Pénurie de médicaments : "J’ai l’impression de vivre un cauchemar"

Publié le 11 Juillet 2019 à 12h05 par Louise Ballongue, journaliste santé
Depuis plusieurs semaines, la France connaît un épisode de pénurie concernant certains types de médicaments, notamment les anticancéreux. Une situation dramatique pour la santé des patients, qui estiment pour certains qu’on les laisse “mourir”.

"Je suis en colère. Ça va faire bientôt un mois qu’on attend les médicaments", hurle Carmen. Son mari, Stéphane, atteint d’un cancer de stade 1 de la vessie, ne trouve pas d’Amétycine, le médicament qui lui permettrait d’être traité. En juin, après 4 ans de rémission, cet homme de 62 ans a appris qu’il était victime d’une rechute.

Une nouvelle gravissime, mais surmontable comparé au manque de médicaments : "L’annonce ce n’était pas le plus dur. On s’est dit qu’on allait recommencer le traitement. C’est lorsque le médecin a dit "il n’y a pas de médicaments pour vous" que l’on a hurlé. C’était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase", s’indigne Carmen, sous le choc, avant d’ajouter "C’est un cancer tout de même, ce n’est pas un mal de tête. On parle d’une vie en jeu."

Face à cette pénurie, Carmen commence à faire des recherches sans pour autant avoir de résultats. "J’ai appelé des pharmaciens pour leur demander s’ils n’avaient pas des boîtes d’Amétycine qui traînaient dans les stocks, puis le CHR, le CHU et tous m'ont répondu en chœur "Non nous n'avons rien, désolé".

Un non collectif, qui pousse cette femme engagée dans la Ligue contre le cancer et son mari à chercher ailleurs. "Notre plan B c’est d’aller en Allemagne, si on ne reçoit pas bientôt les médicaments en France. J’ai appris qu’il y avait quelques boîtes là-bas. On n’est pas sûr de les avoir, mais à ce stade, c’est une question de survie".

À force de réclamations, le couple est désormais sur une liste d’attente de bénéficiaires pour le traitement. Une promesse qui est loin de rassurer Carmen : "Ça va être du compte-gouttes, en fonction de facteurs dont on ignore tout. Imaginez-ceux qui ne disent rien, qui se taisent : ils vont peut-être attendre des mois, avec des pathologies encore plus lourdes !".

Cette pénurie mortelle conduit parallèlement le couple à se poser des questions sur le marché de la santé en France : "J’hurle contre les laboratoires délocalisés. Je ne comprends pas qu’on puisse laisser ces grosses firmes gérer nos vies. Depuis quand la santé à un prix ? C’est très grave ce qu’il se passe en France. Le gouvernement doit réagir et de manière urgente", avant d'ajouter "Ce n'est pas que pour nous que je me bats. C'est aussi pour tous les autres".

Comment expliquer cette pénurie ?

Plusieurs facteurs seraient à l’origine du problème. Selon la fédération France Assos Santé, "industriels et grossistes répartiteurs sont les principaux responsables de cette situation : stratégies financières contestables, exportation des stocks vers des pays qui paient mieux, désengagement sur certains médicaments ou trop forte concentration des sites de production font partie des causes identifiées de longue date".

Effectivement, les prix de vente fixés par l'État sont jugés peu attrayants par les laboratoires et leurs intermédiaires, dans la mesure où ils sont deux à trois fois moins chers que dans d’autres pays d’Europe.

Une baisse des prix exigée par la Sécurité Sociale, qui souhaite avoir un taux de remboursement le plus faible possible. La France n’est donc pas distribuée de façon prioritaire par les laboratoires, qui préfèrent vendre en premier lieu à nos voisins.

Ce genre de pratique est pourtant illégal, puisque les grossistes répartiteurs ont pour obligation d’assurer les stocks dans l’hexagone.

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