Un chirurgien accusé d'injecter du ciment dans la colonne vertébrale de ses patients

Le spécialiste est accusé d'avoir utilisé une méthode non conforme (et non validée en France) sur ses patients sans les en informer.
Un chirurgien accusé d'injecter du ciment dans la colonne vertébrale de ses patientsIstock

C'est un fait-divers glaçant. À Gap, un chirurgien orthopédique - le docteur Gilles N. - est soupçonné d'avoir injecté illégalement du ciment dans les disques de la colonne vertébrale de patients. Au total, 87 personnes auraient servi de "cobayes" au médecin.

Le chirurgien menait une "étude" sur ses patients en injectant du ciment

L'enquête a démarré grâce au témoignage d'un autre chirurgien, le Docteur Raouf Hammami, travaillant lui aussi au sein du centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud. Il a alerté le parquet de Gap sur les agissements "étranges" de son confrère au début de l'année 2018.

Dans ses propos, relayés par Le Parisien et sur RTL, il explique avoir découvert que ce chirurgien aux pratiques douteuses menait une "enquête" sur près de 87 patients. Or, ces travaux ont duré près de 2 ans - de 2015 à 2017.

"Je suis tombé sur une étude menée entre 2015 et 2017 par ce collègue chirurgien, spécialiste du rachis, qui a expérimenté sur 87 patients une nouvelle technique, 'la cimentoplastie discale', en dehors de tout cadre légal. En France, on peut injecter du ciment ( en fait une sorte de résine) dans des vertèbres fragilisées pour les renforcer. Or le docteur N. a lui injecté ce ciment directement dans les disques de la colonne. Il peut y avoir des fuites de ciment et des complications au niveau des nerfs, des artères. Avec un risque vital en cas d’hémorragie", estime le docteur Hammami.

Face à ces découvertes, le médecin décide rapidement de prévenir le directeur de l’hôpital, l'Agence Régionale de Santé (ARS), le Conseil de l'ordre mais aussi le procureur. L'enquête s'ouvre : le Dr Gilles N. est désormais jugé pour "faute grave délibérée" et "mise en danger de la vie d'autrui".

Rappelons en effet que les patients ont subi cette intervention... à leur insu.

C'est notamment le cas de Bruno Chevalier, âgé 53 ans, qui a fait "confiance" au chirurgien... mais qui le regrette amèrement aujourd'hui.

"Depuis l'opération, j'ai beaucoup de douleurs. J'ai du mal à marcher. J'ai même été reconnu comme travailleur handicapé à 80%. J'ai dû être réopéré pour que l'on me retire le ciment qui a débordé. Mais aujourd'hui, il en reste encore. J'ai été pris pour un cobaye par le Docteur N. qui ne m'a jamais dit qu'il allait utiliser sur moi une nouvelle technique", déplore le chauffeur de car sur RTL.

En quoi consistait l'opération ?

Selon le Docteur Raouf Hammami, cette intervention consistait à "injecter du ciment dans les disques de la colonne vertébrale, sorte d'amortisseurs entre les vertèbres".

Cette technique consiste habituellement à injecter un cimentdans une vertèbre, pour réparer une fracture ou soulager des douleurs... Mais pas dans un disque.

Mais malgré la dangerosité de cette méthode "non validée" en France, le docteur N. continue d'exercer.

Il faudra d'ailleurs récolter plus de "preuves" pour radier le chirurgien de l'Ordre des médecins, puisque, comme l'explique son avocat, Maitre Alexis Chabert : "Mon client considère que la technique de la cimentoplastie discale n'était pas innovante, qu'elle a été utilisée par d'autres confrères, notamment à l'étranger, mais aussi présentée dans des congrès médicaux".

En attendant, la Société Française de Chirurgie Rachidienne s'est positionnée face à l'enquête en précisant "qu'en l'état actuel des connaissances, la technique de la Cimentoplastie Discale devait être considérée comme non validée en France".

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