Canicule : à combien de morts faut-il s’attendre ?

En 2003, la canicule faisait 15 000 décès dans l’hexagone. Douze ans plus tard, les fortes chaleurs faisaient encore plus de 11 000 décès. Si les mesures de prévention ont été renforcées au fil des ans, celles-ci suffiront-elles à réduire cette surmortalité ? Début septembre, les chiffres tombent.

“Il ne peut jamais y avoir zéro mort”. Tels étaient les mots d’Agnès Buzyn, ministre de la Santé, lors du premier épisode caniculaire de cette année au mois de juin. Celle-ci rappelait à nos confrères d’Europe 1 l’impact des fortes chaleurs sur les personnes âgées ou fragiles, qui peuvent “entraîner des morts prématurées”. Le 22 juillet dernier, la canicule était de retour dans l'hexagone, et devait durer jusqu'au vendredi. L'occasion de faire quelques prévisions sur les conséquences qu'elle pouvait entraîner, et de rappeler l'importance de la prévention. Début septembre, le bilan est tombé.

Mi-juillet, plusieurs décès ont déjà été enregistrés, mais il est encore trop tôt pour dresser un bilan

Le 30 juin dernier, "les pathologies en lien avec la chaleur ont représenté 1,13 % du total des passages aux urgences et 2,83 % de l’activité de SOS médecins pour des motifs de coups de chaleur et hyperthermies”, selon un premier bilan de Santé Publique France. L’organisme, que nous avons contacté, estime toutefois “qu’il est encore trop tôt pour dresser un bilan” quant à la mortalité liée à la canicule de 2019.

Plusieurs décès ont cependant été rapportés par la presse, suite à la première vague de chaleur. Ainsi, un cycliste a été victime d’un malaise dans le Vaucluse. Transporté aux urgences d’Avignon, il est décédé quelques heures plus tard. Dans le Haut-Rhin, un octogénaire qui venait de déposer son petit-fils à l’école et un ouvrier trentenaire ont perdu la vie, de même qu’un couvreur en Ille-et-Vilaine, probablement victimes d’hyperthermie. Quatre noyades ont également été enregistrées, le plus souvent suite à une hydrocution.

Les canicules qui surviennent en début d’été sont souvent plus mortelles

Des décès qui soulignent bien l’importance de la prévention. “On se rend compte que la mortalité a évolué, parce que le grand public ne prend pas de précautions. Souvent, les gens sont dans le déni, continuent de faire du sport”, soulignait alors la ministre. “Tant qu'il y aura des morts, inutiles, liés à la canicule, mon travail est de rappeler les consignes et de faire en sorte que tout le monde les applique".

En outre, les vagues de chaleur précoces seraient plus dangereuses que celles qui arrivent plus tard dans l’année. Selon un rapport de 2015 de l’Organisation météorologique mondiale et de l’Organisation mondiale de la santé, “il a été démontré que les vagues de chaleur survenant au début de l'été étaient associées à des impacts plus importants sur la mortalité dans la même population que des vagues de chaleur ultérieures à des températures comparables ou plus élevées. [...] En Europe, les vagues de chaleur survenues en juin entraînent une mortalité relativement élevée par rapport à l'été”.

Un nombre de décès réduit grâce à la prévention ?

En août 2003, la France connaissait une période de canicule particulièrement intense, qui avait entraîné environ 15 000 décès. “Nous ne savions pas ce qu’était une canicule [...], aucune prévention n’avait été mise en place, souligne Agnès Buzyn, lors d’une visite au CHU de Nîmes, qui se veut rassurante. “Nous sommes extrêmement bien préparés par rapport à 2003”.

Les étés 2006, 2015 et 2018 ont été respectivement le quatrième, le troisième et le deuxième été les plus chauds derrière 2003, selon les données de Santé Publique France. L’agence de santé a donc dressé un bilan de la surmortalité pendant les canicules des étés 2006 et 2015, à partir des données de l’Insee.

La première année, 11 494 décès ont été recensés, soit une augmentation de 10 % de la mortalité. Neuf ans plus tard, 11 636 personnes sont mortes pendant la canicule, soit une augmentation de plus de 17 % de la mortalité. En 2018, ce pourcentage était assez similaire, puisque l'excès de décès était de 15 %. Celui-ci s’observe plus particulièrement chez les personnes âgées d’au moins 45 ans.

“Les résultats de ce rapport ne permettent pas de conclure à une baisse du risque lié à la chaleur depuis la canicule de 2003”, estime Santé Publique France, qui souligne au passage l’importance de “poursuivre les efforts sur les mesures de prévention mise en œuvre”.

En septembre, les vrais chiffres tombent...

Le dimanche 8 septembre 2019, la ministre de la santé Agnès Buzyn a dévoilé le nombre de morts liées à la canicule cet été. Des chiffres rassurants, puisqu'ils sont dix fois moins importants qu'en 2003. Au total, 1 435 décès en excès ont été enregistrés : 567 lors de la première vague de chaleur, et 868 lors de la seconde, "soit une surmortalité relative de 9,1 % par rapport à la normale".

La ministre dresse aussi le profil des sujets concernées, dans l'émission Questions politiques : "la moitié sont des personnes de plus de 75 ans, mais il y a aussi des personnes adultes ou même des plus jeunes qui ont été impactées, notamment dans le monde du travail". Ainsi, dix hommes auraient trouvé la mort dans le cadre de leurs fonctions - travaillant pour la majorité en extérieur.

Agnès Buzyn s'est réjouie du succès des mesures de prévention, mais estime que celle-ci doit "encore porter ses fruits" au travail, en particulier dans les secteurs du BTP, de la restauration et de l'agriculture.

Attention aux pathologies liées à la chaleur

Outre les décès, les pathologies liées à la chaleur ne sont pas en reste. "Pendant les étés 2015 à 2018, plus de 63 000 passages aux urgences et plus de 15 000 consultations SOS Médecins ont été recensés", peut-on lire sur le site de Santé Publique France. Ces consultations enregistrées par le Système français de Surveillance sanitaire des urgences et des décès (SurSaUD®) ne concernent que les coups de chaleur, les déshydrations et les hyponatrémies, par le biais de l'indicateur iPNC.

Canicule : à combien de morts faut-il s’attendre ?

© Pascal M, Daoudi J, Fouillet A, Lapostolle A, Empereur-Bissonnet P, Pouey J, et al. Principaux enseignements de la surveillance sanitaire des impacts des vagues de chaleur de 2015 à 2017 en France. Bull Epidémiol Hebd. 2018;(16-17):326-33.

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