Dordogne : un médecin condamné après la mort de son patient

Une médecin généraliste a été reconnue coupable du décès d’un de ses patients… après avoir prescrit un médicament auquel il était allergique.

C’est une affaire pour le moins inhabituelle. Ce mardi 19 novembre, le Tribunal de Bergerac reconnaît coupable d'homicide involontaire une médecin de Lalinde (Dordogne).

La victime est morte en 2 heures

La spécialiste avait prescrit des anti-inflammatoires à un patient allergique à certains de ces médicaments. L'homme de 67 ans est mort un peu plus de 2 heures après la consultation. Il était suivi par la praticienne depuis 4 ans.

Le Tribunal a donc soulevé le point suivant : est-ce que la praticienne a fait preuve d’imprudence vis-à-vis de la prescription faite à son patient ? Pour le savoir, revenons quelques années en arrière.

Les faits remontent au 12 avril 2012. L’homme concerné vient consulter la généraliste pour des douleurs aux dos qu'il ne parvient pas à soigner depuis trois semaines.

Admis en consultation en fin de journée, il est accompagné par sa femme qui s'étonne du traitement proposé par la médecin : "il est allergique à l'aspirine" (un anti-inflammatoire), précise-t-elle au docteur, qui "rassure aussitôt le couple quant à la prescription donnée", souligne leur avocat.

De retour à son domicile, le patient débute son traitement. "Un peu plus de deux heures après avoir quitté le cabinet médical, il est pris d'une crise d'asthme aiguë, et demande à sa compagne de lire la notice du médicament, alors qu'il est en forte difficulté respiratoire", décrit l'avocat des victimes. Parmi les contre-indications inscrites sur la notice, il est marqué “que le médicament ne doit pas être pris en cas d'allergie aux anti-inflammatoires, y compris l'aspirine”.

Peu après, l’homme, de plus en plus rouge, finit par perdre connaissance. Sa compagne appelle alors le Samu et tente de le sauver, en vain. Selon le procureur de la République de Bergerac, "Il a tout de suite compris ce qu'il lui arrivait".

3 mois de prison et 3 mois d'interdiction

Ce dernier demande alors 3 mois de prison avec sursis et 3 mois d'interdiction d'exercer la profession, "au regard de l'attitude de la prévenue", qui ne reconnaît toujours pas son implication dans le décès.

La médecin explique alors “ne pas avoir eu la preuve officielle de l'allergie de son patient à l'aspirine”. Elle reconnaît qu'il lui a notifié lors de sa première consultation mais juge la pathologie non vérifiée, et "non argumentée par des exemples de la part du patient", se défend-elle.

"Son dossier médical comporte pourtant des lettres de vos confrères qui font état de cette allergie", réplique alors le président. Cet argument ne portera pas en sa faveur, tout comme le silence de la spécialiste face à l'affaire, qui dure depuis 7 ans.

Elle souligne pourtant le fait "d'avoir pris soin de ne pas prescrire d'aspirine, mais un autre type d'anti-inflammatoire qui ne comportait pas de risque" selon elle.

Une défense contredit par trois expertises réalisées par plusieurs médecins. Les spécialistes se veulent catégoriques quant à "l'imprudence manifeste de la spécialiste" et "les règles de sécurité élémentaires non respectées".

Au final, le tribunal ne retient pas toutes les réquisitions du procureur : la peine est allégée. Trois mois de prison avec sursis sont prononcés mais l'interdiction d'exercer est réduite à 1 mois.

En fin d'audience, la généraliste a fait état de "la culpabilité [qu'elle a] ressenti dès que [sa] responsabilité a été mise en cause".

Un discours qui n’a pas convaincu tout le monde, suite à l'absence de remise en question de la spécialiste, dont elle avait fait preuve jusque-là.

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