Les avocats vendus par Biocoop... ne seraient pas bio !

Publié le 12 Juillet 2019 à 11h55 par Pauline Capmas-Delarue, journaliste santé
L’enseigne de magasins Biocoop est au coeur d’une polémique, après la parution d’un article sur Le Canard enchaîné. Ses avocats bio d’origine Espagne pourraient en fait être importés du Pérou. Leur caractère bio est aussi remis en question.

Les avocats vendus par Biocoop... ne seraient pas bio !© Istock

Coup dur pour le leader des magasins bio en France. Les avocats espagnols vendus par Biocoop pourraient en fait venir d’Amérique latine… Et n’être pas du tout issus de l’agriculture biologique. Un article du Canard enchaîné paru ce mercredi vient de mettre en lumière l’affaire, après consultation d’un document confidentiel.

L’origine et le caractère bio des avocats, sujets à caution

Le journaliste à l’origine de cet article s’est appuyé sur un document interne de l’entreprise : État dramatique de la filière Espagne sur la filière avocat. Complicité tacite des intermédiaires et des distributeurs en général. Ce rapport qui émet un doute quant à l’origine des avocats, a été présenté en conseil d'administration de l’entreprise le 28 juin dernier.

On y apprend que certains de ces fruits d’origine espagnole seraient en fait importés du Pérou. Leur qualité bio serait donc “fortement sujette à caution”, selon le journal satirique, dans la mesure où il est difficile d’assurer la traçabilité des produits dans cette région. Pire encore, l’empreinte carbone d’une telle importation semble assez éloignée des valeurs écologiques de la marque.

D’après cet article, l’enseigne aurait envisagé la solution de créer sa propre structure d’approvisionnement, afin de ne plus avoir à passer par des grossistes. Mais face au coût que cela impliquait, la direction aurait préféré “mettre les points sur le ‘i’” auprès des producteurs, en exigeant d’eux une meilleure traçabilité des produits et une totale transparence. Une demande qui aurait déjà été faite par le passé, “sans retour satisfaisant”.

Biocoop réagit aux accusations, et tente de rassurer les consommateurs

Cet article n’a pas manqué de faire polémique et d’inquiéter les consommateurs. Face à ce tollé, Biocoop a décidé de répondre aux accusations sur son site Internet, dans l’optique de rassurer ses clients et prouver leur bonne foi.

L’enseigne commence par rappeler les faits, expliquant qu’un fournisseur les a récemment alerté “sur d’éventuelles failles dans [leur] approvisionnements d’avocats”, indiquant que certains produits ne viendraient pas d’Espagne mais du Pérou, et ne seraient peut-être pas bio. Elle souligne que “ce fournisseur n’apporte aucune preuve sur ces allégations”, mais que le sujet a été jugé “suffisamment sérieux pour être soumis au conseil d’administration”.

Pour vérifier ces dires, Biocoop a mandaté un audit auprès de ses producteurs et fournisseurs d’avocats. “Des tests de traçabilité/faux bio [ont été] effectués, et aucune irrégularité [n’est apparue]”. L’enseigne a toutefois décidé "d'écarter de ses approvisionnements" deux producteurs qui “n’apportent pas de garantie suffisante”.

Elle rappelle aussi que des tests aléatoires pour vérifier la présence de pesticides sur leurs produits sont réalisés toute l’année, et que leur cahier des charges “interdit la commercialisation d’avocats de juillet à octobre”, période pendant laquelle “la tentation de changement d’origine est parfois pratiquée”.

Une solution basée sur l’absence de preuves, selon Biocoop

La direction de Biocoop répond également aux accusations du Canard enchaîné de ne pas choisir la meilleure solution dans un souci économique. L’idée de créer une station de conditionnement d’avocats aurait été présentée au Conseil d’administration et serait “économiquement viable”.

Si celle-ci n’a pas été mise en place, ce serait sur le constat “qu’aucune preuve n’est apportée sur le dysfonctionnement des approvisionnements”. La direction s’interrogerait sur la fiabilité du fournisseur qui aurait dénoncé le problème d’origine des avocats, et qui leur aurait proposé de s’associer avec lui pour monter cette station. Celui-ci aurait, en effet, tout à gagner à un tel partenariat, c’est pourquoi on peut s’interroger sur la véracité de ses accusations.

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