Le Havre : un couple de médecins condamné pour avoir euthanasié 5 patients

Un médecin généraliste et sa femme, anesthésiste, sont accusés d’avoir euthanasié cinq patients au Havre. Ces derniers leur ont administré du midazolam®, un puissant sédatif utilisé pour mener jusqu’à la mort. Il est autorisé par la loi, en cas "d’obstination déraisonnable".

"Un médecin généraliste a été mis en examen pour avoir involontairement provoqué la mort de cinq personnes âgées en prescrivant du midazolam®, un médicament réservé à un usage hospitalier, a annoncé le parquet du Havre le 29 novembre 2019. Son épouse, médecin anesthésiste est, quant à elle, mise en examen pour complicité et abus de confiance".

Cinq patients de 63 à 90 ans ont perdu la vie durant les soins hospitaliers. Treize ampoules de midazolam® ont été découvertes lors d’une perquisition au cabinet du médecin, lâche France Info. Ce traitement est utilisé pour une sédation profonde et continue menant à la mort du patient. Il est autorisé par la loi, après l’arrêt d’un traitement, en cas "d’obstination déraisonnable".

Le médecin voulait "apaiser ses patients souffrant d’affections lourdes comme des cancers"

Âge de 65 ans, le médecin a reconnu les faits : il avoue avoir prescrit et administré du midazolam®. Il clame néanmoins que cet acte "ne s’inscrivait pas dans une démarche d’euthanasie", selon un communiqué du parquet du Havre. Le généraliste précise avoir voulu "apaiser ses patients souffrant d’affections lourdes comme des cancers ou des insuffisances respiratoires".

C’est sa femme qui lui fournissait les sédatifs, provenant directement des stocks de la clinique où elle exerçait comme médecin anesthésiste au bloc opératoire.

Interdiction d’exercer pour le couple de médecins

Dans le cadre de l’enquête, sept des patients du médecin, tous décédés entre 2015 et 2019, ont été exhumés. Les résultats sont formels : pour cinq d’entre eux, les analyses toxicologiques ont conclu en la présence de midazolam® dans leur organisme. Les victimes étaient âgées de 80 à 90 ans au moment du décès. Une des patientes avait seulement 64 ans, selon les autorités.

Le médecin a été mis en examen le 13 novembre pour administration de substances nuisibles ayant entraîné la mort, sans intention de la donner, sur personnes vulnérables. La cours d’appel de Rouen lui a imposé le 28 novembre une interdiction d’exercer, tout comme à son épouse.

Les investigations se poursuivent

Si aucune plainte des familles ne vise, pour le moment, les médecins, l’enquête est loin d’être terminée. "On a aucun élément qui nous permette de retenir la volonté de donner la mort (...) Le débat, c'est le lien de causalité. Est-ce que ce médicament a entraîné la mort ou a participé à l'accélérer sur un état déjà grave ? Ou est-ce que ça n'a pas eu de conséquences ? Il va y avoir des expertises très pointues", a précisé le procureur de la République du Havre François Gosselin à un correspondant de l'AFP.

Euthanasie : que dit la loi en France ?

En France, choisir l’euthanasie est impossible. Elle est pénalement réprimée pour celui qui la pratique. C’est pourquoi certaines personnes décident de se tourner vers d’autres pays, où le droit de "mourir dans la dignité" est toléré.

Néanmoins, en France, l’euthanasie passive est reconnue. L'Assemblée Nationale a adopté en novembre 2004 une proposition de loi définissant un droit au "laisser-mourir" pour les malades incurables. Ces derniers peuvent donc limiter ou arrêter tous les traitements. Or, aider une personne à se donner volontairement la mort reste interdit.

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