Les traitements contre les maux d’estomac augmenteraient le risque de maladies rénales

Publié le 20 Février 2019 par Claire Ménage, journaliste santé
Des chercheurs de l’Université de Californie à San Diego (Etats-Unis) ont découvert que les patients sous traitements contre les brûlures d’estomac (IPP) étaient plus susceptibles de souffrir d'une maladie rénale, selon une étude publiée dans la revue médicale Scientific Reports le 19 février 2019.
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© IstockLes médicaments traitant les maux d'estomac, les brûlures d'estomac, les reflux acides et les reflux gastro-œsophagien sont parmi les traitements les plus prescrits dans le monde. Appelés aussi inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), ils sont à base lansoprazole, ou d'ésoméprazole. D’après l’étude publiée le 19 février 2019, dans la revue médicale Scientific Reports, "les patients sous IPP seraient plus susceptibles de souffrir d'une maladie rénale", démontre le professeur Ruben Abagyan, professeur de pharmacie et principal auteur de l’étude. Aux États-Unis, environ 10% des adultes prennent des IPP, soit une dépense de 11 milliards de dollars chaque année.

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Un tiers des patients sous IPP déclare une insuffisance rénale

A partir de l’exploitation de la base de données du système de déclaration des effets indésirables des Etats-Unis, les chercheurs se sont concentrés sur les conséquences imprévues de la consommation d’IPP. Sur les 43 000 participants sous IPP et seulement ce médicament, un groupe témoin de 8 000 patients sous antagonistes des récepteurs de l'histamine 2 (une autre forme d'antiacide qui traite les mêmes conditions), a été créé afin de confirmer les résultats de l’étude.

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Résultats : Les patients qui ne prenaient que des IPP ont signalé une réaction indésirable liée aux reins à une fréquence de 5,6%, contre 0,7% pour les patients ne prenant que des antagonistes des récepteurs de l’histamine-2.

De plus en creusant un peu, les scientifiques ont constaté que, par rapport au groupe témoin, les patients ne prenant que des IPP étaient "28 fois plus susceptibles de déclarer une insuffisance rénale chronique, ainsi que des lésions rénales aiguës (4,2 fois plus susceptibles(, une insuffisance rénale au stade terminal (35,5%)", explique l'étude.

Le professeur Abagyan met néanmoins en garde le fait que "cette étude ne révèle pas la fréquence absolue de ces plaintes liées au rein pour toutes les personnes prenant des IPP. Un vaste essai clinique contrôlé et randomisé serait nécessaire pour démontrer de manière définitive le lien de causalité entre l'utilisation d'IPP et le risque absolu de maladie rénale chez l'homme".

Qu'en est-il en France ?

Un quart de la population française, soit près de 16 millions de personnes, ont bénéficié d’au moins un remboursement par l’Assurance maladie pour une délivrance d’IPP sur prescription médicale en France en 2015. Pour 8 millions d’entre elles, il s’agissait d’une initiation de traitement. Parmi eux, le traitement par IPP étaient associés à un traitement par AINS dans plus de la moitié des cas. Les IPP et les AINS étaient presque toujours prescrits ensemble, suggérant alors une protection gastrique à visée préventive. Cependant, dans 80% des cas, aucun facteur de risque justifiant l’utilisation systématique d’un IPP en association avec un AINS n’était identifiée.

L’ANSM souhaite rappeler qu’à ce jour, l’intérêt de la prévention des brûlures d’estomac en cas de prise d’AINS, chez l’adulte, n’est établi qu’en présence des facteurs de risque suivants :

  • Être âgé de plus de 65 ans
  • Avoir un antécédent d’ulcère gastrique ou duodénal
  • Être traité par antiagrégant plaquettaire, anticoagulant ou corticoïde.

L’ANSM rappelle qu’il est important de ne pas banaliser l’utilisation des IPP. En effet, bien que les IPP soient généralement bien tolérés à court terme, leur utilisation au long cours n’est pas sans risque.

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