Entorse de la cheville - une blessure fréquente

Publié le 16 Mars 2005 par Rédaction Medisite
Auteur : Dr Cyrille CAZEAU
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Plainte

"J’ai souvent la cheville qui lache, je suis fragile des chevilles, on m’a mal soigné mon entorse, on ne m’a pas plâtré, j’ai fait 6 entorses au pied gauche et 3 à droite", sont des plaintes constituant le quotidien du chirurgien orthopédiste.

Les principes de biomécanique

Une blessure fréquente

Tenant compte que l’on marche debout, que l’attraction terrestre se fait vers le sol et que les chevilles sont tout en bas du corps, on comprends aisément quelles en supportent tout le poids!

Le système pour autant ne semble pas très solide lorsqu’on observe son architecture osseuse. En effet tout le corps repose sur un assemblage que les menuisiers connaissent bien: tenon et mortaise. La mortaise est formée d’une pince osseuse; la partie la plus basse du tibia et du péroné. Cette pince est posée en équilibre et s’emboîte sur le tenon, pièce carrée articulaire qui fait partie du pied. Ce système mécanique est tellement peu imbriqué, peu congruent comme disent les chirurgiens qu’il ne pourrait tenir tout seul. Il ne peut tenir, car contrairement à celui du menuisier, il n’est pas imbriqué, de manière à autoriser la mobilité.

Latéralement se trouvent des structures ligamentaires qui unissent la mortaise au tenon, c’est à dire les os du tibia et péroné au pied. Il s’agit en dehors du ligament latéral externe et en dedans du ligament latéral interne. Leur efficacité est liée à leur tension; s’ils sont détendus, alors la cheville est trop laxe et le patient est victime d’entorses à répétition.

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Une blessure fréquente

Le système est en fait un peu plus compliqué. En effet les ligaments sont bourrés de récepteurs nerveux qui envoient des messages vers le cerveau lors de la déformation des ligaments. Le cerveau commande alors certains muscles de la jambe qui se terminent par leurs tendons sur la cheville. En se contractant, ils stabilisent l’articulation. C’est un système dynamique instantané: en marchant, lorsque vous mettez le pied dans un trou, la cheville se déforme alors; si le système de rattrapage est assez rapide et efficace, alors l’information monte au cerveau puis redescend immédiatement, et la tension des tendons empêche que le mouvement aille trop loin et aboutisse à une déchirure des ligaments. Cela explique qu’il faut bien différencier les structures qui fonctionnent de façon passive et qui sont à l’origine de l’information comme les ligaments, des élements actifs qui se rétractent; les tendons. En termes scientifiques cela s’appelle la sensibilité proprioceptive, que la réeducation peut développer, nous y reviendrons plus tard.

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Quelles sont les conséquences au quotidien et comment prévenir les crises?

Le premier des conseils concerne le chaussage. Il faut éviter toute chaussure qui aggrave l’instabilité. En particulier les talons hauts augmentent la distance entre la cheville et le sol et favorisent les mouvements de torsion. Cela est d’autant plus vrai que l’assise du talon au sol est étroite. Le talon-aiguille en est la caricature. Si vous tenez à vos talons, veillez à ce que l’assise soit la plus large possible, de préférence de la largeur de l’arrière-pied. Le deuxième conseil concerne la régularité du sol sur lequel vous marchez ou vous courez. En effet, si le choix est possible, en particulier pour le jogging, il vaut mieux courir sur un sol régulier meuble, sans trous.

En fait le véritable problème réside dans la perte d’attention qui sera responsable des récidives. Même si vous courez sur un sol plein d’irrégularités, à partir du moment ou vous êtes concentré sur votre cheville, les chances de récidive sont moindres.

A l’inverse, si vous pensez à autre chose, en parlant avec un ami par exemple, vous pourrez vous tordre la cheville. Cela illustre parfaitement le rôle de maintien de surveillance qu’à le cerveau. C’est cela qui explique probablement l’efficacité de la chevillière si souvent prescrite par les non spécialistes. Celle-ci est tellement déformable, presque autant qu’une chaussette qu’on ne peut l’imaginer s’opposer au mécanisme de l’entorse. En fait il est probable que serrant la cheville en permanence la chevillière rappelle en permanence à son propriétaire qu’il doit maintenir sa vigilance.

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