Vincent Lambert est décédé ce jeudi matin. Une enquête est en cours

Publié le 11 Juillet 2019 à 10h16 par Pauline Capmas-Delarue, journaliste santé | Mis à jour le 12 Juillet 2019 à 10h16 par Pauline Capmas-Delarue, journaliste santé
Après onze ans passés dans un état végétatif, Vincent Lambert est décédé ce jeudi 11 juillet, mettant fin au conflit opposant ses parents et le reste de sa famille.

Vincent Lambert est décédé ce jeudi matin. Une enquête est en cours© AFP

Plongé dans un état quasi-végétatif depuis 2008, après un accident de la route, Vincent Lambert est décédé ce jeudi 11 juillet 2019, à 8h24. Depuis plusieurs années, il était le symbole du débat sur la fin de vie.

L'arrêt des traitements avait débuté le 2 juillet dernier

Les médecins l’avaient dit : aucun espoir d’amélioration n’était possible pour ce patient tétraplégique. Pourtant, ses parents - fervents catholiques - se sont battus pour le maintenir en vie pendant ces onze dernières années, menant un combat judiciaire acharné. Dans le camp opposé, sa femme, son neveu et la plupart de ses frères et sœurs étaient favorables à l’arrêt des traitements.

C’est justement le neveu de Vincent Lambert, François, qui a annoncé son décès à la presse ce matin. Ce dernier a exprimé “son soulagement, après des années de souffrance pour tout le monde”. L’arrêt des traitements avait débuté le 2 juillet dernier, sur décision de la Cour de cassation.

Ses parents avaient finalement déclaré s’être résignés à sa mort, dans une lettre ouverte publiée ce lundi 8 juillet. Si leur réaction était très attendue ce matin, Jean Paillot, l'un de leurs avocats, a déclaré que ses clients ne tenaient pas à s'exprimer suite au décès de leur fils. "Ils sont dans le recueillement... Et nous sommes avec eux à l'unisson".

Pour François Lambert, cette annonce est "un soulagement"

"Je ne me réjouis pas… Mais c’est un soulagement. Un soulagement pour Vincent", a indiqué François Lambert à nos confrères de 20 minutes. Son avocat espère que cette affaire entraînera des modifications sur le plan juridique. "On doit nécessairement envisager une autre façon de mourir, à partir du moment où la décision est prise, et être plus courageux dans la façon dont on aborde la fin de vie", a-t-il déclaré à l'AFP.

Un peu plus tard, François Lambert s'est exprimé depuis la Place de la République à Paris. "Ça remet les choses dans l'ordre, on était prêts depuis des années. On revient dans quelque chose de rationnel. Par respect pour lui, il fallait arrêter de le maintenir en vie dans cet état. J'espère qu'il repose en paix". Celui-ci souligne que le conflit familial autour de cet affaire l'a "beaucoup fait souffrir. Ce qui s'est passé là est une rupture irréversible".

Les parents de Vincent Lambert dénoncent "un crime d'État"

Les avocats de Viviane et Pierre Lambert ont réagi aux alentours de midi, par le biais d'un communiqué de presse. "Vincent est mort, tué par raison d'État et par un médecin qui a renoncé à son serment d'Hippocrate", peut-on lire. "L'heure est au deuil et au recueillement. Il est aussi à la méditation de ce crime d'État".

"Il n’aura été tenu aucun compte de la dignité de cet homme handicapé, condamné parce que handicapé. Car la première dignité, c’est le respect de la vie d’une personne. C’est un peu de notre humanité à tous qui s’en est allée aujourd’hui, tant cette faute ignoble qui ébranle les fondements de notre droit et de notre civilisation rejaillit sur nous tous".

Michel Houellebecq prend parti pour les parents de Vincent

Peu avant l'annonce du décès de Vincent Lambert, l'écrivain Michel Houellebecq a écrit une tribune pour Le Monde, dénonçant l'ingérence de l'État dans cette affaire et condamnant plus particulièrement la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. "L'État français a réussi à faire ce à quoi s’acharnait, depuis des années, la plus grande partie de sa famille : tuer Vincent Lambert", écrit-il.

Selon lui, rien ne justifiait l'arrêt des soins pour ce patient tétraplégique. "Vincent Lambert n’était nullement en proie à des souffrances insoutenables, il n’était en proie à aucune souffrance du tout. Il n’était même pas en fin de vie. Il vivait dans un état mental particulier, dont le plus honnête serait de dire qu’on ne connaît à peu près rien".

Une enquête ouverte et une autopsie en cours

Une enquête a été ouverte afin de déterminer les causes exactes de la mort de Vincent Lambert. Le Procureur de la République précise toutefois qu'aucune enquête n'est conduite pour tentative de meurtre contre le Dr. Sanchez. "Il est important de fournir à la famille les causes exactes de la mort de Vincent Lambert. Et chacun décidera ensuite dans la famille de ce qu'ils souhaitent faire y compris sur le plan judiciaire", souligne-t-il.

Le Procureur précise que "ne pas ouvrir d'enquête aurait pu être interprété comme un soutien apporté au personnel soignant. Ouvrir une enquête du chef de meurtre aurait également pu être interprété comme la condamnation a priori du processus déclenché dans le cadre de la loi Leonetti". Celle qui consiste à rechercher les causes de la mort est, selon lui, la plus neutre possible. "A l'issue de l'autopsie, le corps de Vincent Lambert rendu à sa femme qui est sa tutrice légale".

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