Bore-out : quand l'ennui au travail rend maladeAdobe Stock
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Le bore-out, un mal à discerner du burn-out

Le bore-out est bien à dissocier du burn-out dont nous avons beaucoup entendu parler dernièrement. Ce dernier désigne l’épuisement professionnel, résultant d’un stress chronique au travail. Celui-ci se développe progressivement chez les personnes confrontées à des conditions de travail trop intenses. Face à la fatigue et à un sentiment d’échec, les travailleurs redoublent d’effort pour retrouver satisfaction et confiances en elles… jusqu’à l’épuisement.

Bore-out, un mal-être à prendre au sérieux

Le bore-out, quant à lui, est également une pathologie d’origine professionnelle à laquelle se trouve confronté un employé lorsqu’il est désœuvré et qu’il s’ennuie véritablement au travail. L’ennui, le désintérêt, la démotivation évoluent généralement vers une forme de tristesse intense ou d’anxiété. Non pris en charge, ce mal-être peut facilement mener à une dépression. Ce phénomène peut toucher différents types de salariés dès que ceux-ci estiment ne pas être épanouis professionnellement. Selon une étude réalisée en 2019, 63 % des Français actifs se disent victimes de bore-out. Si beaucoup semblent s’ennuyer, bon nombre sont ceux qui le cachent.

Parfois, le bore-out conduit certains Français à envisager une nouvelle orientation, voire une reconversion. La plateforme Zest propose des bilans de compétences et des solutions pour retrouver l'épanouissement au travail.

Les signes du bore-out

Pour bien prendre en charge le bore-out, il est important d’en reconnaître les symptômes. Vous pouvez commencer à penser au bore-out lorsque vous vous ennuyez tous les jours. Ainsi, il n’est plus question d’un "creux" après une grosse mission, mais d’un ennui répétitif et continuel. Vous vous sentez également dévalorisé et commencez donc à remettre en cause toutes vos compétences. Les journées sont longues, vous voyez défiler les heures. Vous faites ainsi votre possible pour partir au plus tôt de votre lieu de travail. Et à l’inverse, y aller vous donne de l’appréhension. Enfin, vous faites toutes vos tâches au ralenti pour les étaler le plus longuement possible sur votre journée.

Des années, voire des mois passés dans cette situation peuvent avoir des conséquences sur la santé. En effet, non traitées les causes du bore-out peuvent se transformer en dépression, en stress continu ou en fatigue chronique. Elles peuvent également entraîner des troubles du sommeil, des angoisses, la boule au ventre avant d’aller au travail… À cela s’ajoutent le manque de motivation et une augmentation du risque de conduites addictives.

Une étude publiée en 2010 révélait que les risques cardiovasculaires étaient 2,5 fois plus élevés chez les personnes en bore-out que chez les autres. Laurence Lemoine, psychologue, précise cependant : "il me semble que les effets du bore-out sont différents selon la cause : si l'on a été placardisé, on se sentira surtout exclu et dévalorisé, l'image de soi est très entamée, on peut avoir étouffé sa colère qui s'est transformée en amertume, on rase les murs, on évite les collègues, on s'isole de plus en plus ; si l'ennui est consécutif à un déclin d'activité, alors il faut faire le deuil d'un secteur, d'un métier, d'une période de sa vie et ce qui domine, c'est la tristesse et la peur de l'avenir. Saura-t-on rebondir ? Vaut-on encore quelque chose sur le marché du travail ? On se sent obsolète et cela entache aussi la vie personnelle (dans les deux cas d'ailleurs)".

Ce sont des conséquences sur la santé mentale à prendre au sérieux avant qu’elles ne s’installent trop confortablement et ne transforment votre vie en cauchemar.

Le tabou du bore-out

À l’inverse du burn-out qui a été largement médiatisé et est reconnu par la société, le bore-out a encore du mal à être accepté. Tout d’abord, parce que la personne qui s’ennuie n’ose pas en parler. Tout va vite, même au travail : la rentabilité est exigée il serait, semble-t-il, malvenu de dire que l’on s’ennuie et de reconnaître se sentir à part. Sylvie*, ancienne assistante de direction, raconte : "en arrivant dans mon travail, j’étais dynamique. Petit à petit j’ai eu moins de choses à faire. Voire plus du tout. J’avais du mal à venir au travail, je me sentais nulle, inutile. Cet épuisement professionnel par l’ennui m’a complètement détruite".

Honte et culpabilité vous submergent

En effet, le fait de s’ennuyer et de regarder les heures défiler dans une entreprise où chacun semble être débordé procure généralement un sentiment de honte. Un sentiment associé parfois à des collègues ou proches qui ne comprennent pas ce que vous êtes en train de vivre. Certains vous diront alors qu’être payé "à flâner" c’est le rêve. Mais c’est loin d’être le ressenti de la plupart des employés. Vous avez le droit d’être miné par des journées ennuyantes et avoir envie de plus.

Après la honte vient généralement la culpabilité, celle de se dire que l’on a la chance d’avoir un travail, et que l’on est payé pour le faire. La culpabilité de se dire aussi que l’on n’arrive pas (encore) à faire quoique ce soit pour changer la situation. Pourtant, il existe des moyens pour faire avancer les choses. Laurence Lemoine, psychologue, ajoute : " À ne plus être sollicité, on finit par se sentir bête, incapable, inutile, on éprouve de la honte, on souffre d'une perte de sens. L'inactivité crée une inhibition progressive : perte de la créativité, de la capacité de changer. On finit par se sentir englué, on cède au fatalisme".

Désamorcer le bore-out

À cause de la fatigue, du tabou autour du bore-out, de l’anxiété ou du stress, les personnes qui en sont victimes n’ont pas toujours la force pour réagir. Pourtant, lutter contre le bore-out passe avant tout par une prise de conscience et une prise de recul face à cette situation qui est devenue un quotidien.

La communication, une clé pour sortir du bore-out

Vous pouvez, par exemple, essayer d’en parler autour de vous, à vos collègues, à vos supérieurs. Votre hiérarchie pourra certainement redéfinir avec vous vos tâches. Peut-être pourront-ils également vous aider à retrouver le sens perdu de vos tâches ou vous en donner de nouvelles.

Avez-vous par exemple, essayé de les créer vous-même ? De mettre votre temps "perdu" à profit afin de créer de nouvelles choses. Ce peut être une façon de vous rendre indispensable et de sortir de ce placard dans lequel vous avez été rangé. S’il s’agit d’une "mise au placard", vous pouvez alerter les syndicats ou le CSE (qui dispose d’un droit d’alerte, afin de rappeler à l’employeur son obligation de veiller à la sécurité physique et psychologiques de ses salariés). N’oubliez pas que vous pouvez aussi demander un rendez-vous à la médecine du travail où son état de santé sera évalué et où des solutions d'aménagement de poste pourront être trouvées en concertation avec l'employeur.

De plus, sachez qu’un médecin du travail est capable de détecter les signes du bore-out chez un salarié. Un avis médical peut alors vous aider à prendre conscience que cet "ennui au travail" n’est pas normal et peut vous porter préjudice. L’avis d’un professionnel de la santé peut vous donner la volonté d’en sortir.

Thérapie, coaching... Ne pas hésiter à demander de l'aide

L ’aide d’un psychologue ou d’un médecin peut vous aider à trouver un nouveau challenge. C’est-à-dire à vous aider à vous remotiver, en trouver des projets valorisants. Ils peuvent également vous aider à trouver l’origine de l’ennui et envisage la résolution du problème. Enfin, ils peuvent vous aider à trouver la reconnaissance que vous méritez. Un professionnel pourra entendre votre souffrance, peut-être vous aider à la soulager, mais aussi vous aider à la nommer et à en identifier les causes. La psychologue explique : "lorsque l'on souffre au travail, on a tendance à se culpabiliser, à croire que l'on est le problème, or le problème, c'est aussi un contexte qui ferait souffrir n'importe qui". Un psychologue vous aide alors à restaurer l’image de soi. Il peut également vous aider à vous sortir d’une situation qui est douloureuse et dont vous ne voyez pas le bout.

Un coach peut également vous aider à faire un bilan de compétences. Il est peut-être temps de faire une démarche pour vous ouvrir d’autres portes, et faire le deuil du secteur dans lequel vous avez évolué jusque-là.

Sources

Merci à Laurence Lemoine, psychologue

mots-clés : dépression, travail
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