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Pierrette, âgée de 13 ans, s’est présentée un jour à Béclère enceinte d’un peu plus de sept mois, pour accoucher et exposer sa situation. Elle était accompagnée de sa mère. A la demande de Pierrette, je les ai reçues ensemble.

Elles semblaient très liées toutes les deux ; pourtant, elles se connaissaient encore peu. Pierrette n’avait vu ses parents qu’épisodiquement jusqu’à l’âge de trois ans, puis ne les avait plus revus jusqu’à maintenant. Originaire d’Afrique Noire, les parents de Pierrette étaient venus faire des études en France quand elle avait trois mois, et l’avaient confiée à une tante au pays. Lorsqu’elle eut trois ans, son père fut interdit de séjour dans son pays en tant qu’opposant au régime. Les frères et soeurs de Pierrette avaient alors trouvé asile en France, tandis qu’elle était restée en Afrique. Peu de temps avant notre entretien, son père venait de mourir d’un arrêt cardiaque. A cette occasion, sa mère avait enfin obtenu l’autorisation de regroupement familial pour sa fillequi lui avait été refusée jusque là. C’est au deuil de son père que Pierrette devait de rejoindre sa famille en France.

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Or, en passant la visite médicale pour l’immigration, on lui avait diagnostiqué une grossesse et c’est en se sachant enceinte suite à un viol qu’ elle avait débarqué en France pour y retrouver sa mère. Quand celle-ci fut mise au courant, elle la conduisit à la maternité et c’est ainsi que je les ai rencontrées après l’assistante sociale. Devant cette situation, nous avons parlé des données du problème et des différents cas de figure envisageables : l’éventualité que l’enfant soit élevé par sa grand-mère, une institution, une famille d’accueil, l’adoption simple, l’accouchement au secret et l’adoption pleinière...etc.. Puis je leur ai proposé de réfléchir à tout cela et de reprendre rendez-vous. Ce qu’elles firent.

Au deuxième entretien, la réponse était prête, et elles la dirent d’une seule voix :
- On va le donner !

La mère de Pierrette expliqua qu’elle avait pesé le pour et le contre :
- J’aurais voulu m’occuper moi-même de l’enfant. Si mon mari était en vie, cela aurait été certainement possible. Mais ce deuil me touche trop, c’est trop récent pour que je me sente capable d’élever cet enfant.

Pierrette fut plus laconique :
- J’ai 13 ans et je ne peux pas être mère . Je veux aller à l’école.

Il fut donc décidé de confier l’enfant à l’Aide Sociale à l’Enfance. Son avenir fut discuté par sa mère et sa grand-mère. La mère refusa de le voir mais promit pour lui "une prière". La grand-mère, elle, tînt à transmettre : elle proposa, avec l’accord de sa fille, de l’assister à la naissance, de lui donner des prénoms et une médaille. Après la naissance, j’ai accompagné la grand-mère pour parler à l’enfant. Pierrette nous avait demandé de tout dire sauf ce qui concernait les conditions de la conception et son identité. L’enfant était magnifique. La grand-mère en larmes le tenait dans ses bras pendant le récit. A deux, nous avons pu lui raconter ce qu’il en était de son père et du fait qu’il ignorait sa naissance, de l’absence d’histoire d’amour qui avait présidé à sa conception, de l’espoir qu’avait sa mère en revanche qu’elle trouve de l’amour dans une autre famille. La grand-mère y ajouta toutes sortes de voeux touchants. L’enfant partit en pédiatrie, puis fut accueilli en pouponnière.

Mais qui sont ces femmes qui accouchent ainsi ?

Elles ne sont pas forcément mineures comme Pierrette, elles ne sont pas forcément célibataires, ni au chômage, ni pauvres, ni des cas sociaux. Elles sont cependant souvent soumises à des pressions, familiales ou culturelles, le père de l’enfant est souvent en dehors de la décision mais pas toujours. Elle ne sont pas des candidates à l’avortement bien que souvent elles disent ne pas s’être rendu compte qu’elles étaient enceintes. Il est cependant étonnant qu’elles viennent toujours se présenter une fois les délais légaux de l’avortement dépassés. Il me semble que le supposé déni de grossesse est souvent bien plus conscient qu’elle ne le prétendent. Elles veulent mettre au monde mais ne souhaitent pas élever l’enfant qu’elles portent. Leur grossesse se passe le plus souvent très bien au plan clinique, les naissances prématurées sont rares, et les nouveau-nés sont le plus souvent en bonne santé. Il y a bien du désir de vie dans ces grossesses.

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