Crise cardiaque : les femmes appellent plus souvent les secours pour les hommes que pour elles

Publié le 04 Mars 2019 par Bénédicte de Badereau et Isabelle Fringuet, journalistes

Dans une nouvelle étude publiée dans la European Society of Cardiology, le 3 mars 2019, les experts appellent les femmes à beaucoup moins hésiter à appeler les secours lorsqu'elles pensent être victime d'une crise cardiaque. 

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"Près de la moitié des femmes victimes d'un infarctus n'ont pas eu de symptômes classiques", annonçait la Fédération Française de cardiologie lors de la campagne de prévention lancée afin de réduire le taux de mortalité par accident cardiaque chez les femmes. Un signal d'alarme qui s'avère justifié par des chiffres récents. Une nouvelle étude ménée par la Polish Registry of Acute Coronary Syndromes révèle que les femmes sont effectivement plus à risque de décéder d'une crise cardiaque à cause d'un retard de prise en charge. "La raison pour laquelle, les femmes sont beaucoup moins bien prises en charge que les hommes c'est parce qu'elles hésitent trop longtemps à appeler une ambulance pour elles-mêmes en cas de symptômes dangereux alors qu'elles n'hésitent pas à le faire pour leurs époux ou leurs enfants. ", explique le Dr Mariusz Gasior, à l'origine de l'étude.

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90 minutes pour recevoir les soins et survivre

Pour en arriver à ce constat, les chercheurs ont étudié les cas de 7 500 patients ayant souffert d'une crise cardiaque sévère avec l'une des artères du coeur complètement bouchée. Dans ce type de situation, le patient a plus de chance de survivre si l'artère est débouchée et maintenue ouverte avec la pose d'un stent (minuscule ressort qui maintient l'artère ouverte afin de faciliter le passage du flux sanguin vers le coeur) dans les 90 minutes suivant le premier symptôme. 45% des patients ont bien été traités dans les temps, selon les résultats de l'étude, mais la plupart d'entre-eux étaient des hommes.

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34% des femmes âgées de moins de 50 ans n'ont pas reçu les soins dans les temps recommandés contre 45% pour les plus de 75 ans. Cette étude vient consolider le constat selon lequel les femmes souffrent d'une méconnaissance des symptômes qui leurs sont propres. Jusqu'ici les campagnes de prévention on construit un imaginaire collectif tel que lorsqu'on parle d'infarctus on s'imagine à tort, un soixantenaire, bedonnant alors qu'il peut également toucher une femme, même jeune. De plus, les symptômes sont complètement différents des hommes et peuvent être confondus avec des maux plus légers.

Infarctus : 3 signes à ne pas négliger mesdames

Comment reconnaître les premiers signes d’un infarctus ? Les symptômes les plus connus sont une douleur dans la poitrine irradiant dans le bras gauche et dans la mâchoire. Pourtant, si ces signes d’alerte sont bien présents chez l’homme, près de la moitié des femmes de moins de 60 ans victimes d’un infarctus n’ont pas ressenti ces symptômes, avertit la Fédération Française de Cardiologie dans un communiqué. Les signes qui doivent alerter les femmes sont effectivement atypiques. Il s’agit :

  • d’une sensation d’épuisement,
  • d’un essoufflement à l’effort,
  • de nausées.

"Les femmes ont souvent tendance à être dans le déni"

Problème : comme ils sont mal connus, ces symptômes féminins sont souvent négligés. "Ces symptômes atypiques contribuent à une prise en charge trop tardive des femmes lors d’un infarctus", témoigne le Professeur Claire Mounier-Vehier, cardiologue au CHRU de Lille et présidente de la Fédération Française de Cardiologie. "Les signes avant-coureurs peuvent passer inaperçus et minorer l’alerte, sachant que les femmes ne sont pas suffisamment conscientes que l’accident coronaire puisse les toucher. De plus, elles ont souvent tendance à sous-estimer leur douleur et à être dans le déni", déplore-t-elle.

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