Drogues: l'accès aux seringues stériles "aléatoire et limité" à Paris

Publié le 19 Juin 2019 à 16h03 par afp medecine
L'accès aux seringues stériles en pharmacie, prévu pour lutter contre le sida et l'hépatite C, est "aléatoire et limité" à Paris, ville qui concentre plus d'infections que la moyenne, s'est alarmée mercredi l'association Act Up après la publication d'une enquête de terrain.
L'accès aux seringues stériles en pharmacie, prévu pour lutter contre le sida et l'hépatite C, est "aléatoire et limité" à Paris, s'est alarmée mercredi l'association Act Up

L'accès aux seringues stériles en pharmacie, prévu pour lutter contre le sida et l'hépatite C, est "aléatoire et limité" à Paris, ville qui concentre plus d'infections que la moyenne, s'est alarmée mercredi l'association Act Up après la publication d'une enquête de terrain.

L'organisation a réalisé des tests dans un peu plus d'un tiers du millier de pharmacies parisiennes en 2018 et 2019, pour voir si les officines mettaient à disposition des kits vendus sous le nom de "Stéribox", contenant le matériel nécessaire pour deux injections stériles.

Résultat, seule "une faible majorité de pharmacies" (52%) vendent ces trousses, dont le prix oscille généralement autour d'un euro. Près de la moitié (48%) des officines n'en disposent pas et l'essentiel d'entre elles ne permettent pas non plus d'acheter des seringues et du matériel stériles vendus en dehors d'un kit.

"On ne peut que s'interroger face à ces difficultés d'accès, étant donné le contexte épidémiologique sur l'Ile-de-France", a dénoncé Bettina Petit, responsable plaidoyer chez Act Up, lors d'une conférence de presse.

"La région concentre 42% des découvertes de séropositivité", et le taux d'incidence (qui sert à mesurer la fréquence et la vitesse d'apparition d'une pathologie) de l'hépatite C y est "deux fois supérieur à la valeur observée en France métropolitaine", a-t-elle rappelé.

Pour expliquer l'absence de Stéribox dans leurs étagères, la grande majorité des pharmaciens concernés (86%) ont expliqué qu'ils "n'en vendaient jamais", soit parce qu'on ne le leur demande pas ou que ce matériel se périme avant d'être acheté, soit en invoquant "la politique de la maison" ou celle "du quartier". Ces deux derniers arguments sont "choquants et inacceptables", estime Act Up.

L'accès aux seringues en pharmacie est également "très disparate" selon les arrondissements, et sans lien avec la présence dans le quartier de centres fréquentés par les personnes souffrant d'addictions et les usagers de drogues (CSAPA et CAARUD), qui distribuent également du matériel stérile.

Un réseau de distributeurs automatiques permet aussi de se procurer des seringues stériles directement dans la rue. Ces appareils acceptent des jetons distribués gratuitement par l'association SAFE, mais seule une infime minorité de pharmaciens parisiens (7,5%) les ont dans leur officine, selon Act Up.

Un constat inquiétant, alors que les pharmaciens sont "des acteurs de santé publique, qui jouent un rôle important en matière de réduction des risques" et sont censés "contribuer à la prévention, au dépistage et à l'orientation du patient dans le système de soins", a jugé Mme Petit.

En réaction, Act Up demande au Conseil national de l'ordre des pharmaciens "d'encourager la vente de Stéribox et plus généralement, de matériel d'injection stérile, en officine".

avec
Publié le Mercredi 19 Juin 2019 : 16h55