Qu’est-ce qu’une adénopathie ?

Une adénopathie est une affection des ganglions lymphatiques, d'origine inflammatoire, infectieuse ou tumorale. Elle se caractérise par une adénomégalie, c’est-à-dire une augmentation de volume des ganglions.

Ce phénomène survient en cas d’agression de l’organisme. En effet, les ganglions lymphatiques sont de petits organes qui jouent un rôle clé dans le système immunitaire pour l’élimination des agents pathogènes. Des ganglions enflés sont le signe que l’organisme est en confronté à une agression.

Les adénopathies peuvent être superficielles, siégeant au niveau de la nuque, du cou, des aisselles, ou encore de l’aine, et sont accessibles à l'examen clinique. La taille, la consistance, l’état de la peau en regard, la durée d’évolution de l’adénopathie sont autant de facteurs permettant de suspecter certaines causes.

Les adénopathies profondes quant à elles peuvent apparaître au niveau du thorax ou de l’abdomen. Il arrive qu’elles se manifestent par des signes de compression d'organes voisins.

Quels sont les différents types d’adénopathies ?

Les adénopathies sont classées selon différentes catégories.

Les adénopathies localisées

L’adénopathie satellite

« Elle correspond à une augmentation de volume des ganglions, qui apparaît dans la zone proche de la région concernée par une pathologie infectieuse ou inflammatoire. On l'appelle le territoire de drainage de l’adénopathie  », précise le Docteur Raphaël Hadjedj, médecin ORL et chirurgien cervico-faciale.

L’adénopathie inguinale

Elle se traduit par une augmentation d'un ou de plusieurs ganglions au niveau de l'aine. Elle est généralement liée à une infection au niveau des membres inférieurs, des organes génitaux ou de l'anus.

L’adénopathie hilaire

Il s’agit ici d’une augmentation d'un ou de plusieurs ganglions au niveau des grosses bronches de chaque poumon (dans le centre du thorax, vers le cœur). Elle peut éventuellement traduire une infection pulmonaire, une sarcoïdose ou un cancer des poumons par exemple. Elle est visible par un examen radiologique.

L’adénopathie occipitale

L'adénopathie occipitale est une augmentation du volume ganglionnaire au niveau de l'occiput, la base arrière du crâne. Une infection de la région de la face, du cuir chevelu, et de toute la sphère ORL peut être suspectée.

L’adénopathie axillaire

Elle correspond à une adénomégalie des ganglions lymphatiques situés au niveau des aisselles.

L’adénopathie médiastinale

Elle correspond à l'augmentation de volume des ganglions situés dans le médiastin, région de la cage thoracique située entre les poumons contenant le cœur, l’œsophage, la trachée et les deux bronches souches.

L’adénopathie cervicale

Elle concerne les ganglions qui se trouvent au niveau du cou. Facilement palpable à l’examen clinique , elle est généralement liée à une infection de la sphère ORL (comme par exemple une angine, une otite, ou encore une infection dentaire).

Photo d'une adénopathie cervicale antérieure chez un patient atteint de mononucléose infectieuse

L’adénopathie cervicale© Creative Commons

Crédit : James Heilman, MD — Travail personnel. Licence : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/

L’adénopathie de Troisier

Ce type d’adénopathie est une augmentation anormale d'un ganglion situé au-dessus de la clavicule gauche. Lorsque ce dernier devient palpable, il peut témoigner d'un cancer digestif, rénal, testiculaire ou pelvien. Des examens complémentaires devront être réalisés.

Les adénopathies généralisées

« Ce sont des adénopathies palpables dans de multiples régions du corps traduisant une maladie plus générale : inflammatoire, tumorale (leucémie…) » précise le spécialiste.

Chiffres : quelle est la fréquence des adénopathies ?

Il faut noter d'emblée la grande fréquence des adénopathies. Signes d’une réponse de notre système immunitaire à une agression, tout individu est sujet aux adénopathies plusieurs fois au cours de sa vie. « On peut effectivement constater une adénopathie lors d’une banale infection qui va régresser toute seule » souligne le Docteur Raphaël Hadjedj.

Quels sont les symptômes de l'adénopathie ?

Les symptômes des adénopathies varient en fonction de leur nature et de leur localisation. 

Symptômes des adénopathies profondes

En général, les adénopathies profondes sont asymptomatiques mais elles peuvent parfois se traduire par des signes de compression lorsqu’elles sont particulièrement volumineuses. Quintes de toux, dyspnée ou douleurs thoraciques peuvent alors être observées.

« De même l’adénolymphite mésentérique, qui correspond à des adénopathies digestives provoquées par un virus, peut souvent mimer un tableau d’appendicite chez l’enfant » ajoute le spécialiste.

Symptômes des adénopathies superficielles

En revanche, les adénopathies superficielles sont toujours palpables lors de l’examen clinique. Lorsqu'une adénopathie superficielle est chaude et douloureuse, cela suggère qu'elle soit provoquée par une maladie inflammatoire ou une infection d'origine bactérienne, virale ou  parasitaire (maladie des griffes du chat, mononucléose, etc.).

« Lorsqu’une adénopathie est molle et très douloureuse, c'est qu’elle peut s’être surinfectée avec un abcès à l’intérieur du ganglion, c’est l’adénophlegmon. Le traitement sera alors en partie chirurgical » explique le Docteur Raphaël Hadjedj.

Une adénopathie dure, mais non douloureuse qui persiste plus de 3 mois peut faire suspecter des maladies beaucoup plus graves comme un cancer, une maladie du sang (lymphome, leucémie), une tuberculose, ou une maladie auto-immune, par exemple. La taille du ganglion, sa fermeté, sa sensibilité sont autant de facteurs à prendre en compte.

Quelles sont les causes de cette affection lymphatique ?

Le cas le plus fréquent est l’adénopathie cervicale, celle qui survient au niveau des ganglions du cou. Elle peut notamment être due à :

  • Une infection de la sphère ORL, telle qu’une otite, une pharyngite….
  • Une infection d’une glande salivaire.
  • Une infection de la face.
  • Un abcès dentaire.

Les causes possibles d’une adénopathie sont de trois ordres. Elle peut, en effet, avoir une origine inflammatoire ou infectieuse. L’infection ganglionnaire peut être d’origine virale (rubéole ou mononucléose), bactérienne (streptocoque, staphylocoque par exemple) ou encore fongique.

Une adénopathie peut aussi être d’origine tumorale. Elle apparaît le plus souvent dans la zone ganglionnaire qui se trouve à proximité de l’organe touché. Toutefois, la maladie de Hodgkin et les lymphomes non hodgkiniens sont des cancers des ganglions eux-mêmes.

Quels sont les facteurs de risque de cette inflammation ?

Au-delà des causes suscitées, de nombreuses infections peuvent être responsables du gonflement de certains ganglions :

  • Infection à VIH ;
  • Infections parasitaires (toxoplasmose) ;
  • Infection à cytomégalovirus (CMV) ;
  • Des ganglions cervicaux peuvent également être retrouvés au cours de l'évolution d'un lymphome ou d'un cancer du cou ou de la face ;
  • Des ganglions susclaviculaires peuvent être le témoin d'une métastase d'un cancer pulmonaire, digestif ou d'un lymphome.

De même l’évolution de certaines maladies auto-immunes notamment, constitue des facteurs de risque d’adénopathie :

  • Polyarthrite rhumatoïde ;
  • Lupus ;
  • Sarcoïdose ;
  • Maladie de Gaucher (défaut de stockage des lipides) ;

Quelles sont les personnes à risque ?

L’adénopathie peut toucher tout individu au cours de sa vie. Toutefois, les personnes au système immunitaire déficient sont plus facilement sujettes aux infections en général, et donc à la survenue d’une adénopathie. Les personnes âgées, les nourrissons, les sujets diabétiques et ceux touchés par le VIH sont donc une population plus à risque. 

Quelle est la durée d’une adénopathie ?

Le délai de résorption d’un ganglion enflé va dépendre de la pathologie sous-jacente associée et du traitement mis en place. Ce n’est qu’une fois la cause traitée que le ganglion atteint sera en mesure de retrouver une taille et une structure normales.

Que faire si l'adénopathie persiste ? 

La réponse du Docteur Raphaël Hadjedj :

« Quoi qu’il en soit, toute adénopathie ne régressant pas sous traitement au bout de 3 mois nécessite un bilan spécialisé ».

Une adénopathie est-elle contagieuse ?

L’adénopathie n’est pas une affection contagieuse en soi.

Qui, quand consulter en présence de ganglions gonflés ?

La découverte d’une grosseur ou d’une masse palpable au niveau du cou, des aisselles, de l’aine ou de la base du crâne doit conduire à une consultation médicale chez votre médecin traitant si elle persiste plus de 7 jours et ne régresse pas. Ce dernier pourra éventuellement prescrire des examens complémentaires pour identifier la nature et l’origine de l’adénopathie observée. 

Quelles sont les complications ?

« La principale complication de l’adénopathie est l’adénophlegmon (abcès du ganglion) », indique le Dr Raphaël Hadjedj.

Une adénopathie est la manifestation clinique d’une cause sous-jacente. En revanche, la pathologie qui en est à l’origine peut, quant à elle, se compliquer en fonction de sa nature et en l’absence de traitement adapté.

Quels sont les examens et analyses nécessaires ?

L’investigation d’une adénopathie d’apparition récente peut se révéler simple ou complexe. Les symptômes, l’examen physique local et général, ainsi que les caractéristiques, la localisation et le délai d’apparition de l’adénopathie, permettent le plus souvent d’en établir la cause et le mode de prise en charge.

En effet, le diagnostic repose sur l'examen clinique avec une évaluation de la taille et de la consistance du ganglion. Les adénopathies superficielles sont généralement faciles à diagnostiquer, car le ganglion gonflé est palpable, et peut même être clairement visible en cas d’adénopathie cervicale.

Localisation et consistance des ganglions vont orienter le diagnostic du praticien. L’important est de rechercher les signes de gravité ou de non-banalité (grande taille, consistance ferme, localisation sus-claviculaire gauche, persistance plus de 3 mois, altération de l’état général) qui vont nécessiter des examens complémentaires.

« En cas de découverte d’adénopathie profonde (souvent sur un examen complémentaire), le bilan est orienté en fonction du contexte (retour de voyage, fatigue, signes cliniques divers…) ». 

  • Un bilan sanguin : « en cas de suspicion d’adénopathie d’origine inflammatoire ou infectieuse, il permet notamment de vérifier la vitesse de sédimentation et l’augmentation de la CRP (Protéine C réactive), ainsi que l’état des différentes lignées du sang (globules blancs, globules rouges…). Il permet également de doser plusieurs sérologies virales, c’est le bilan de première intention en général » précise le spécialiste.
  • Des examens d’imagerie (IRM, scanner, échographie abdominale et radiographie thoracique en cas d’adénopathie profonde). Il n’est pas rare que la découverte d'adénopathies profondes se fasse de façon inopinée lors d'un examen radiologique.
  • La cytoponcition ganglionnaire : un prélèvement est effectué à l’aide d’une aiguille directement dans le ganglion pour analyse, souvent sous guidage radiologique.
  • La biopsie ganglionnaire : un ganglion est retiré et analysé.

Traitements : comment soigner une adénopathie ?

« Le traitement d’une adénopathie consiste systématiquement à traiter sa cause », explique le Dr Hadjedj.

  • Une antibiothérapie pourra être prescrite en cas d’adénopathie infectieuse. Le traitement de l’infection en elle-même traite l’adénopathie et permet aux ganglions touchés de retrouver leur taille et leurs caractéristiques normales.
  • Dans les infections virales peu graves souvent l’adénopathie va régresser toute seule.
  • Dans le cas d’adénopathies secondaires à une tumeur maligne, le traitement de la zone en plus de la tumeur est recommandé en fonction du type de tumeur par chirurgie (curage ganglionnaire), radiothérapie ou chimiothérapie.
  • Dans le cas d’adénopathie secondaire à un cancer hématologique (lymphome, maladie de Hodgkin…), le traitement sera basé essentiellement sur la chimiothérapie, la radiothérapie, voire l’immunothérapie en fonction du type de cancer ».

Peut-on éviter l'adénopathie ?

« Non, il n’existe pas de traitement préventif des adénopathies », énonce le Docteur Raphaël Hadjedj.

Sites d'informations et associations

Sources

Le Larousse médical

Entretien avec le Docteur Raphaël Hadjedj

James D. Douketis, Gonflement des ganglions lymphatiques, le Manuel MSD, 2017, fiche d'informations

Un simple ganglion?, DMG Paris Diderot, revue de presse, 2016