USA: des directives pour réduire les prescriptions d'antidouleurs opiacés

Un antidote contre les overdoses, distribué à New York, le 2 février 2016 alors que plus de 40 Américains meurent chaque jour par overdose d'opiacés

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Les autorités américaines, confrontées à un nombre croissant d'overdoses d'opiacés, ont dévoilé mardi les premières directives nationales relatives à la prescription de ces puissants médicaments antidouleurs, longtemps sur-prescrits pas certains médecins.

Les mesures préconisées ne sont pas obligatoires pour le corps médical. Elles visent à réduire l'usage abusif et illégal de ces médicaments qui provoquent une forte accoutumance.

Les décès par overdose d'opiacés tuent plus de 40 Américains chaque jour. Ces overdoses ont augmenté de 14% en 2014 par rapport à 2013 pour atteindre 28.647 décès au total.

Fin 2015, Barack Obama rappelait que les antidouleurs opiacés vendus sur ordonnance "sont la porte d'entrée vers l'héroïne"

Sur-prescrits pendant des années par certains médecins, les antidouleurs opiacés vendus sur ordonnance "sont la porte d'entrée vers l'héroïne" qui fonctionne de manière similaire, rappelait fin 2015 le président Barack Obama. Lorsque les patients devenus dépendants ne peuvent plus se procurer d'antidouleurs, faute d'ordonnance, ils se tournent souvent vers l'héroïne, moins chère et facile à trouver.

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Les nouvelles directives ont été publiées mardi par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), ce après que de nombreuses organisations médicales professionnelles et certains Etats eurent déjà établi leurs propres restrictions.

Mais les autorités estiment que la portée nationale de ces directives devrait inciter les médecins à être plus restrictifs pour prescrire ces puissants antidouleurs.

Le nombre d'ordonnances et les ventes de ces analgésiques opiacés ont quadruplé depuis 1999, contribuant à alimenter cette épidémie.

"Il devient de plus en plus clair que l'usage des opiacés comporte des risques importants alors qu'ils ne produisent que des bienfaits incertains, surtout quand on les compare à d'autres traitements contre la douleur chronique", a dit le Dr Tom Frieden, directeur des CDC.

"Plus de 40 Américains meurent chaque jour de surdose d'opiacés et nous devons agir sans plus attendre", a-t-il ajouté.

- Tournant radical -

Ces directives entérinées par de nombreux experts de l'accoutumance encouragent les médecins à d'abord essayer des anti-inflammatoires non-stéroïdiens, comme l'ibuprofène et l'aspirine, pour traiter des douleurs ne durant pas plus de trois jours et qui dépassent rarement sept jours.

Aujourd'hui, des médecins prescrivent des antidouleurs opiacés pendant deux semaines, voire un mois.

Les directives des CDC sont surtout destinées aux médecins généralistes qui font la moitié des ordonnances pour ces antidouleurs et qui souvent ne sont pas suffisamment formés sur leur usage.

Les CDC recommandent notamment que les malades effectuent des analyses d'urine avant qu'on leur prescrive ces antidouleurs et demandent aux médecins de vérifier dans le système de contrôle des ordonnances que les patients n'obtiennent pas déjà ces médicaments d'un autre docteur.

Actuellement, 49 Etats ont un tel mécanisme en place mais seulement 16 requièrent que les médecins l'utilisent.

Les directives des CDC ne s'appliquent pas aux ordonnances destinées à des malades souffrant de cancer ou en fin de vie.

Le Dr. Frieden a expliqué lors d'une conférence de presse que ce guide pour prescrire ces antidouleurs était conçu "comme un outil devant permettre aux médecins et aux patients de suivre une approche plus sûre" pour établir un équilibre entre les risques d'accoutumance et les besoins de traiter la douleur.

Ces directives fédérales marquent un tournant radical par rapport aux années 1990 quand les médecins ont commencé à prescrire généreusement les antidouleurs opiacés après que les groupes pharmaceutiques et des experts médicaux eurent affirmé qu'on pouvait les utiliser sans crainte de développer une accoutumance pour traiter des douleurs de dos et celles provoquées par l'arthrite.

De son côté, le Sénat américain a adopté un projet de loi le 10 mars, à 94 voix contre une, pour aider financièrement les Etats et les autorités locales à mieux lutter contre cette crise d'accoutumance à l'héroïne et aux antidouleurs opiacés qui sont étroitement liés.

Le sujet s'est également immiscé dans la campagne électorale avant les consultations primaires mi-février dans l'Etat du New Hampshire, particulièrement touché par ce fléau.

Les candidats à la primaire démocrate américaine Bernie Sanders (g) et Hillary Clinton, à Durham dans le New Hampshire, le 4 février 2016

Tous les candidats avaient abordé ce sujet, Donald Trump promettant par exemple "de mettre un terme rapidement" à l'épidémie s'il était élu, sans toutefois préciser comment, tandis que chez les démocrates, Hillary Clinton s'était engagée à sortir le problème "de l'ombre" et Bernie Sanders à lutter contre cette "maladie".

 
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Publié le Mercredi 16 Mars 2016 : 11h05

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