Pornic : la cliente intoxiquée au détergeant dans un restaurant ne peut plus manger depuis 1 an

Les faits remontent au jeudi 1er août 2019 dans un hôtel de luxe situé à Pornic (Loire-Atlantique). Un couple commande un jus de fruit maison pour leur petite fille âgée de 22 mois. Mais c’est du détergent qu’on lui sert. Sortie du coma artificiel, la fillette est alimentée par une sonde depuis 1 an. Ses parents témoignent.
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La famille Kob se souviendra longtemps de ce repas à La Fontaine aux Bretons. Hôtel restaurant de luxe situé à Pornic en Loire-Atlantique, cet établissement est connu pour ses produits du terroir. Malheureusement, c’est son détergent pour lave-vaisselle qui a défrayé la chronique début août 2019. Alors qu’un couple a commandé un jus de raisin bio fait maison pour leur fille Elisabeth, l’impensable s'est produit : un verre rempli de détergent leur est apporté à table. Le liquide ressemble à du jus de raisin blanc.

C’est la réaction de l’enfant, après avoir bu les premières gouttes, qui a interpellé les parents. Lorsque ces derniers ont goutté à leur tour la boisson, ils se sont brûlés aussi. "En goûtant, je me suis brûlé les lèvres", décrivait le père de famille contacté par Ouest France. Suite à cela, l’enfant avait été conduite en urgence au CHU de Nantes dans un état grave et plongée dans un coma artificiel. Sa bouche, sa langue, son palais, ses lèvres étaient brûlés. Quant à son œsophage, il ne peut plus rien absorber.

Un an après le drame, les deux parents témoignent au micro de France 3. Si la petite Elisabeth s'en sort, son quotidien est totalement bouleversé aujourd'hui. La fillette a subi 17 opérations chirurgicales et ne peut plus manger quoi que ce soit depuis un an.

Le détergeant lui a brûlé tout l'oesophage

Le liquide ingéré par la fillette était en fait un détergent pour lave-vaisselle industriel contenant de la soude caustique (hydroxyde de sodium utilisé dans l’industrie chimique ou pétrolière). Selon certaines informations, il aurait été versé dans un récipient par un employé, mis au réfrigérateur par un autre avant d’être servi par mégarde par un troisième.

Le parquet de Saint-Nazaire avait apporté quelques précisions sur le déroulé des événements. Selon ce dernier, "un employé qui avait mis du détergent dans un contenant qui sert aux boissons, l’a laissé sur le comptoir. Un collègue, croyant qu’il l’avait oublié, l’a remis dans le frigo et cela a été servi aux clients".

Or, selon le père de la victime, une simple lessive ne ferait pas ça. En effet, lorsque la petite fille a ingéré le produit, elle l’a régurgité et le produit a traversé sa robe lui brûlant la peau. "Ça lui a littéralement brûlé tout l'œsophage, ce n'est pas une brûlure comme on peut avoir qui se cicatrise. La soude caustique mange les tissus. Elle les mange en profondeur jusqu'à 24h après l'ingestion", détaille le père de famille.

"On a passé 11 jours en réanimation, après encore quelques jours en pédiatrie, raconte aujourd'hui Olga, la maman d'Elizabeth aux journalistes de France 3. On attendait une place à Necker (l'hôpital parisien spécialisé en pédiatrie, NDLR), ce qui était plus proche de notre domicile". L'enfant avait pu finalement être transférée le 14 août 2019.

"Elle n'arrivait même pas à avaler sa salive"

À cause de la soude caustique, "la cicatrisation se fait plus en profondeur donc l'oesophage devient plus dur et plus étroit", relatent encore les parents. Depuis le drame, Elisabeth doit se rendre à l'hôpital toutes les trois semaines pour effectuer des dilatations. "Ils passent des ballonnets et ils les gonflent pour essayer de réécarter les tissus, en espérant qu'ils soient plus larges, on en est à 15-16 interventions et ils n'ont pas pu traiter tout l'oesophage", ajoute le couple.

"C'en était à un point où elle n'arrivait même pas à avaler sa salive, raconte son papa, chaque 5-10 minutes, elle devait cracher dans un verre".

Les nuits ne sont pas de tout repos pour les parents, depuis que leur fille a été blessée. "Elle pouvait se réveiller 15, 20, 30 fois, elle s'asseyait, elle s'étouffait avec la salive, poursuit sa mère, ça a duré des mois et des mois". Le lit d'Elisabeth avait alors dû être installé dans la chambre de ses parents.

"Là ça va un peu mieux, un moment donné ça ne se referme plus entre deux dilatations donc il y a moins de réveils la nuit, assure le père d'Elisabeth. Il y a en a toujours car, comme elle est alimentée la nuit, elle peut avoir des douleurs à son bouton greffé à son abdomen afin de pouvoir être alimentée par une pompe. Elle peut s'emmêler dans la pompe, elle peut se retourner sur le fil, du coup ça fait une occlusion, il se passe toujours quelque chose la nuit".

Son œsophage doit être remplacé

Au total, Elisabeth a déjà été opérée 17 fois depuis fin août 2019. "A chaque fois, l'hospitalisation dure 3-4 jours, raconte sa maman, ça se passe toujours sous anesthésie générale, elle est sous perfusion, elle ne peut pas bouger, il faut qu'on reste jour et nuit à côté d'elle, qu'on gère son alimentation".

Selon la mère de famille, la dernière opération a été particulièrement éprouvante. L'enfant aurait pleuré à la fin en implorant "Je veux manger par la bouche, je veux manger par la bouche !".

Malheureusement, Elisabeth n'en a pas encore fini avec les hôpitaux. Une prochaine opération est prévu durant laquelle son œsophage sera remplacé.

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