Définition : qu'est-ce que l'herpès oculaire ?

L’herpès oculaire est une forme d’herpès potentiellement grave. Si la maladie est rare, il s’agit tout de même de la première cause de cécité d'origine infectieuse dans les pays industrialisés. Elle est provoquée généralement par le virus de l’Herpès simplex de type 1, mais dans des cas plus rares, peut l’être par le virus de type 2.

En effet, ces germes se classent en 2 catégories :

  • le virus Herpès simplex de type 1 (HSV-1), qui provoque l’herpès oro-facial (herpès labial ou "bouton de fièvre") ou l’herpès oculaire ;
  • le virus Herpès simplex de type 2 (HSV-2), qui, lui, provoque l’herpès génital.

"Presque 70% de la population est porteuse d’une des deux formes de virus de l’Herpès, sans forcément déclarer de symptômes", explique le docteur Maté Streho, ophtalmologiste. Si le virus est si fréquent, c’est qu’il est très contagieux. Une fois attrapé, l’organisme ne sait pas s’en débarrasser. "Dans un moment d’immunodépression, c’est-à-dire d’une baisse du système immunitaire (grossesse, gros rhume, petite dépression) ou encore en cas de stress ou de fièvre, le virus va s’activer et engendrer une poussée, qui peut atteindre l’œil", explique le médecin ophtalmologiste.

La poussée d’herpès oculaire entraîne des douleurs caractéristiques (une sensation de grain de sable), des larmes, de la photophobie et un aspect ramifié de la cornée. Des traitements antiviraux permettent de bien soigner ce virus, si la prise en charge se fait rapidement et correctement. Dans le cas où l’infection se transforme en nécrose rétinienne aiguë, une prise en charge d’urgence sera nécessaire, parfois avec une hospitalisation.

Chiffres : l'herpès oculaire est-il fréquent ?

L'herpès oculaire le plus fréquent est dû au virus Herpes Simplex de type 1 (HSV 1). Il s'agit d'un germe très répandu dans la population, puisque 67% de la population est porteus e selon les chiffres de l’Organisation Mondiale de la santé datant de 2012. "Mais peu de personnes, heureusement, développent un herpès oculaire", précise le médecin.

L’estimation de la prévalence est la plus forte en Afrique où 87% de la population est touchée, mais la moins élevée dans les Amériques, avec une prévalence variant de 40 à 50%, toujours selon l’OMS. Il faut rappeler que, dans une grande majorité des cas, les porteurs du virus ignorent leur état, soit parce qu’ils n’ont aucune manifestation ou parce qu’ils ne reconnaissent pas les signes de l’infection. c’est pourquoi le virus progresse toujours autant.

Quels sont les symptômes d'un herpès oculaire ?

Les symptômes sont généralement aisément reconnaissables par le médecin, mais peuvent être confondus avec une conjonctivite par le patient. "Un herpès oculaire va généralement entraîner une inflammation d’une partie de l’œil, qui peut entraîner ou pas des douleurs. Tout dépend de quelle partie est touchée", commence le médecin. Les différents symptômes peuvent donc être :

  • Une kératite herpétique : c’est-à-dire une inflammation de la cornée qui entraîne des douleurs typiques, comme une sensation de grain de sable, une baisse de l’acuité visuelle, un larmoiement, une sensation de gêne face à la lumière (photophobie).
  • Une uvéite herpétique : c’est-à-dire l’inflammation d'une partie ou de la totalité de l’intérieur de l’œil, l'uvée. Elle peut ainsi provoquer une rougeur au niveau de l'œil, des troubles de la vision et des douleurs selon l’endroit touché.
  • Une kérato-uvéite herpétique : elle désigne les deux inflammations en même temps.
  • Lors de son examen, l’ophtalmologiste va pouvoir détecter des petites vésicules regroupées en bouquet sur la zone oculaire, qui sont un signe assez distinctif.

À noter : il peut y avoir des formes d’herpès oculaire sans douleur, lorsque la maladie siège dans les nerfs. Le patient aura donc l’œil rouge et une vision floue, mais sans douleur. Ainsi, si les symptômes peuvent varier et sembler bénins au premier abord, il est conseillé de consulter un médecin au moindre doute, même si cela semble être une conjonctivite. Attention, si la vision commence à diminuer, il est urgent de voir un spécialiste.

Causes : comment s'attrape l'herpès oculaire ?

L’herpès se transmet par contact direct avec une personne infectée, que ce soit pour l’herpès oculaire, labial ou génital. "Dans le cas du HSV-1, il se transmet généralement par la salive", note notre interlocuteur. En effet, entrer directement en contact avec les lésions causées par les poussées d’herpès démultiplie les chances de le contracter.

Une fois acquis, le virus de l'herpès va coloniser les ganglions nerveux sensitifs correspondant à la surface de la peau qu’il a infectée. Il y reste "endormi", jusqu’à ce que les poussées surviennent. "Celles-ci sont en général favorisées par le stress physique ou psychologique comme l’angoisse ou la fatigue", précise le médecin. "Parfois, le virus de l’herpès va migrer par les canaux nerveux et atteindre l’œil. On ne peut pas l’anticiper, on ne sait pas pourquoi ça arrive à certaines personnes", précise l’ophtalmologue.

Photo : représentation du virus de l'herpès

Photo : représentation du virus de l'herpès© Creative Commons

Crédit : travail de BruceBlaus publié sous licence Creative Commons CC BY-SA 4.0 - https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Herpes_Virus.png

Herpès oculaire : quels sont les facteurs de risques ?

Il n’y a pas de facteurs de risques pour attraper le virus de l’herpès, si ce n’est les comportements déconseillés comme embrasser quelqu’un qui présente un bouton de fièvre. Mais de nombreuses personnes peuvent être touchées par l’herpès sans le savoir, "on est quasiment tous porteurs du virus", rappelle le médecin. En effet, environ 20% de personnes touchées par le virus ne vont pas avoir de symptômes et 60% déclarent ces symptômes sans pour autant les reconnaître et se faire diagnostiquer, selon l’OMS. Ainsi, lors des poussées, le virus peut s’étendre et parvenir dans l’œil lors d’une période ou l’immunité est faible. Ainsi, certains facteurs peuvent favoriser cette immunodépression, et donc entraîner une poussée d’herpès chez les personnes qui sont contaminées :

  • le stress, l’angoisse, la fatigue, le surmenage, etc ;
  • une infection (grippe, angine, fièvre…) entraînant une fièvre ;
  • la consommation d’alcool ;
  • les règles pour les femmes;
  • le soleil ou encore le froid.

Herpès oculaire : quelles sont les personnes à risque ?

Dans la population immunodéprimée, le virus de l’herpès peut devenir dangereux. On parle ici de la population immunodéprimée en général, et non pas seulement des personnes séropositives, c’est-à-dire :

  • les personnes âgées ;
  • les personnes diabétiques ;
  • les femmes enceintes ;
  • les personnes touchées par le VIH ou le SIDA.

"Néanmoins, un patient immunocompétent peut aussi faire un herpès oculaire, il a simplement moins de risques d’en avoir, mais ça arrive", rappelle le médecin.

Combien de temps dure un herpès oculaire ?

La durée de la poussée d’herpès oculaire dépend de l’état de l’avancement avant le début du traitement. "La kératite va cicatriser toute seule, de l’extérieur vers l’intérieur", explique le docteur Maté Streho. Si la zone de cicatrisation est grande, le temps de cicatrisation va donc être plus long. "En général, en 10 à 15 jours, tout rentre dans l’ordre. Mais si l’herpès oculaire commence à toucher le stroma cornéen, alors la guérison risque d'être plus compliquée, mais surtout, on peut garder une cicatrice qui peut gêner un peu la vision. C’est pourquoi l’herpès oculaire est une urgence", insiste le docteur.

L'herpès oculaire est-il contagieux ?

Le virus de l’herpès est très contagieux, particulièrement lors des poussées d’herpès. Mais il peut également être contagieux en l’absence des symptômes ! C’est pourquoi tant de personnes contractent le virus : en France, statistiquement, 2 personnes sur 3 sont contaminées par le virus de l’herpès, de type 1 ou de type 2. Si environ 20% d’entre elles n’auront pas de symptômes, elles portent tout de même le virus dans leur corps. Malheureusement, il est impossible de le savoir sans faire une prise de sang.

Herpès oculaire : qui et quand consulter ?

Dès les premières manifestations de la maladie, même si cela ne semble être qu’une conjonctivite, il ne faut pas hésiter à aller consulter un ophtalmologue ou éventuellement un médecin généraliste s'il n'est pas possible d'avoir un rendez-vous rapidement chez un spécialiste. C’est encore plus urgent si vous êtes une personne sujette aux crises d’herpès labial. En effet, cela augmente les risques que le virus ait migré vers l’œil.

Quelles sont les complications de l'herpès oculaire ?

Les formes graves de l’herpès oculaire

"Il y a des formes d’herpès oculaire qui sont très graves, comme la nécrose rétinienne aiguë (ARN). Cette forme rare d’herpès oculaire ça survient plus généralement chez les patients immunodéprimés (touchés par le VIH)", précise le médecin. Cette affectation se caractérise par une inflammation oculaire marquée (de fortes rougeurs), une baisse de la vision, des douleurs et parfois des atteintes extra-oculaires. Si cette affection est rare, elle entraîne un pronostic le plus souvent sévère. "C’est pourquoi il faut le traiter en urgence. Chez les patients immunodéprimés, les complications de la nécrose rétinienne aiguë conduisent souvent à une perte de la vue, parfois en quelques heures seulement", précise l’ophtalmologue. "C’est pourquoi le patient doit être hospitalisé et sous perfusion". Le traitement antiviral (l’aciclovir, le foscarnet et le ganciclovir) sera combiné par voie intraveineuse et intravitréenne pour augmenter les chances de guérison. Heureusement, cette complication reste très rare.

Comment éviter les séquelles de l'herpès oculaire ?

Réponse du docteur Maté Streho, ophtalmologiste : "si l’herpès oculaire a entraîné une inflammation oculaire, il peut y avoir des séquelles. Cela peut être une cicatrice sur la cornée, qui peut gêner la vision si elle est importante ou mal placée. Mais en cas de poussées récurrentes, celles-ci peuvent entraîner de la tension et donc causer un glaucome. Cette hypertension oculaire due au virus va entraîner une dégénérescence progressive du nerf optique, ce qui a pour conséquence une perte progressive de la vision. En anticipation, un traitement antiherpétique préventif pourra être prescrit aux personnes qui font des herpès oculaires à répétition pour éviter cette situation".

Herpès oculaire : quels sont les examens et analyses nécessaires ?

L’examen est clinique, et si besoin, une prise de sang peut être faite, "mais en tenant compte que 70% de la population est positive au virus de l’herpès. Cela signifie que la prise de sang peut contredire le diagnostic, mais pas le confirmer puisqu’on peut avoir le virus sans symptômes", précise le docteur. Pour mettre en évidence une dendrite herpétique (des lésions vésiculaires entourées d'une réaction inflammatoire), le médecin peut faire un test à la fluorescéine. "Cela consiste à apposer une goutte de fluorescéine sur la cornée, qui va mettre en évidence à la lumière bleue un aspect en "feuille de fougère" sur la cornée. Il s’agit du premier signe distinctif de la kératite herpétique", explique le médecin.

Photo d'un oeil ayant subi un test à la fluorescéine

 Photo d'un oeil ayant subi un test à la fluorescéine© Creative Commons

Crédit : travail de Hee K Yang, Young K Han, Won R Wee, Jin H Lee and Ji W Kwon; Department of Ophthalmology, Seoul National University College of Medicine, Seoul, Korea, Licence : CC BY 2.5 - https://en.wikipedia.org/wiki/File:Herpes_simplex_geographic_corneal_ulcer.jpeg

Traitement : comment soigner un herpès oculaire ?

Guérir de l’herpès oculaire

Le traitement des kératites herpétiques dépend de la gravité de la situation. Cela peut donc varier d’une situation simple à d’autres plus complexes. Ainsi, le traitement devra également s’adapter à un autre critère : s’il s’agit d’une première atteinte, ou de récidives.

"Le traitement de référence est l’antiherpétique, à prendre sous forme de comprimés. Mais pour les formes très graves de nécroses, le patient devra être mis sous perfusion pour une assimilation plus rapide. Cela implique donc une hospitalisation, mais bien évidemment, ce cas est très rare", rappelle le médecin. Chez les personnes qui font des récurrences, à chaque épisode, la maladie s’aggrave. Cela peut engendrer une opacité de la cornée, mais aussi des lésions nerveuses qui engendrent une diminution de la sensibilité de l’œil. Si ces lésions sont trop importantes, une greffe de cornée devra être réalisée, en remplaçant la membrane malade par une cornée saine.

Les contre-indications

Il y a des précautions à prendre lorsqu’on est touché par l’herpès oculaire : "Il ne faut pas pratiquer d’automédication, au risque d’aggraver la situation. Par exemple, l’utilisation d’un collyre contenant des corticoïdes peut entraîner une flambée de l’infection", explique le médecin. À terme, cela peut causer la perte de l’œil, les corticoïdes sont donc formellement contre-indiqués.

Herpès oculaire : comment prévenir la maladie ?

Il n’y a pas vraiment de prévention possible à l’herpès quel que soit son type, qu’il soit oculaire, labial ou génital. C’est un virus imprévisible, porté par une grande partie de la population. La seule prévention qui peut être faite, c’est par rapport aux personnes qui font des poussées à répétition : pour éviter les effets secondaires sur le long terme, un traitement antiherpétique préventif (un comprimé par jour) peut être prescrit. Cela évitera l'apparition d'un glaucome et une dégénérescence progressive du nerf optique causée par les récurrences.

Sites d’informations et associations sur l'herpès oculaire

Site d’informations :

Site de l’Organisation mondiale de la santé

Association :

SOS Herpès

Sources

Site de l'Organisation Mondiale de la Santé, page sur l'herpès, consultée le 15/12/2019 

Site de l’US National Library of Medicine, consulté le 15/12/2019 :