Qu'est-ce le botulisme ? 

Le botulisme est une maladie neurologique qui se manifeste par des paralysies flasques provoquées par l’action d’une neurotoxine extrêmement puissante, la toxine botulique, principalement fabriquée par la bactérie Clostridium botulinum. "C'est bien la toxine et non la bactérie qui rend malade", souligne Christelle Mazuet, directrice du Centre national de référence (CNR) des bactéries anaérobies et botulisme. "Cette bactérie a le pouvoir de fabriquer une toxine paralysante quand elle se retrouve dans un environnement privé d'oxygène. Il s'agit d'une bactérie anaérobie", explique la spécialiste.

Le botulisme touche l'homme, mais aussi les animaux. Il existe au moins 40 types de toxines différentes qui sont plus ou moins puissantes, classées de A à G. "Quatre de ces formes (les types A, B, E et rarement F) peuvent provoquer le botulisme humain. Les types C, D et E sont à l’origine de la maladie chez d’autres mammifères comme les oiseaux et les poissons", lit-on sur le site de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). 

Le botulisme est inscrit sur la liste des maladies à déclaration obligatoire. "Cette déclaration permet de mettre en œuvre rapidement des investigations épidémiologiques et vétérinaires dans l’objectif de prévenir la survenue d’autres cas par la mise en œuvre de mesures de contrôle et de prévention adéquates", explique le site de Santé Publique France. 

Photographie, au microscope, de la bactérie Clostridium botulinum

Photographie, au microscope, de la bactérie Clostridium botulinum

© CC Domain Public, Centers for Disease Control and Prevention's Public Health Image Library - Licence : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Clostridium_botulinum.jpg

Le botulisme alimentaire

On tombe malade après avoir ingéré un aliment, mal préparé et/ou mal conservé, qui contient de la toxine botulique. Il s'agit alors d'une intoxication alimentaire

Le botulisme infantile 

Il touche les bébés jusqu'à un an, qui ont ingéré la bactérie sous forme de spore (la forme dormante de la bactérie, présente dans l'environnement). "La bactérie peut coloniser le tube digestif immature du bébé et produire de la toxine botulique", précise Christelle Mazuet.

Toutefois la bactérie peut être ingérée par l'enfant et être éliminée naturellement sans faire de dégâts. "On ne sait pas pourquoi la bactérie va se développer chez un enfant et pas chez un autre. La grande majorité des enfants éliminent la bactérie", poursuit la spécialiste.

Le botulisme de plaie 

Il s'agit de la contamination par Clostridium botulinum d'une plaie très profonde, qui n'a pas été bien nettoyée. La bactérie, sans oxygène, se développera et fabriquera la toxine botulique. "C'est un pendant du tétanos", souligne Christelle Mazuet.

Le botulisme iatrogène 

"S'il y a eu des suspicions, il n'y a toutefois jamais eu de cas confirmé en France", pose-t-elle. La toxine botulique est en effet utilisée pour traiter certaines pathologies et entre dans la composition du Botox, utilisé en chirurgie esthétique pour diminuer les rides. Les contaminations à la toxine botulique sont alors liées à un mésusage du traitement ou à des accidents lors d'injections de botox.

Les chiffres de cette maladie neurologique en France

"On a en moyenne une vingtaine de cas de botulisme en France chaque année. Le botulisme alimentaire représente 90 à 95 % de ces cas. Beaucoup plus rare, le botulisme infantile représente 1 à 2 cas par an en France", énumère la responsable du CNR qui se souvient n'avoir été confrontée qu'une fois dans sa carrière à un cas de botulisme de plaie.

Quels sont les symptômes du botulisme ?

"Le botulisme est une paralysie flasque descendante qui présente toujours les mêmes symptômes, peu importe le mode de contamination", explique Christelle Mazuet.

Les premiers symptômes, qui apparaîtront le plus souvent 12 à 72 heures après la contamination, sont d'abord oculaires. La personne contaminée voit double, a les paupières qui tombent. Elle aura ensuite la bouche très sèche, du mal à déglutir et des difficultés d'élocution.

Le malade peut également développer des troubles digestifs, comme des nausées ou des vomissements. "Ces troubles ne sont pas dus à la toxine botulique, mais au fait que l'aliment est souvent contaminé par d'autres bactéries, toxines ou virus", observe Christelle Mazuet.

La toxine botulique peut également être responsable d'une "constipation opiniâtre" et d'une paralysie des bras d'abord puis des jambes. "Le malade peut se retrouver tétraplégique".

Dans les cas les plus graves et en fonction de la quantité et du type de la neurotoxine mise en cause, le patient peut souffrir d'une insuffisance ou d'une paralysie totale du système respiratoire et du muscle cardiaque.

Les causes de la maladie 

Une personne pourra être contaminée en ingérant un aliment mal lavé et mis ensuite en conserve, dans un bocal privé d'oxygène. Un bébé sera lui contaminé en avalant la spore de la bactérie ou la bactérie elle-même. 

Concernant le butlisme alimentaire, les conserves mises en cause sont très rarement industrielles. "Les normes de stérilisation dans l'industrie sont basées notamment sur la prévention du botulisme et la destruction des spores, extrêmement résistantes. Pour les détruire, il faut monter à des températures et des pressions très élevées", pose la responsable du CNR. Les particuliers ne sont évidemment pas suffisamment équipés pour mener à bien ce type de procédé.

Les principaux aliments concernés sont les légumes peu acides comme les haricots verts, les épinards ou les betteraves.

Autre aliment à l'origine du botulisme en France, les jambons crus et charcuteries de préparation artisanale ou familiale. "Probablement parce que les porcs sont porteurs sains, mais nous n'en avons pas encore la preuve", avance Christelle Mazuet. Pour éviter tout risque de contamination à la toxine botulique, il faut respecter la concentration en sel de la saumure ainsi que le temps de saumurage, des impératifs qui font parfois défaut à des saumurages artisanaux.

Enfin, plus rarement toutefois, la toxine botulique peut se retrouver dans "du poisson fermenté, fumé ou salé", note l'OMS.

Comment attrape-t-on le botulisme ?

Ainsi, on peut attraper le botulisme en ingérant un aliment mal préparé et/ou mal conservé. Dans le cas du botulisme infantile, il suffit de l'ingestion de la bactérie ou d'une spore, la forme dormante de la bactérie, par le bébé. Il peut par exemple l'ingérer alors qu'on s'occupe de lui les mains sales.

"On a également quelques indications sur des cas de botulisme infantile lors de gros travaux réalisés autour de l'environnement de l'enfant, mais il s'agit seulement d'indication", commente Christelle Mazuet. Dans ce cas, l'intoxication serait liée à la présence accrue de grains de poussières dans l'atmosphère.

Comme vu plus haut, on peut aussi développer un botulisme, bien que très rarement, lorsqu'une plaie ouverte, très profonde, n'est pas suffisamment bien nettoyée ou lors d'un mésusage d'un traitement à base de toxine botulique ou de Botox en chirurgie esthétique.

Quels sont les facteurs de risques ?

Les facteurs de risques sont ceux cités plus haut :

  • Conserverie ou saumurage mal réalisé
  • Ne pas se laver les mains avant de s'occuper d'un bébé
  • Mal nettoyer une plaie
  • Mauvais usage d'un traitement à base de toxine botulique 
  • Accident lors d'injection de Botox

Les personnes à risque 

Là encore, il n'y a pas de personnes à risque. Nous sommes tous en permanence au contact de cette bactérie de l'environnement. "Toutefois, une personne qui fait deux mètres et 120 kg va être évidemment plus résistante qu'une personne de plus petit gabarit. Tout le monde est susceptible de manger un aliment contaminé mais si c'est un très jeune enfant ou une personne âgée, plus fragile, le botulisme est souvent plus grave", note la spécialiste.

Combien de temps dure cette pathologie ? 

Les symptômes surviennent quelques heures seulement après la contamination à la toxine botulique. Si les symptômes sont légers, ils disparaîtront progressivement en quelques jours. Toutefois, pour les formes avancées de botulisme, le patient peut rester paralysé durant deux à trois mois et mettre une voire deux années pour retrouver ses capacités motrices, sans aucune séquelle.

"Cette toxine agit à très faible dose, et c'est pour ça qu'elle est si dangereuse. Il en faut très peu pour paralyser totalement l’organisme et elle a une action très longue sur les terminaisons nerveuses, deux à trois mois pour le type A (la plus puissante, ndlr)", complète Christelle Mazuet.

Le botulisme est-il contagieux ? 

Une personne affectée n'est pas contagieuse. Il n'y a aucun risque pour son entourage.

Qui et quand consulter ? 

Dès les premiers signes de contamination, les troubles de la vision, il est impératif de se rendre immédiatement aux urgences pour réaliser des examens et éliminer d'autres affections neurologiques. "Surtout, on ne sait jamais comment la maladie va évoluer. Est-ce que le botulisme va rester sous une forme légère ou est-ce qu'il va s’aggraver et nécessiter une assistance respiratoire ?", prévient Christelle Mazuet. 

"Quand plusieurs membres de la même famille, qui ont mangé la même chose, commencent à développer les troubles de la vision et des difficultés à déglutir ou à parler, il faut aller tout de suite aux urgences", conseille la spécialiste.

Les complications liées au botulisme

Le botulisme peut être fatal s'il n'est pas pris en charge rapidement. "On constate en France, environ un décès tous les 5 ans".

Le botulisme peut aussi être à l'origine d'un traumatisme très profond. Après trois mois de paralysie, la rééducation est très longue, au moins un an. Il faut en effet réapprendre à parler et à marcher.

Par ailleurs, durant ces trois mois sous respirateur, les complications peuvent être dues à une autre affection, le corps étant particulièrement affaibli.

Examens et analyses 

Les médecins pourront avoir recours à l'imagerie médicale et à un électromyogramme afin d'identifier l'origine de la paralysie.

En cas de suspicion de botulisme, des prélèvements sanguins et de selles sont envoyés au CNR. "Nous seuls posons ce diagnostic biologique en France. Nous recherchons la toxine dans le sérum et la bactérie dans les selles", explique la responsable du CNR. "L'identification et l’analyse de l'aliment responsable est également d'un grand intérêt en santé publique et a pour but d'éviter l'apparition de nouveaux cas".

Le diagnostic biologique peut être posé en 24/48 heures. « Le problème n'est pas le délai de diagnostic biologique, mais le temps qui s'écoule avant que les médecins pensent au botulisme, la maladie étant très rare et peu connue", poursuit-elle.

Comment traite-t-on le botulisme ? 

Le traitement du botulisme est avant tout une prise en charge symptomatique. "En cas de symptômes légers, il faut seulement attendre que l'organisme élimine la toxine". Dans les formes les plus graves, le patient, placé en réanimation, recevra des soins respiratoires intensifs et sera mis sous ventilation.

Il existe bien un sérum antitoxine botulique, efficace contre les formes graves. Mais, il doit idéalement être injecté dans les 24 à 48 heures après le début des symptômes. "En cas de forte suspicion, les médecins doivent injecter le sérum avant que le diagnostic biologique soit confirmé. Car une fois que la toxine est à l'intérieur des neurones, les anticorps ne peuvent plus agir", développe Christelle Mazuet.

Quelle prévention contre le botulisme ? 

Il existe un vaccin anti-botulique réservé aux personnes exposées comme celles travaillant en laboratoire. Toutefois, il est très peu utilisé car "son efficacité n’a pas été pleinement évaluée et il présente des effets indésirables prouvés", précise l'OMS.

La principale prévention contre le botulisme demeure le respect des règles de base d'hygiène en particulier, alimentaire.

Quelles sont les mesures d'hygiène contre le botulisme ? 

Réponse du Dr Christelle Mazuet : "Il faut laver de façon très précautionneuse les aliments avant de les mettre en conserve car un gramme de terre suffit. En cas de doute, il ne faut vraiment pas se fier à l'odeur. Certaines conserves qui sont contaminées ne sentent pas et ont un aspect tout à fait normal. Il est aussi important de bien respecter la chaine du froid et les dates de péremption. Une bonne température de conservation, c'est 3 à 4 degrés, pas plus. Et avant de toucher un bébé, il faut bien se laver les mains, car il ne faut pas oublier que la spore de la bactérie est présente dans l’environnement."

Site d'informations et associations 

Sources

https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/botulism

https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/botulisme#symptmes