Sommaire

Le Mediator® attirait une patientèle nombreuse...

Dominique-Michel Courtois, président de l’AVIM (Association des victimes de l’Isoméride® et du Mediator®) précise : "Une grande partie des médecins qui ont prescrit du Mediator® pour une surcharge pondérale savaient que c’était une amphétamine.

Mais comme ce médicament était remboursé par la Sécurité sociale, ils en ont profité. Je sais qu’à Bordeaux il y a des médecins qui ont gagné une énorme clientèle parce qu’ils étaient prescripteurs de Mediator® pour une perte de poids…"

Bernard Debré, professeur en médecine et député UMP, s’interrogeait fin janvier dernier, sur RTL, au sujet des "prix et remboursements apparemment plus favorables pour certains vraisemblablement de la corruption.

Comment des médecins peu scrupuleux en ont fait un coupe-faim

Le Mediator®, qui est en fait un dérivé amphétaminique, a été prescrit comme coupe-faim (hors indication de son autorisation de mise sur le marché) dès les années 80 à des patients non diabétiques.

"On soupçonne le Mediator® d'avoir eu un effet antidiabétique grâce à son effet coupe-faim. En réalité, son efficacité comme coupe-faim a conduit à un détournement de son utilisation du fait d'une forte demande et du peu de produits disponibles sur le marché..." rapporte le Dr Irène Frachon, auteur de "Mediator® 150 mg, combien de morts ?"

En 1995, la Direction Générale de la Santé a interdit le Benfluorex® comme tous les autres anorexigènes du fait du risque accru d'hypertension pulmonaire et de déformation des valves du cœur. L'Agence du médicament a donc interdit la molécule mais... uniquement dans les préparations magistrales. La forme en comprimés, c'est-à-dire le Mediator®, est restée disponible dans les pharmacies !

Nous avons contacté l’Agence du médicament sur ce point afin de comprendre les raisons qui ont motivé cette décision. Mais l'agence n'a pas souhaité s’expliquer.

Dès 1999, un rapport réalisé par des experts italiens a pourtant révélé les risques cardiaques induites par la prise de médecins m’ont dit qu’effectivement l’information sur le Mediator® a été mal faite et qu’en aucune manière ils n’ont été mis en garde par la pharmacovigilance d’effets secondaires dangereux. Certains professionnels de santé nous disent qu’ils en veulent au laboratoire Servier de leur avoir menti," explique Gérard Raymond, président de l’AFD (Association française des diabétiques).

"Appelez ça avantages ou pas. C’est le système qui doit être moralisé car il est pourri. Que l’industrie pharmaceutique fasse de la formation continue de professionnels de santé, ça ne me dérange pas mais que ce soit fait en toute transparence !", conclut Gérard Raymond.

Des visiteurs médicaux parfois malhonnêtes

Régulièrement des visiteurs médicaux se rendent chez les médecins dans le but de vanter les vertus des médicaments des laboratoires pour lesquels ils travaillent. Objectif : les convaincre de prescrire telle ou telle molécule en raison de ses bienfaits. Dans le cadre du Médiator®, il semble que ces visiteurs aient fait preuve d'une capacité à convaincre hors du commun.

En 2002, le laboratoire Servier a été épinglé par l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) pour publicité mensongère en faveur du Mediator®. A l'époque, les visiteurs médicaux ont mis en avant les vertus valves cardiaquesprofessionnels de santé "disent c’est une affaire de journalistes, une lutte personnelle contre Servier".

Pourquoi certains médecins réagissent-ils ainsi ? Le Dr Irène Frachon, auteur de "Mediator® 150 mg, combien de morts ?" avance une hypothèse : "Je pense que ces médecins ne se sont pas donnés la peine de se renseigner correctement. Peut-être aussi peuvent-ils craindre que les malades perdent confiance, voire les poursuivent en justice s'ils ont prescrit "hors AMM (Autorisation de Mise sur le Marché)", c'est à dire uniquement dans un but amaigrissant".

Mediator® : de 500 à 2000 morts

Le Mediator a entraîné 500 morts et l’hospitalisation d’au moins 3 500 personnes pour valvulopathies selon le premier bilan, dévoilé en novembre par l’Afssaps. Une deuxième étude, basée sur 4 ans de surveillance et commanditée par l’Agence, a revu les chiffres à la hausse avec 1000 à 2000 décès imputables au Mediator® !

Dominique-Michel Courtois, président de l’Association des victimes de l’Isoméride® et du Mediator®, estime que : "le chiffre de 2000 morts devrait normalement être dépassé mais on n’arrivera jamais à faire la preuve de décès liés au Mediator® entre les années 90 et 2000 car on va manquer de preuves médicales (copies d’ordonnance...)."

Une fois le médicament retiré du marché, l’Afssap a envoyé, en décembre 2009, un courrier à tous les patients ayant pris du Médiator® entre novembre 2007 et novembre 2009, les informant des possibilités de valvulopathies : "ce risque est clairement établi pour des durées de consommation de 3 mois et plus, et les complications surviennent principalement dans les 2 premières années de traitement." L’Agence conclut le courrier en conseillant aux patients de consulter leur médecins.

Le Dr Irène Frachon, auteur de "Mediator® 150 mg, combien de morts ?" précise que : "l'examen clé c'est l'échographie cardiaque qui analyse l'état des l’étude "Regulate" commandée par Servier qui a fini par révéler la dangerosité du Mediator® et a contribué au retrait du médicament a pris 5 ans pour être finalisée (alors que le protocole prévoyait de tout boucler en un an) !

Le diabète car bizarrement… il ne le guérissait pas !," explique Gérard Raymond, président de l’Association française des diabétiques.

Mediator® : plus jamais ça?

Suite au scandale du Mediator®, Nicolas Sarkozy a chargé le député Bernard Debré, épaulé par le Dr Philippe Even, de réaliser un rapport à remettre au gouvernement en mars pour réformer le système de santé. Au programme, 5 mesures sont à l’étude :

  • L'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) ne sera plus financée par l’industrie pharmaceutique mais directement financée par l'Etat.
  • La liste des contrats qui lient médecins et laboratoires sera publiée afin d’éviter de possibles conflits d’intérêts
  • Le système du Association des victimes de l’Isoméride® et du Mediator®)
  • Gérard Raymond, président de l'AFD (Afssaps ((Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé)
  • Rapport de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) de janvier 2011

> Un expert santé à votre écoute !

Notre Newsletter

Recevez encore plus d'infos santé en vous abonnant à la quotidienne de Medisite.

Votre adresse mail est collectée par Medisite.fr pour vous permettre de recevoir nos actualités. En savoir plus.