Cruralgie : symptômes, durée, traitements de la névralgie crurale ou sciatique du devant

Certifié par nos experts médicaux MedisiteOn parle de cruralgie, le terme médical exact est « lombocruralgie », lorsque la douleur du bas du dos s'accompagne d'une douleur qui descend devant la cuisse et jusqu'au genou, voire plus bas jusqu'au bord interne du pied. Quels sont les symptômes de la cruralgie, sa durée, ses traitements ? Le point sur cette affection douloureuse.
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Définition

On parle de cruralgie - le terme médical exact est « lombocruralgie »-, lorsque la douleur du bas du dos s'accompagne d'une douleur qui descend devant la cuisse et jusqu'au genou, voire plus bas jusqu'au bord interne du pied.

Il s'agit d'une douleur à type de névralgie (liée aux nerfs). Elle est en effet due à une irritation d'une ou de plusieurs racines qui constituent le nerf crural, également appelé nerf fémoral.

Le nerf crural est constitué des racines L3 et L4. 

Illustration : origine du nerf fémoral

Illustration : origine du nerf fémoral© Creative Commons

Crédit : Berichard — Travail personnel © CC - Licence : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/

La hernie discale lombaire constitue une cause régulière de cruralgie. Elle entraîne une inflammation et une irritation de la racine nerveuse, provoquant elles aussi une cruralgie. La douleur de cruralgie présente des caractéristiques communes :

  • Elle est xacerbée par tout effort.
  • Elle est augmentée par les manœuvres qui intensifient la pression abdominale (défécation, toux, éternuement).
  • La douleur crurale est souvent plus intense que la douleur sciatique.

Chiffres

En France, 70% de la population souffre ou a souffert d’un mal de dos. La plupart en ignore souvent les causes et les risques, ce qui les empêche de trouver des moyens de prévenir ou de guérir leurs maux.

La cruralgie affecte une des racines du nerf crural, le plus souvent entre 50 et 60 ans.

Symptômes

Comment se manifeste une cruralgie ?

La cruralgie, qui peut être due à une hernie discale, se manifeste dans la majorité des cas de façon brutale par une douleur intense qui suit le trajet du nerf fémoral.

  • En cas de souffrance de la racine L3 : on a mal en haut et sur le coté externe de la fesse, puis la douleur passe devant sur la cuisse et se dirige vers la face interne du genou.
  • Pour la racine L4 : la douleur descend de la fesse et reste plutôt sur le côté externe de la cuisse avant de passer sur le devant au-dessus du genou et de continuer vers le devant et l'intérieur de la jambe jusqu'au cou de pied pour se terminer parfois au bord interne du pied. 

Quelles sensations provoquent une cruralgie ?

Trois catégories de douleurs peuvent se manifester :

  • Les paresthésies : picotements, décharge électrique ou fourmillements dans la cuisse, au niveau du mollet ou dans toute la jambe. Si les paresthésies ne sont pas douloureuses, elles sont en revanche désagréables.
  • L'hypoesthésie : elles sont fréquemment associée à une cruralgie, en plus d’une douleur dans l’aine. Il s’agit d’une perte de sensation au niveau du membre inférieur.
  • Les dysesthésies : ce sont des zones cutanées douloureuses à la palpation du membre inférieur.
  • Enfin, dans certains cas, on note des difficultés à lever sa jambe, la cruralgie pouvant entraîner un déficit moteur plus ou moins sévère.

Illustration : rapports du nerf fémoral au niveau abdominopelvien

Illustration : rapports du nerf fémoral au niveau abdominopelvien© Creative Commons

Crédit : Berichard — Travail personnel © CC - Licence : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/

La cruralgie peut-elle donner d'autres douleurs ?

Réponse du Dr Mondolini, médecin du sport et ostéopathe :

"Dans certains cas, le patient éprouve des difficultés à lever sa jambe, la cruralgie pouvant entraîner un déficit moteur plus ou moins sévère."

Causes

Dans l’immense majorité des cas, la cruralgie est due à une compression du nerf crural par une hernie discale. La hernie est une formation venant d’un disque intervertébral, qui, sortant de son espace normal, fait pression sur une des racines du nerf crural.

La colonne vertébrale se compose d’une série de vertèbres séparées par des disques souples. Ces disques jouent normalement un rôle d’amortisseur. Ils comprennent un anneau avec en son centre un noyau qui à tendance à se déshydrater et à subir un processus de vieillissement qui à son tour en diminue l’élasticité et en fragilise l’enveloppe. Avec les années, ce noyeau devient moins souple, (dégénérescence discale) et termine par se fissurer. Le noyau du disque peut alors migrer en périphérie et faire saillie... c’est la hernie discale. Cette hernie peut ensuite irriter et comprimer une racine nerveuse, en l’occurrence la racine lombaire L3 ou L4 pour le nerf crural, et provoquer une douleur.

Certains facteurs peuvent accélérer le vieillissement et déclencher des douleurs.

  • Des efforts physiques répétés au travail (efforts de soulèvements),
  • une activité sportive (microtraumatismes), 
  • l'obésité, 
  • les déformations de la colonne vertébrale,
  • certains mouvements inhabituels,
  • la prise de poids chez la femme enceinte peut aussi entraîner une mauvaise position du dos et un pincement des disques lombaires.

Facteurs de risques

  • L’âge : plus l’on vieillit, plus les disques perdent de leur solidité et deviennent moins hydratés et donc plus fragiles et, plus les risques d’arthrose lombaire augmentent avec pour corollaire une diminution de l’espace autour du nerf crural.
  • Les microtraumatismes : rugby, judo, ski, gymnastique, course à pied, manutention… peuvent fragiliser les disques intervertébraux et les articulations du dos.
  • Le genre : les hommes sont plus touchés que les femmes. Notamment la tranche d’âge des 30 à 50 ans.
  • Le surpoids et l’obésité : plus une personne est en surpoids et plus son dos est sollicité. Toutes les forces exercées sur le rachis deviennent plus importantes, accélérant le vieillissement de la colonne vertébrale.
  • Les ports de charge inadaptés : c’est une des causes majeures en particulier dans le milieu professionnel. Le cas typique est, lorsqu’une personne tente de soulever une charge lourde posée au sol avec le dos en flexion (penchée en avant). Cette posture augmente d’un facteur 5 la pression exercée sur la colonne. Plus la charge est éloignée du porteur et plus les contraintes sur le dos augmentent.
  • Le stress.

Personnes à risque

  • Les personnes qui pratiquent des métiers ou des sports exigeants physiquement.
  • Les personnes qui sont sujettes à l’arthrose lombaire.
  • Les femmes enceintes.
  • Les personnes de grande taille.
  • Les personnes dont un proche parent souffre d'hernie discale.
  • Les personnes tendues, nerveuses, volontiers irritables.

Photo : les métiers exigeants physiquement sont facteurs de cruralgie

Photo : les métiers exigeants physiquement sont facteurs de cruralgie© Creative Commons

Crédit : Neopalma — Travail personnel © CC - Licence : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/

Durée

La cruralgie peut perdurer pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Une cruralgie peut-elle devenir cyclique ?

Réponse du Dr Mondolini, médecin du sport et ostéopathe :

"Une cruralgie peut disparaître, mais réapparaître de manière cyclique, ainsi il vaut mieux consulter dès les premiers symptômes d’une cruralgie."

Contagion

La cruralgie n’est pas contagieuse.

Qui, quand consulter ?

Les médecins référents de la cruralgie sont :

  • Le rhumatologue, spécialiste des maladies de l’appareil locomoteur ou le médecin ostéopathe. Ils réalisent le diagnostic et propose le traitement de première intention.
  • Le médecin de réadaptation fonctionnelle aide à mettre en place des techniques pour lutter contre la douleur et retrouver les amplitudes articulaires pour lui permettre d’améliorer sa qualité de vie.
  • Très rarement, le chirurgien orthopédique peut être amené à opérer en cas de signes d’alarme ou dans certaines indications particulières de cruralgie rebelle aux traitements proposés.

Que faire les premières 48H après l'apparation de la douleur ?

  • Il faut respecter le repos absolu, mais veillez à ne pas le prolonger au risque de créer une fragilité qui rallongerait le temps de guérison.
  • Il faut prendre des antalgiques pour diminuer la douleur.

En cas d’absence d'amélioration, consulter un spécialiste si la douleur est : 

  • Située à la face extérieure de la hanche, au niveau de l'aine et sur le devant de la cuisse.
  • Majorée lors des efforts de toux ou à la défécation.
  • Calmée par le repos en position allongée ou debout.
  • Déclenchée par la position assise (notamment en voiture).
  • Pour les hommes : une douleur au toucher du testicule, voire un gonflement de celui-ci.

En l’absence de traitement, la douleur peut perdurer pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Elle peut aussi disparaître et réapparaître de manière cyclique. Il est donc recommandé de consulter dès les premiers symptômes d’une cruralgie.

Complications

La cruralgie peut parfois justifier une consultation en urgence et une prise en charge par infiltration, voire parfois même chirurgicale sans délai lorsque :

  • La douleur ressentie est difficilement supportable, de jour et/ou de nuit : aucune position ne le soulage, qu’il soit debout, assis ou couché...
  • On constate un déficit moteur majeur.
  • On est en présence de troubles sensoriels, urinaires ou digestifs.

En l’absence de prise en charge urgente, des lésions neurologiques définitives sont à craindre du fait de l’extrême compression du nerf crural. Même en dehors de ce cas de figure, n’attendez pas pour consulter si vous pensez souffrir d’une cruralgie. Connue pour être beaucoup plus douloureuse qu’une sciatique, la cruralgie se révèle vite invalidante au quotidien.

Le conseil du Dr Mondoloni, médecin du sport et ostéopathe :

"Connue pour être beaucoup plus douloureuse qu’une sciatique, la cruralgie se révèle vite invalidante au quotidien, n’attendez pas pour consulter si vous pensez souffrir d’une cruralgie". 

Qu'est-ce qu'une cruralgie paralysante ?

Parfois en plus de la cruralgie, il est difficile de bien bouger certaines parties de son corps pouvant entraîner une chute : sensation de lâchage du genou, impossibilité de marcher sur la pointe ou le talon du pied, impression d’un pied qui racle le sol à la marche.

En cas de paralysie, la pression exercée par la hernie discale sur le nerf peut entraîner des lésions irréversibles, et la paralysie comme séquelle définitive. Il s’agit donc d’une urgence chirurgicale.

Qu'est-ce que la cruralgie hyperalgique ?

On parle de cruralgie hyperalgique lorsqu'elle est non calmée par les médicaments antalgiques (anti douleur) habituels

Examens et analyses

Quels sont les examens cliniques en cas de cruralgie ?

La mise en tension du nerf par une manœuvre destinée à trouver un signe de Lasègue inversé ou signe de Leri (à plat ventre, extension en arrière de la jambe) provoque une augmentation de la douleur.

Pour contribuer à confirmer le diagnostic le médecin cherche aussi à vérifier : 

  • Un petit déficit moteur et une diminution de la sensibilité correspondant au territoire du nerf crural. 
  • Lorsque c’est la racine lombaire L3 qui est comprimée : le trajet douloureux concerne la fesse, la face antérieure de la cuisse et la face interne du genou.
  • Lorsque c’est la racine L4 qui est comprimée, le trajet douloureux va de la fesse à la face antérieure et interne de la jambe en passant par la face externe de la cuisse et la face antérieure et interne de la jambe.
  • L’augmentation de la douleur à la toux, l’éternuement, ou la défécation sont aussi des signes classiques de douleur due à la compression d’une racine nerveuse. 

A noter : les recommandations internationales recommandent de ne pas multiplier les examens en cas de cruralgie typique pour en faire le diagnostic et de débuter un traitement médical contre la douleur sans bilan.

Examens complémentaires en cas de cruralgie persistante non soulagée par un traitement médical simple :

  • La radiographie du rachis lombaire de face et de profil est prescrite. Elle permet d’éliminer d’autres causes à l’origine de cruralgie : spondylolisthésis, scoliose, fracture d'une vertèbre.
  • Le scanner ou l’IRM du rachis lombaire est prescrit en cas de persistance d'une cruralgie malgré la modification du traitement médical antalgique et anti-inflammatoire, toujours en complément du bilan radiographique. Il permet de visualiser la hernie discale lombaire, l’arthrose et la compression de la racine, ainsi qu’un bilan complet des autres structures. Le scanner du rachis lombaire est l’examen de première intention à réaliser en cas de cruralgie rebelle.
  • Une IRM du rachis lombaire pourra alors être prescrite, en cas de doute persistant sur la présence ou non d’un conflit entre le disque et le nerf. L'IRM est l'examen de référence pour l'étude des structures nerveuses et évaluer la compression de la racine par une hernie discale lombaire, et pour comprendre la cause d'une cruralgie.

Traitements

  • Le traitement médical initial qui repose sur la prescription médicamenteuse (antalgiques, AINS (Anti-Inflammatoires Non Stéroïdiens), décontracturants musculaires)), associée à du repos (15 jours au minimum) durant une période de 4 à 6 semaines, permet de guérir plus de 90% des douleurs de cruralgie, si celui-ci est bien respecté. Il est donc prescrit de manière systématique en cas de cruralgie typique, non compliquée par le médecin traitant.
  • Si la douleur persiste, le médecin peut préconiser : 
    • Des infiltrations :
      • Soit des infiltrations épidurales impliquent l’injection d’un médicament anti-inflammatoire (corticoïde), à ​​proximité du nerf comprimé et peut être réalisé par votre médecin en cabinet.
      • Soit des infiltrations foraminales : pour réaliser cette infiltration, effectuée toujours sous contrôle radiographique, le radiologue injecte le produit par l’extérieur du canal rachidien, contrairement aux infiltrations épidurales où l’injection se fait à l’intérieur du canal rachidien.
  • En cas d’échec votre médecin vous adressera à un chirurgien spécialisé pour un avis chirurgical s'il y a persistance d'une cruralgie, d’une gêne professionnelle, quotidienne ou sportive, si un traitement médical prolongé (supérieur à 6 semaines) ou de première intention s'est soldé par un échec, ou en cas de situations à risque de lésion neurologique irréversible.

Prévention

Au quotidien et une fois la crise douloureuse passée, il faut :

  • Se remuscler le dos et les muscles abdominaux,
  • Ne faut pas arrêter ses activités.
  • Perdre du poids en cas de kilos en trop.
  • Suivre des cours d’école du dos afin d’éviter toute nouvelle crise.
  • Attendre que la hernie discale se résorbe en 3 à 6 mois le plus souvent.
  • Se déstresser

Sites d’informations et associations

Site de la Société française de rhumatologie :

http://www.rhumatologie.asso.fr/04-Rhumatismes/grandes-maladies/0C-dossier-mal-de-dos/C3-cruralgie.asp

L’institut parisien du dos :

http://www.institut-parisien-du-dos.fr/fr/les-pathologies/la-pathologie-lombaire/la-cruralgie.html

Site la rhumatologie pour tous :

https://public.larhumatologie.fr/grandes-maladies/mal-de-dos-lombalgie/quest-ce-quune-lombalgie-lomboradiculalgie

Site de la Société française de chirurgie orthopédique et traumatologique :

http://www.sofcot.fr/Infos-Patients/Toutes-les-actualites-grand-public/La-hernie-discale-lombaire

Site de la Société française de chirurgie rachidienne :

http://www.sfcr.fr/uploads/media/default/0001/02/hernie-discale-lombaire-20150507155059.pdf

Source(s):

Dr Gilles Mondolini Auteur du livre "Stop au mal de dos", Solar Santé, 2015

https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/sciatique/reconnaitre-sciatique