Maladie de Parkinson : "Pour la moitié des personnes, les symptômes démarrent avant 60 ans"

La maladie de Parkinson est la deuxième maladie neurologique la plus fréquente après la maladie d'Alzheimer. Elle touche plus de 150 000 personnes en France et 8000 nouveaux cas sont déclarés chaque année en France. Quels sont les premiers symptômes ? Les causes sont-elles connues ? Le professeur Philippe Damier, neurologue au Centre Hospitalier Universitaire de Nantes et président du Comité scientifique de l’association France Parkinson a répondu aux questions de Medisite.

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Medisite : Quels sont les premiers symptômes de la maladie de Parkinson ?Pr Philippe Damier : La maladie de Parkinson est une maladie neurodégénérative caractérisée par la destruction des neurones situés dans le cerveau qui fabriquent la dopamine, une molécule impliquée dans le contrôle des mouvements du corps. Les premiers symptômes de la maladie de Parkinson sont donc le plus souvent des signes moteurs. Le plus connu est le tremblement. Il survient au repos et qui s’atténue quand la personne fait des gestes. Ce signe n’est cependant pas systématique. Le plus souvent, la difficulté à réaliser des gestes de la vie quotidienne (tenir des couverts, se brosser les dents…) sans avoir forcément des tremblements est le point de départ de la maladie. Il peut également s’agir d’une raideur ou d’une gêne dans un membre inférieur qui provoque une marche traînante. Ces symptômes moteurs s’accompagnent parfois de douleurs, ce qui peut faire errer le diagnostic vers des problèmes rhumatologiques.Il est important de noter que chez la moitié des patients, les symptômes démarrent avant 60 ans ; la maladie de Parkinson n’est pas forcément une maladie de personnes très âgées.

Medisite : Existe-t-il des facteurs de risques connus et identifiés dans la maladie de Parkinson ?Pr Philippe Damier : Les causes précises de la maladie de Parkinson sont mal connues. On sait qu’il existe des formes familiales – avec un rôle important de facteurs de risques génétiques donc – mais ces formes ne représentent environ que 10% des cas. Il existe aussi un facteur de risque environnemental lié à l’exposition aux insecticides et aux pesticides. Ces produits sont suspectés de jouer un rôle dans certaines formes de la maladie de Parkinson, ce qui en fait une pathologie parfois reconnue comme maladie professionnelle notamment chez les agriculteurs.Par ailleurs, le fait de ne pas fumer constitue paradoxalement un autre facteur de risque. Le fait de ne pas être tenté de fumer pourrait en effet être associé à un mode de fonctionnement cérébral qui prédisposerait à la maladie de Parkinson.

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Medisite : La maladie de Parkinson touche-t-elle aujourd’hui plus de personnes qu’il y a quelques décennies ?Pr Philippe Damier : Actuellement en France, entre 150 et 250 000 personnes souffrent de la maladie de Parkinson. Aucune tendance de diminution ou d’augmentation du nombre de cas n’est observée car il n’existe pas de registre suffisamment précis. Et, même dans les pays du Nord de l’Europe qui disposent d’excellents registres, aucun grand changement n’a pu être observé au cours des dernières années. En revanche, puisqu’on meurt actuellement moins de maladies infectieuses et de maladies cardiovasculaires et que l’on vit plus longtemps, les médecins relèvent plus de cas de maladie de Parkinson et d’autres maladies neurodégénératives.

Medisite : Quelles sont les mesures de prévention contre la maladie de Parkinson ?Pr Philippe Damier : Les conseils de prévention contre la maladie de Parkinson valent pour toutes les maladies neurodégénératives. Tout d’abord, il faut noter que mieux on entretient son cerveau, plus on retardera l’arrivée des signes de la maladie s’ils doivent se développer, car un cerveau en pleine forme pourra compenser plus longtemps les lésions dues à la maladie. Et pour entretenir le fonctionnement de son cerveau, rien de tel que de pratiquer une activité cognitive et sociale tout au long de sa vie : sortir, discuter, échanger, prendre du plaisir dans la vie… Dans le cas de la maladie de Parkinson, l’exercice physique est aussi primordial puisqu’il s’agit d’une maladie motrice. Les signes apparaissent probablement plus tardivement et la maladie est mieux contrôlée chez les personnes sportives. Enfin, une mesure préventive consiste à contrôler son risque cardiovasculaire pour limiter les lésions cérébrales – surtout pour les personnes qui souffrent de diabète, d’hypertension artérielle ou d’obésité – en adoptant une alimentation équilibrée et en pratiquant une activité physique régulière. L’efficacité de ces mesures préventives a déjà bien été démontrée dans le cas de la maladie d’Alzheimer : la fréquence de cette pathologie chez les plus de 80 ans est moins forte qu’il y a 40 ans car les personnes de cette tranche d’âge souffrent aujourd’hui moins de maladies cardiovasculaires et présentent des niveaux d’étude plus élevés.

Medisite : Quels sont les traitements qui existent aujourd’hui contre cette maladie ?Pr Philippe Damier : Il existe en premier lieu des traitements symptomatiques remarquablement efficaces depuis la fin des années 1960. Ces médicaments corrigent les symptômes qui sont la conséquence du manque de dopamine dans le cerveau, caractéristique principale de la maladie de Parkinson. Plus récemment, un traitement chirurgical qui consiste à placer des électrodes connectées à des stimulateurs dans le cerveau a également fait ses preuves. Le problème réside dans le fait que lorsqu’elle évolue, la maladie de Parkinson devient moins "pure" : de nouvelles lésions cérébrales qui ne sont pas en lien avec le manque de dopamine se mettent en place, et celles-ci sont plus difficiles à traiter car elles réagissent moins bien aux médicaments ou à la chirurgie. Pour éviter la formation de ces nouvelles lésions, on peut agir de manière préventive grâce à la rééducation et à la remédiation cognitive et ce dès le début de la maladie.

Medisite : Selon vous, quel est actuellement le principal défi en matière de lutte contre la maladie de Parkinson ?Pr Philippe Damier : A l’heure actuelle, nous ne disposons pas de traitement qui s’attaque à la cause de la maladie de Parkinson. La pathologie progresse quoi qu’on fasse avec un risque de diffusion des lésions neuronales. Le véritable défi actuel réside dans le fait de comprendre le mécanisme cellulaire à l’origine de la progression des lésions et de trouver des traitements qui freinent cette évolution.

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