiste à l’excision des lésions : "c’est de loin le traitement le plus efficace. Il peut apporter la guérison bien que les rechutes soient fréquentes. En ce cas, il faudra pratiquer à nouveau l’exérèse. Certaines localisations ne permettent pas la chirurgie". Néanmoins la chirurgie micrographique permet d’envisager l’exérèse sur des zones délicates telles que le visage ou les zones génitales ;
  • les chimiothérapies topiques d’application locale (fluorouracil) : "ces crèmes efficaces peuvent être associées ou non à la chirurgie" ;
  • la cryoablation ou cryochirurgie : cette intervention a recours au froid extrême (azote liquide ou dioxyde de carbone liquide) pour geler et détruire les cellules ou les tissus atteints ;
  • la radiothérapie ;
  • le curetage électrodessication : un courant électrique est employé pour enlever les lésions ;
  • La thérapie photodynamique : elle permet de détruire les cellules cancéreuses.

Comment prévenir l'apparition de la maladie ?

Il n’est pas possible de prévoir la survenue de la maladie. L’unique moyen de prévention contre cette dernière (et contre le cancer de la peau) est d’éviter les expositions trop fréquentes et prolongées aux rayons du soleil. L’idéal est de protéger sa peau au moyen de crème protectrice. Gardez en tête que les peaux claires sont les plus à risque.

J’ai été diagnostiqué(e) tardivement, quels sont les risques ?

Réponse du Dr. Perussel, dermatologue :

"Il y a beaucoup de diagnostics tardifs avec parfois des complications du fait que les patients s’automédiquent en appliquant des crèmes hydratantes ou contre l’eczéma. Les risques dépendent du stade de la maladie et des éventuelles complications".

Sites d’informations et associations

Ligue contre le cancer

Vaincre le mélanome

Fondation ARC pour la recherche contre le cancer

Syndicat national des dermatologues et vénérologues SFDV - Association de patients

Sources

Entretien avec le Dr. Marc Perussel, dermatologue et vénérologue

(1) La maladie de Bowen : un carcinome épidermoïde rare ou sous diagnostiqué, Maha Mael-ainin et Badredine Hassam, Pan Afr journal, 2014

(2) Variations de la présentation du carcinome épidermoïde in situ chez les patients immunodéprimés, A. L Drake and al. (PDF en ligne sur https://www.jaad.org/)

(3) Maladie de Bowen, Colin A. Morton and al., NORD

Bowen diseases, Myung-Moo Lee, M.M Wick (PDF en ligne sur https://acsjournals.onlinelibrary.wiley.com/)