Venezuela : le paludisme en hausse, la recherche en déliquescence

Publié le 25 Mai 2019 à 6h45 par afp medecine
Sans le Centre d'études sur le paludisme de Caracas, Francelis Pacheco n'aurait pas reçu les traitements appropriés lorsqu'elle a contracté l'infection. Mais l'institution, qui a participé à l'éradication de la maladie au Venezuela, est elle aussi minée par la crise économique qui frappe le pays.
Analyse de sang au Centre d'études sur le paludisme de Caracas, le 29 avril 2019

Sans le Centre d'études sur le paludisme de Caracas, Francelis Pacheco n'aurait pas reçu les traitements appropriés lorsqu'elle a contracté l'infection. Mais l'institution, qui a participé à l'éradication de la maladie au Venezuela, est elle aussi minée par la crise économique qui frappe le pays.

Au Venezuela, où plus de 85% des médicaments font défaut selon les organisations professionnelles, les malades atteints du paludisme peuvent espérer être soulagés dans cette institution publique qui survit essentiellement grâce à des dons.

Francelis Pacheco, une commerçante de 25 ans, a connu une vingtaine de crises de paludisme lorsqu'elle travaillait dans les mines d'or de l'Etat de Bolivar (sud-est), où sévit le moustique vecteur de la maladie.

"S'il n'y avait pas (les médicaments) ici, vraiment je ne sais pas comment je ferais", confie à l'AFP la jeune femme, alors qu'elle attend des résultats d'analyses après plusieurs mois passés dans l'Etat de Bolivar et dans le pays voisin du Guyana.

Elle y gagne sa vie en vendant des vêtements et des cigarettes, à environ 600 km de Caracas, sa ville d'origine.

Comme elle, une vingtaine de personnes se rendent chaque jour au Centre sanitaire en provenance de diverses régions du pays, pour faire des analyses et recevoir les comprimés qui permettent de soulager des crises qui peuvent s'avérer mortelles.

Grâce aux spécialistes qui ont participé à la fondation du Centre d'études du paludisme, le Venezuela a été le premier pays au monde à éradiquer la maladie en 1961. Mais elle a ressurgi il y a sept ans, et s'est à nouveau largement répandue depuis 2016, selon le ministère de la Santé et une ONG spécialisée.

Des microscopes jaunis, un lave-vaisselle maculé de produits chimiques violets, des réfrigérateurs corrodés par la rouille : le matériel du laboratoire est vieillissant. Au fil des ans, les frigos, climatiseurs, congélateurs et incubateurs ont cessé de fonctionner par manque de moyens pour la maintenance.

- "Extrême pauvreté" -

Jusqu'en 2007, le Centre bénéficiait de fonds publics pour des projets de recherche, mais ils ont été réduits à néant, explique à l'AFP Oscar Noya, le directeur de l'institution fondée en 1973. "Au Venezuela, le financement de la recherche est inexistant", déplore-t-il.

Le Venezuela est secoué par une crise économique sans précédent, avec des pénuries de biens de première nécessité, une inflation hors de contrôle et un effondrement de sa production pétrolière, premier revenu de l'Etat.

A peine huit personnes, techniciens et praticiens, travaillent dans le Centre, pour des salaires oscillant entre 7 et 11 dollars. Pour la maintenance, 1.000 dollars mensuels sont nécessaires.

"Nous nous retrouvons au niveau de l'extrême pauvreté", se lamente M. Noya, qui rappelle qu'un "scientifique se consacrant exclusivement à la recherche devrait gagner entre 4.000 et 5.000 dollars" par mois.

Le Centre continue malgré tout de postuler à des programmes de recherche lancés par des université européennes, ce qui lui permet d'obtenir des fonds et de garder le contact avec la communauté universitaire internationale.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Venezuela a enregistré 411.586 cas de paludisme en 2017, le plaçant désormais dans le groupe des pays du continent américain les plus touchés par la maladie.

Selon Oscar Noya, qui travaille depuis 30 ans dans l'institution, le nombre de personnes infectées atteint aujourd'hui "près de deux millions". En 2018, le Centre a reçu quelque 3.500 patients, soit "150 fois plus que par le passé, avec le même personnel", souligne-t-il.

Le gouvernement a cessé de publier des bulletins sanitaires en 2016, quand il a reconnu l'existence de 240.613 cas de paludisme.

Outre les fonds de recherche étrangers, l'institution survit grâce à des donations d'ONG, comme Médecins sans frontières, le Rotary Club qui fournissent des tests, des gants, du chlore... En 2018, elle a également reçu des médicaments de l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS), via le gouvernement.

"Nous avions passé deux années sans aucun médicament fourni par le ministère de la Santé dont nous dépendons", rappelle M. Noya.

"Nous sommes au fond du trou (...) mais nous sommes des battants, c'est pour cela que nous continuons, alors que nous avons reçu d'innombrables propositions pour quitter le pays", souligne-t-il.

avec
Publié le Samedi 25 Mai 2019 : 8h03
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