À quelle heure avez-vous pris rendez-vous pour votre rappel de vaccin contre le Covid-19 ? Cette question peut paraître incongrue, pourtant, le moment de la journée auquel vous recevez l’injection a toute son importance. C’est en tout cas ce que suggère une nouvelle étude, publiée dans le Journal of Biological Rhythms.

D’après les chercheurs de l’unité du sommeil du Massachusetts General Hospital, le vaccin entraîne un taux d’anticorps anti-Spike plus élevé lorsqu’il est administré durant l’après-midi - il serait donc plus efficace qu’une injection matinale. Et pour cause, notre horloge circadienne régule de nombreux aspects de notre physiologie, y compris la réponse aux maladies infectieuses et à la vaccination.

“Notre étude observationnelle fournit une preuve selon laquelle l'heure de la journée affecte la réponse immunitaire à la vaccination contre le SARS-CoV-2”, résume Elizabeth Klerman, co-auteure principale. “Des résultats qui peuvent être pertinents pour optimiser l'efficacité du vaccin”.

La réponse immunitaire est régie par notre horloge biologique

De précédentes études avaient déjà montré une variation de l’efficacité des vaccins, en fonction de l’heure à laquelle ils sont administrés. En 2008, par exemple, le Pr Stephen Gallagher et son équipe se sont penchés sur le vaccin antigrippal, prouvant que les hommes âgés étaient mieux protégés lorsqu’ils recevaient l’injection le matin. En 2019, des scientifiques de l’université McGill au Canada ont révélé que notre rythme circadien influence l’efficacité de la réponse immunitaire de l’organisme.

Cette nouvelle étude a analysé les données de 2784 participants. L’objectif : observer les effets du moment de la vaccination anti-Covid avec les produits de Pfizer ou AstraZeneca sur les niveaux d’anticorps dirigés contre la protéine Spike, entre deux et six semaines après l’injection.

“En utilisant une approche de modèle mixte linéaire, nous avons constaté que les réponses anti-Spike étaient plus élevées chez ceux qui ont été vaccinés plus tard dans la journée, mais aussi chez ceux qui ont reçu le vaccin à ARNm Pfizer, chez les femmes et chez les participants plus jeunes, écrivent les chercheurs. S’il n’est pas possible de modifier son sexe ou son âge, il est toutefois possible de choisir le type de vaccin que l’on reçoit et l’heure de l’injection, c’est pourquoi les résultats de cette étude peuvent être utilisés pour optimiser l’efficacité du vaccin.

Des résultats qui contrastent avec des travaux antérieurs

Ces conclusions contrastent néanmoins avec les études antérieures. En effet, les travaux du Pr Phillips montraient, par exemple, que le vaccin antigrippal était plus efficace le matin, chez les hommes âgés. D’après les chercheurs, “ceci peut refléter des différences entre les cohortes étudiées, notamment en ce qui concerne leur statut immunitaire ; nous avons étudié des participants séronégatifs alors que les réponses à la vaccination antigrippale impliqueront la stimulation des réponses mnésiques”.

Par ailleurs, une étude récente menée sur une petite cohorte de travailleurs de la santé immunisés avec un vaccin inactivé contre le SRAS-CoV-2 a montré une augmentation des lymphocytes B et des anticorps anti-Spike lorsque l’injection était réalisée le matin… Les chercheurs reconnaissent également que “cela contraste avec leurs observations”, mais estiment que cela peut être lié au type de vaccin utilisé.

“Ces données soulignent l'importance d'enregistrer l'heure de la vaccination dans les études cliniques et de recherche” et de “prendre en compte les facteurs liés à l’heure de la journée dans les futurs plans d’étude”, estiment les scientifiques. Ils conviennent également que “des travaux supplémentaires sont nécessaires pour évaluer la régulation circadienne de l'immunité naturelle et induite par le SARS-CoV-2”.

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Sources

Time of Day of Vaccination Affects SARS-CoV-2 Antibody Responses in an Observational Study of Health Care Workers, Journal of Biological Rhythms, 4 décembre 2021. 

Preliminary evidence that morning vaccination is associated with an enhanced antibody response in men, Psychophysiology, 2008.