Définition

La spasmophilie est une pathologie qui n'apparaît dans aucune classification médicale. Ce n’est pas une maladie, mais un syndrome associant des spasmes et une hyperexcitabilité musculaire. Les nerfs deviennent hyperexcitables ou sensibles aux stimulations diverses et les muscles se contractent par spasmes.

On parle de crise de spasmophilie, d'hyperventilation ou de tétanie pour désigner une attaque de panique dont les symptômes sont majoritairement musculaires : douleurs, fourmillements, crampes, contractures...

En fonction des personnes, d'autres manifestations typiques de la crise de panique y sont associées, tels que les troubles du sommeil, les problèmes digestifs...

Schéma : système nerveux humain

Schéma : système nerveux humain© Creative Commons

Crédit : Dailly Anthony — Travail personnel © CC - Licence : https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/

La spasmophilie, c'est quoi ?

La réponse du Dr Jean-Claude Houdret, médecin homéopathe et phytothérapeute à Paris :

« Il ne s’agit pas d’une maladie, mais d’un déséquilibre congénital et souvent familial et héréditaire entre systèmes ortho et parasympathique ce qui entraîne une sur-réaction aux stress de la vie si petits soient-ils. La spasmophilie est un état. Les personnes sont spasmophiles de leur naissance jusqu’à leur mort mais leurs troubles sont présents ou pas. »

Quelles différences entre crises de spasmophilie et de tétanie ?

La tétanie est une forme très rare de contractures musculaires. Elle peut être due à une diminution dans le sang de la concentration du magnésium (cela peut arriver chez une personne dialysée (rein artificiel) ou du calcium (cela peut arriver en cas de non fonctionnement des glandes parathyroïdes). Les crises de tétanie sont intenses et prolongées alors que les crises de spasmophilie sont moins accentuées, gênantes, mais toujours bénignes.

Chiffres

15 millions de personnes seraient concernées par la spasmophilie en France. Dans deux tiers des cas ce sont des femmes, qui ont des antécédents familiaux de spasmophilie.

Spasmophilie : les femmes jeunes sont-elles plus à risques ?

Selon les statistiques, les femmes ont entre 50 et 100 % de chances de plus que les hommes d’avoir un jour une crise de spasmophilie. Les crises surviennent en particulier chez les adolescentes et les jeunes femmes (15-20 ans) qui sont régulièrement angoissées ou viennent de vivre une expérience traumatisante, par exemple une rupture ou un deuil.

Symptômes

La spasmophilie se manifeste par :

  • Une sensation de "boule" dans la gorge, d’oppression dans la poitrine, d’étouffement, de palpitations.
  • Des crampes et fourmillements, dans les jambes, doigts et au niveau du visage.
  • Des spasmes abdominaux.
  • Un tremblement des paupières.
  • Des raideurs, douleurs musculaires et articulaires.
  • Une tachycardie (accélération du rythme cardiaque).
  • Des symptômes d’anxiété généralisée, d’angoisse, un excès d’émotions.
  • Des troubles du sommeil (insomnie).

Photo : parmi les symptômes de spasmophilie, un sentiment d'opression, des palpitations...

Photo : parmi les symptômes de spasmophilie, un sentiment d'opression, des palpitations...© Adobe Stock

Comment reconnaît-on une spasmophilie sans crise ?

Les symptômes rencontrés dans le cadre de la spasmophilie sans crise (pas de spasmes musculaires ni d’hyperventilation) regroupent certains des signes rencontrés dans la spasmophilie. La personne atteinte peut présenter :

  • Des maux de tête.
  • Des vertiges.
  • Des nausées.
  • Des ballonnements.
  • Des douleurs abdominales.
  • Ou de la fatigue.

Un terrain d'anxiété ou d'angoisse est également associé.

Causes

On ne connaît pas clairement les causes de la spasmophilie. Une hypothèse suggère que l’angoisse et l’anxiété sont responsables d’une augmentation de la respiration qui devient trop ample et trop rapide (hyperventilation). Cette hyperventilation modifie les échanges de calcium et de magnésium entre l’intérieur et l’extérieur des cellules musculaires. Ces changements dans les échanges cellulaires expliqueraient l’hyperexcitabilité.

Certains médecins ne considèrent la spasmophilie que sous la forme d'attaques de panique, sur un terrain psychologique anxieux.

Pour le Dr Jean-Claude Houdret, médecin homéopathe et phytothérapeute à Paris : "la spasmophilie est « un dérèglement du système neurovégétatif héréditaire".

Facteurs de risques

  • Le risque de spasmophilie est plus élevé chez les personnes angoissées, ou qui ont vécu un traumatisme (deuil, rupture...).
  • Les personnes qui ont été maltraitées ou victimes d’abus sexuels pendant leur enfance ont également plus de chances que les autres de présenter des symptômes de spasmophilie.
  • L'alcool n'est généralement pas directement responsable des crises de panique, mais il peut cependant être un facteur déclencheur et amplifier les crises chez les personnes angoissées. Pour savoir si l'alcool a une véritable incidence sur la spasmophilie, il faut déterminer si les crises surviennent uniquement après la consommation d'alcool.

Personnes à risque

Les femmes sont plus à risque que les hommes de souffrir de spasmophilie.

Selon les statistiques, les femmes ont entre 50 et 100 % de chances de plus que les hommes d’avoir un jour une crise de spasmophilie. Elles ont toujours des antécédents familiaux de spasmophilie. Les crises surviennent en particulier chez les adolescentes et les jeunes femmes (15-20 ans).

Les personnes anxieuses, très émotives ont de plus de risques d’avoir des crises de spasmophilie.

Les personnes présentant une carence en calcium et magnésium, liée à un déficit nutritionnel, peuvent présenter plus volontiers des crises de spasmophilie.

Durée

Les spasmes musculaires cessent toujours spontanément. Les crises sont bénignes et réversibles. L’intensité et la durée des crises de spasmophilie diminuent dans le temps pour devenir de plus en plus rares.

Lorsque la spasmophilie est prise en charge, les crises deviennent moins fréquentes et les symptômes disparaissent peu à peu.

Qui, quand consulter ?

La spasmophilie doit faire l'objet d'une consultation médicale avec son médecin traitant, en particulier lorsque les crises sont fréquentes et qu'elles ont des répercussions sur la vie quotidienne.

Complications

Lorsque la spasmophilie devient chronique, on parle de spasmophilie permanente.

La spasmophilie permanente ne se manifeste pas toujours par une augmentation du nombre de crises. La spasmophilie est dite permanente lorsque le sujet ressent en permanence plusieurs symptômes, de façon plus ou moins prononcée.

Ces symptômes incluent les troubles cardiovasculaires (tachycardies, difficultés à respirer), la fatigue, l'angoisse, la dépression, les spasmes, les douleurs musculaires (myalgies), les fourmillements, les insomnies, les malaises, les maux de tête et les troubles digestifs. Elle doit être prise en charge car elle représente un handicap important dans la vie quotidienne.

Photo : parmi les complications de la spasmophilie, la tachycardie

Photo : parmi les complications de la spasmophilie, la tachycardie© Istock

Examens et analyses

Lorsqu’un médecin suspecte qu’un de ses patients souffre de spasmophilie, différents examens peuvent permettre de faire le diagnostic en plus d’un interrogatoire :

  • Des dosages de calcium, magnésium et vitamine D avec une prise de sang.
  • Un électromyogramme (enregistrement des courants électriques au niveau de la main). Il montre une hyperactivité électrique répétitive des nerfs périphériques, caractéristique de l’excitabilité neuromusculaire.
  • Le « signe de Schvosteck » : cela consiste à regarder si la percussion d'un petit nerf au niveau de la joue entraîne une contraction de la commissure des lèvres, signe de spasmophilie.
  • « Le signe du Trousseau » : le gonflement d’un brassard de tensiomètre au niveau de l’avant-bras pendant quelques minutes provoque une contraction des doigts contre le pouce (“main d’accoucheur”) chez les personnes qui font de la spasmophilie.

Précsion du Dr Jean-Claude Houdret, médecin homéopathe et phytothérapeute à Paris : « Le diagnostic de spasmophilie demande du temps. C’est un syndrome trop souvent non reconnu »

Photo : le signe de Trousseau

Photo : le signe de Trousseau© Creative Commons

Crédit : Huckfinne — Travail personnel © CC/Domaine Publique - Licence : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Troussau%27s_Sign_of_Latent_Tetany.jpg

Traitements

Il n’existe pas de traitement spécifique de la spasmophilie. « Le traitement consiste à équilibrer le système nerveux », informe le Dr Jean-Claude Houdret.

Les médecines douces et naturelles représentent le traitement de première intention (plantes, vitamines et oligo-éléments, homéopathie...) associées à des thérapies ou des techniques de relaxation pour la prise en charge de l’anxiété.

Des vitamines, oligo-éléments et plantes contre la spasmophilie

« A mon sens le traitement passe par une réadaptation longue du système nerveux sympathique aux stress normaux de la vie quotidienne avec l’usage de plantes, vitamines et oligo-éléments (calcium, magnésium, vitamine D…) », indique le Dr Jean-Claude Houdret.

En phytothérapie, « la passiflore est le traitement de choix », indique le Dr Jean-Claude Houdret. Cette plante est employée depuis plusieurs siècles pour apaiser anxiété et troubles du sommeil et pour soulager les problèmes musculaires (crampes...). Elle apparaît donc comme une alliée essentielle dans le traitement de la spasmophilie et des symptômes associés.

D’autres plantes comme la belladone, la valériane, la ballote (Ballota nigra), l’aubépine et le tilleul sont également utiles en cas de spasmophilie grâce à leur action sédative (calmante).

Comment traiter la spasmophilie par l'homéopathie ?

Un traitement homéopathique de fond peut atténuer l'hypersensibilité. Cette solution contre la spasmophilie réside notamment dans la prise quotidienne de 5 granules d'Ignatia amara 9 CH, avec l'accord préalable d'un médecin.

Aromathérapie et Fleurs de Bach : efficaces contre la spasmophilie ?

Différents élixirs floraux du Dr Edward Bach permettent à moyen terme de restaurer l'harmonie intérieure des personnes anxieuses. Pour trouver la ou les fleurs adaptées, il convient de consulter un naturopathe ou un expert en fleurs de Bach. Ponctuellement, et en particulier lors des "crises de spasmophilie", il existe néanmoins un remède express très efficace : Rescue, à raison de 4 gouttes sur la langue. L'aromathérapie est un autre traitement de la spasmophilie. Dès l'apparition des premiers signes, on peut déposer avec l'accord de son médecin une goutte d'huile essentielle de Lavande sur un mouchoir. Il s'agit en effet d'une huile apaisante et régulatrice du système nerveux, qui peut également aider les muscles à se décontracter.

Médicaments et thérapies

L’angoisse et l’anxiété, si elles sont vraiment incontrôlables, peuvent bénéficier d’un traitement anxiolytique, sur prescription médicale. Une psychothérapie peut aider, sous forme d’entretiens individuels, de prise de parole dans un groupe ou de jeux de rôles, tout comme une thérapie cognitivo-comportementale (TCC). La sophrologie ou des techniques de relaxation ou de respiration peuvent également être utiles.

Spasmophilie : quand prendre des anxiolytiques ?

La recommandation du Dr Jean-Claude Houdret, médecin homéopathe et phytothérapeute à Paris :

« Le recours systématique aux anxiolytiques doit être proscrit, en revanche un usage modéré et occasionnel est admissible pour passer un épisode ».

A savoir : une meilleure maîtrise de son angoisse et de son anxiété, associée à un régime alimentaire équilibré, peuvent suffire à contrôler les crises de spasmophilie.

Prévention

L’objectif est de prévenir l’apparition et le développement d’une angoisse ou d’une anxiété. La psychothérapie au besoin complétée par la prise de petites doses d’anxiolytiques peut limiter ces signes. Un régime alimentaire équilibré permet un apport régulier en calcium et magnésium pour éviter tout déficit de ces deux éléments.

Sites d’informations et associations

Association Spasm’o’fil :

http://spasmophiles.e-monsite.com

Association Spasmophilie Entraide :

https://www.spasmo-aide.ch/4_00spasmo1.html

Association spasmophilie et sérénité :

89, boulevard Saint-Michel, 75005 Paris ; 01  43  54  99  13. 

Sources

Dr Jean-Claude Houdret, Spasmophilie, mythe ou réalité, Editions Presses de Valmy, 2007

Dr Jean-Claude Houdret, Soigner la spasmophilie : avec les médecines douces et naturelles, Editions Solar, 2006

(Le Dr Jean-Claude Houdret a développé la spasmophiline pour le laboratoire Sunrex www.sunrexparis.com)

Jean-Loup Dervaux , Spasmophilie et hyperventilation, éditions Danglès, 2012

Marie Chetaille, Spasmophilie: La détecter et s'en libérer - Comprendre ses liens avec la fibromyalgie, Editions Dangles, 11 février 2019

Article de Marie Chetaille, naturopathe, Et si vous étiez simplement spasmophile ?

Charlotte Staub, La spasmophilie : Données actuelles et prise en charge THESE pour le DIPLÔME D’ETAT DE DOCTEUR EN PHARMACIE » novembre 2003, université de Nantes

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