Eczéma : "Mes premiers souvenirs remontent à la maternelle, quand les mamans demandaient à leurs enfants de ne pas me toucher"

Membre de l’Association Française de l’Eczéma, Marjolaine Héring est atteinte d’eczéma depuis son enfance. Diplômée en art-thérapie, elle nous raconte comment la danse lui a permis de se réconcilier avec son corps et de lutter contre sa maladie.

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© AssociationsDepuis quand souffrez-vous d’eczéma ?

Marjolaine Héring : Je suis atteinte d’eczéma depuis toujours. Un eczéma très sévère quand j’étais enfant puis adolescente, moins sévère maintenant et qui évolue différemment. Enfant, mon eczéma était généralisé à tout le corps, suintant, avec des conséquences sociales. A l’école, il y avait la stigmatisation, la peur de la contagion. C’est une maladie qui n’est pas si connue que ça, beaucoup de gens pensent que c’est contagieux alors que non.

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Vous animez des ateliers de danse, quel est le lien avec votre maladie ?

Marjolaine Héring : En parallèle à ma maladie, j’ai commencé la danse à l’âge de 5 ans, j’ai fait de la danse classique, moderne. Je me suis formée à différents types de danses. Quand j’allais à la danse, j’oubliais ma maladie, le regard des autres était différent et j’avais l’impression de créer des choses belles avec mon corps. La danse m’a aidée à travailler les problématiques de vie relationnelle, de contact.

En quoi le regard des gens est-il moins stigmatisant quand on danse ?

Marjolaine Héring : Avec le plaisir de la danse, le regard était moins important pour moi et les gens qui travaillent dans le domaine artistique ont une vision plus ouverte des choses que la société en général. Moi j’arrivais à passer outre et à montrer ma peau sur scène. La scène a quelque chose de thérapeutique, ça permet aux gens de voir autre chose de vous.

"La danse change la perception du corps"

Pourquoi avoir voulu transmettre la danse à d’autres personnes malades ?

Marjolaine Héring :Avec le recul, j’ai eu envie de transmettre cela pour passer outre diverses conséquences psychologiques liées à la maladie. Je me suis formée en art-thérapie et j’ai monté une association qui s’appelle Exmoveo. Je propose des ateliers collectifs et individuels à tous types de personnes, pas uniquement atteintes de maladies de peau.

Comment l’art thérapie peut-il aider quand on souffre d’eczéma ?

Marjolaine Héring :L’art thérapie s’adresse à tout le monde. Moi j’utilise la danse et le théâtre, ce sont des méthodes encore plus puissantes que le dessin ou l’art plastique parce que ce n’est pas le crayon qui est l’instrument mais le corps. Or la maladie touche la perception corporelle. Quand on a de l’eczéma, on a des douleurs, des démangeaisons. On peut changer cette perception.

Faut-il faire beaucoup de séances pour ressentir les bienfaits ?

Marjolaine Héring : Il faut essayer de faire cela sur un an, idéalement une fois par semaine. Des études ont montré qu’à partir de dix séances, on peut avoir des effets. Après chacun fait selon ses besoins, ses envies. En art-thérapie, on travaille sur le cadre thérapeutique, il faut qu’une relation de confiance s’installe entre la personne et le thérapeute. On travaille sur le lâcher-prise, il faut réussir à exprimer ce qu’on a à exprimer, libérer des choses parfois compliquées. On symbolise sa douleur et on la transforme en quelque chose qui a une charge esthétique, ce qui va agir dans le processus thérapeutique. On va le travailler, le mettre en scène, c’est ça qui va permettre à la personne de se distancer de ses émotions négatives. Il y a des gens qui vont tout de suite se sentir libérés, d’autres qui vont mettre plus de temps.

"Quand on a une maladie affichante, on est dans le contrôle"

Et dans le cas de personnes souffrant de maladies de peau ?

Marjolaine Héring :Dans le cas de dermatite atopique, les gens sont souvent dans le contrôle. Quand je travaille avec des gens qui n’ont pas de maladies de peaux, ils arrivent à s’exprimer plus rapidement. C’est lié à l’histoire de chacun. Quand on a une maladie affichante, on doit être dans le contrôle : comment on s’habille, comment on se maquille pour cacher ses plaques, on vérifie en permanence son image.

Votre eczéma est-il guéri depuis ?

Marjolaine Héring :J’ai encore de temps en temps de petites crises. Quand ça vient, c’est sur tout le corps.

L’eczéma est banalisé depuis longtemps, notamment chez les enfants, les choses s’arrangent-elles selon vous ?

Marjolaine Héring:L’eczéma touche 20% des enfants et 4 à 5% des adultes. Mes premiers souvenirs remontent à l’âge de 5 ans, à l’école maternelle, les mamans qui demandent à leurs enfants de ne pas me toucher alors que ce n’est pas contagieux. Mais depuis 2, 3 ans, il y a des études qui sortent sur les impacts de la maladie sur la qualité de vie ce qui n’était pas une priorité avant. On se rend compte que c’est lourd. Il y a quand même 50% des gens qui ont une dermatite atopique qui ont des symptômes de dépression et d’anxiété.

"Il ne faut jamais mettre sa vie en attente"

Avez-vous un message à faire passer à toutes les personnes qui souffrent d’eczéma ?

Marjolaine Héring : J’encourage les gens à travailler sur leur bien-être et mieux-être. Le bien-être fait partie de la définition de la santé de l’Organisation mondiale de la santé mais on l’oublie. Passer par l’art-thérapie, la danse ou autre comme la musique, le dessin, c’est une belle façon de se sentir mieux, de passer outre les conséquences de la maladie. Quand on se prend en considération dans sa globalité, ça permet d’aller mieux et de se soigner, surtout quand il s’agit de maladies chroniques comme l’eczéma. Beaucoup des personnes ne veulent plus se soigner, au fur et à mesure des crises. Mais il ne faut jamais mettre sa vie en attente et agir sur son bien-être.

>> Découvrir l'Association Française de l'Eczéma

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