Coronavirus: la Nouvelle-Aquitaine se prépare à accueillir des dizaines de patients du Grand Est

Quatorze patients atteints du Covid-19 ont été évacués vendredi du Grand Est vers Bordeaux, Poitiers et Limoges, à la veille d'une opération de transfert d'ampleur attendue le week-end sur toute la Nouvelle-Aquitaine, pour l'instant relativement épargnée par "la vague".
Coronavirus: la Nouvelle-Aquitaine se prépare à accueillir des dizaines de patients du Grand Est

Quatorze patients atteints du Covid-19 ont été évacués vendredi du Grand Est vers Bordeaux, Poitiers et Limoges, à la veille d'une opération de transfert d'ampleur attendue le week-end sur toute la Nouvelle-Aquitaine, pour l'instant relativement épargnée par "la vague".

Dans l'après-midi, ce sont d'abord six patients de Mulhouse et Colmar qui ont été évacués vers Bordeaux à bord d'un avion A330 médicalisé de l'armée de l'Air parti d'Istres (Bouches-du-Rhône).

Pour la quatrième fois depuis mi-mars, les armées ont donc déployé le dispositif d'évacuation médicale aéroportée baptisée Morphée (acronyme de "Module de réanimation pour patient à haute élongation d'évacuation") pour évacuer des patients atteints du Covid-19 vers des départements moins touchés par l'épidémie.

Ces évacuations s'inscrivent dans l'opération militaire Résilience annoncée mercredi par le président Emmanuel Macron afin de soutenir les Français face à l'épidémie de coronavirus.

Trois d'entre eux ont été transportés au CHU de Bordeaux, en réanimation, et trois autres vers l’Hôpital d’Instruction des Armées Robert Piqué, près de Bordeaux.

"Actuellement ils sont stables, ça a permis de faire leur transfert mais ils sont dans état critique. Ils sont intubés, ventilés. Ils présentent tous une pneumonie à Covid", a expliqué à la presse le professeur Matthieu Biais, chef du pôle anesthésie-réanimation du CHU de Bordeaux.

Tous présentent un profil similaire: "moyenne d'âge autour de 50 ans, avec un surpoids, une hypertension artérielle, des facteurs de risque que l'on trouve régulièrement dans cette maladie".

"Ce sont six patients très lourds que nous recevons, pour pouvoir les sauver, parce que si on ne fait pas ça, ils n'auront pas la capacité d'être traités par ces moyens-là sur le Grand Est", a souligné Daniel Habold, directeur de la Santé publique à l'Agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine lors d'un point presse téléphonique vendredi matin.

- "Ne pas saturer" -

"C'est le début d'un grand mouvement d'accueil sur la région" les jours à venir, avec "un certain nombre de rotations sur l'ensemble de la Nouvelle-Aquitaine", a résumé Daniel Habold.

Ainsi, l'ARS a annoncé vendredi que 48 autres patients du Grand Est seraient rapidement transférés vers dix établissements hospitaliers de la région. Des évacuations qui ont commencé dès vendredi, pour 8 patients, et se poursuivront jusqu'à dimanche.

Selon un communiqué de l'ARS, quatre patients sont déjà arrivés au CHU de Poitiers par avion en provenance de Colmar (sur 2 vols sanitaires) et quatre malades ont été acheminés, sur 2 vols également, vers le CHU de Limoges. Samedi, 4 autres malades sont attendus en fin de matinée dans ces deux mêmes établissements, dispatchés pour moitié à Poitiers et à Limoges.

Les 36 autres arriveront dimanche à bord de deux TGV médicalisés avant de rejoindre les hôpitaux de La Rochelle, Bayonne, Pau, l’hôpital d’instruction des armées Robert Piqué, près de Bordeaux, (qui a déjà accueilli 3 patients vendredi) ainsi que Libourne, Angoulême, Niort et la clinique privée de Bordeaux Nord. "Un premier train aura pour terminus Poitiers et l’autre Bayonne, avec un arrêt à Bordeaux", a précisé l'ARS dans son communiqué.

Durée probable de leur séjour: 15 jours voire 3 semaines.

"Nous avons aussi pensé que le fait de les accueillir tout de suite nous permettrait de faire en sorte que la plupart sortent en bonne forme avant que l'essentiel de la vague ne nous frappe" (en Nouvelle-Aquitaine)", a expliqué vendredi Michel Laforcade, directeur général de l'ARS, lors d'une audioconférence.

Après un premier transfert samedi dernier de six malades vers Bordeaux, cette opération d'ampleur constitue, à ce stade, la plus importante évacuation sanitaire de patients du Covid-19 sur le territoire français.

La Nouvelle-Aquitaine dispose en "soins critiques" (incluant la réanimation, les soins intensifs et continus) de 1.640 lits dont 569 disponibles.

Les patients y sont orientés selon "un dispatching (...) très fin au cas par cas" pour éviter la surcharge, expliquait Daniel Habold cette semaine en audioconférence. "L'idée est de ne pas saturer trop rapidement, c'est le piège dans lequel l'Italie est tombée et Mulhouse à cause de la puissance de la vague".

burs-nal/pjl/cbn

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Publié le Samedi 28 Mars 2020 : 3h53