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« Œdipe-Roi » revisité

Jean BERGERET s’interroge sur l’éviction par FREUD du premier oracle explicite d’Apollon à Laïos et à Jocaste avant la naissance d’Œdipe. Apollon prévient Laïos et Jocaste qu’il est dangereux de mettre au monde un enfant car se posera alors pour eux un dilemme redoutable : soit l’enfant devra tuer ses parents pour avoir droit à la vie, soit les parents devront préventivement tuer l’enfant pour survivre.
Cet oracle conduira les parents à abandonner l’enfant sur le front Cithéron, pendu à un arbre par un pied, pour être dévoré par les bêtes sauvages. C’est Jocaste, la mère, qui fait exécuter cette tentative d’infanticide. Œdipe, par hasard, sera sauvé !
La problématique violente universelle ainsi mise en acte porte sur la mise à mort de l’enfant par les parents afin qu’il ne mette à mort ses deux parents pour avoir droit à la vie. Ce message de Sophocle concerne pour Jean BERGERET l’imaginaire primaire violent, mis en jeu chez le garçon et la fille en terme de « Moi ou Lui », « Moi ou eux », « Moi ou l’Autre », « vie ou mort ». Cela avant qu’il soit question de libido sexuelle.
C’est le troisième oracle, où il est question de tuer le père pour épouser la mère, qui servira de base à FREUD pour l’élaboration du complexe d’Œdipe dont l’universalité est incontestable.
Enfin, Jean BERGERET nous fait remarquer qu’Œdipe certes a tué son père, mais sans le savoir, pour une problématique de rivalité narcissique (« refus de priorité de passage ») entre un vieillard impétueux et un jeune homme arrogant et non seulement par jalousie amoureuse.
De même, il propose de relier le mythe de la horde primitive au registre imaginaire violent où le meurtre du père intervient uniquement pour la survie, « sans amour et sans haine ».

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La mise en acte de la violence fondamentale

Ainsi dès sa conception, le petit humain réactive chez ses parents des fantasmes primitifs d’ordre violent fondamentale : lui ou nous. Ce sont ces fantasmes que nous retrouvons dans les phobies d’impulsion , appelées à tort psychoses puerpérales , des accouchées. Il s’agit de jeunes mères qui, peu après leur accouchement, ont peur d’avoir envie de tuer leur enfant et demandent qu’on les protège en fermant les fenêtres et que l’on ôte tous objets coupants ou contondants. Le plus souvent tout rentre dans l’ordre dès que l’amour a intégré la violence innée universelle ainsi réveillée. Le baby-blues dont on parle souvent ne contient-il pas en outre une partie de cette violence mal intégrée et retournée contre le sujet ?
C’est sur ces fantasmes parentaux que sont activités les proto-fantasmes fondamentaux. C’est de l’intégration de cette violence par la libido chez les parents que dépend la maturation affective de l’enfant. Cet instinct violent est source d’énergie mise au service de la libido mais jamais complètement ni définitivement.
Chez tout adulte coexistent des conflits violents fondamentaux où il s’agit bien de Lui ou Moi, et des conflits libidinaux d’amour et de haine. C’est la symbolisation qui va permettre l’intégration de la violence fondamentale. Selon le degré d’intégration de cette violence, sous le primat du génital, dépend l’organisation structurelle ultérieure.

Ces pulsions sexuelles présentes originairement ne deviennent efficientes que secondairement quand la libido a pris en compte l’énergie violente.

- C’est ainsi que « l’amour maternel » tout comme « l’amour filial » n’apparaissent que secondairement à partir du moment où les forces libidinales en action dans la relation parent-enfant a pris en compte la dynamique violente fondamentale.
- La loi sur les interruptions volontaires de grossesse et le ton passionnel qui existe encore sur ce sujet, selon que soit considéré le droit de l’embryon à la vie ou le droit des parents (essentiellement à la mère) sur cette vie ou cet embryon, exprime le réveil, à cette occasion, de l’instinct violent fondamental.
- L’obéissance d’Abraham à Yahvé qui lui demande de sacrifier son fils unique Isaac pour obtenir sa Rédemption. Le commencement d’exécution pour Abraham ne comporte manifestement aucune satisfaction libidinale, mais demeure l’expression d’une pure violence et d’emprise soumise à Dieu
- Le conflit des générations n’est-il pas une conséquence de la partie mal intégrée de la violence primative.
- Cas vécu il y a une dizaine d’années sur le Lac d’Annecy où surviennent de temps en temps de tempêtes violentes, brutales : nous nous trouvions en bateau sur ce lac, ballotté par les vagues impressionnantes, essayant de récupérer une mère et ses deux enfants d’une dizaine d’années, en danger de noyade. Ce bateau s’approche d’eux, ils s’y accrochent. Au moment où nous nous apprêtons à tirer en premier les enfants pour les hisser dans le bateau, la mère affolée prend appui sur eux, les repoussant dans l’eau pour que nous les sortions en premier. Elle risquait ainsi de noyer ses deux enfants s’ils avaient lâché prise. Heureusement, l’histoire finit bien, nous avons pu hisser rapidement tout le monde. Quelques instants plus tard, la mère est blottie dans le bateau avec un enfant dans chaque bras, qu’elle embrasse tendrement, en pleurant. Il s’agit là d’une réactivation brutale de l’instinct de survie qui a pris le pas, un instant, sur l’amour maternel (9).

Nous pourrions ainsi développer de nombreux autres exemples, mais il faut simplement retenir deux idées essentielles :

- La violence fondamentale est un pur instinct de conservation, une pulsion qui n’est ni bonne ni mauvaise en soi mais un instinct de survie. Si l’autre se trouve mis à mal dans la mise en acte de cet instinct, il n’a pas intention de lui faire du mal, ni haine, ni sadisme. Cette violence ne procure aucun plaisir, le sujet ne se préoccupe que de ses intérêts et ne s’intéresse pas à l’objet. Il n’ y a pas de connotation affective. C’est une nécessité vitale qui apparaît dès les premiers instants de la vie. Pour Jean BERGERET, « l’objet ne naît pas dans la haine mais il naît dans la violence ».
- L’agressivité a pris en compte la satisfaction libidinale. Elle est secondaire et renferme une part de satisfaction dans le fait de faire souffrir l’autre. La haine apparaît comme l’antagonisme de l’amour dans le sens où elle est la résultante de l’amour déçu. La mise en acte de l’agressivité et de la haine engendre les violences.

Un exemple illustre particulièrement ces deux idées, celui de la situation de guerre où il y a deux types de combattants :
- Le soldat sur le champ de bataille . S’il rencontre un ennemi il va tirer sans réfléchir non pour tuer l’autre qu’il ne connaît pas, ni pour lui faire du mal mais pour sauver sa vie, pour se préserver. Cette réaction fait intervenir le registre violent fondamental, l’instinct de survie.
- Les officiers dans les états majors qui, sur des cartes, élaborent des stratégies, des tactiques à mettre en œuvre pour gagner la bataille et en tirent du plaisir. Il y a mise en jeu de l’agressivité et de la haine de celui qui est désigné comme ennemi, et satisfaction à l’idée de pouvoir gagner la bataille.

Les aléas de l’intégration de la violence fondamentale

C’est de la qualité et de la quantité de l’intégration de la violence fondamentale dans le courant libidinal que dépend toute l’organisation psychique du sujet. L’intégration n’est jamais totale ni définitive :

- Elle peut réapparaître directement au niveau de l’individu mais aussi au nouveau du groupe à l’occasion de conflits sociaux, de guerres, de révolutions, à chaque fois que se posera le dilemme fondamental : Lui ou Moi, Eux ou Moi .

- L’échec ou l’incapacité d’intégration heureuse au sein du courant libidinal peut conduire à des structures de personnalité au sein desquelles c’est la violence fondamentale qui devient organisatrice et non le primat du génital et de l’œdipe, et prend à son compte et à son profit des quantités plus ou moins grandes de libido.
C’est la structure psychotique où la violence est l’élément organisateur de la personnalité et prend en compte des quantités variables de libido à des fins agressives, sadiques ou masochistes.

- Dans les cas les plus élaborés où la violence est mise au service de l’amour sous le primat du génital et de l’œdipe au sein d’un milieu familial affectif et suffisant sur le plan narcissique. Nous sommes au niveau structurel névrotique .

- Enfin, et c’est le cas le plus fréquent actuellement, il y a des familles mal libidinisées où l’affectivité est inhibée, où la violence est parfois exacerbée, mal canalisée par l’environnement. Ce sont des parents souvent eux-mêmes dépressifs, peu représentatifs de modèles identificatoires, peu pare-excitants, peu inducteurs d’imaginaire libidinal. Les échanges affectifs sont inexistants ou peu manifestés. Les inductions pulsionnelles ont été peu opératoires. Dans ce cas il y a un affaiblissement des deux courants pulsionnels diachroniques (violence innée et libido) et incapacité d’accéder à une organisation structurelle névrotique.

- C’est l’organisation limite où il y a insuffisance d’induction libidinale et fragilité narcissique. C’est dans ce mode d’organisation que nous rencontrons la majorité des situations dépressives des pathologies du comportement et des addictions. Le Moi et le Surmoi demeurent fragiles et mal organisés.

- Dans d’autres cas la violence fondamentale s’intègre incomplètement à l’amour et onne naissance à la haine et l’agressivité, faisant apparaître la haine comme la résultante de l’amour déçu.

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