La France renonce au clonage thérapeutique

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Valse d’hésitations : Le gouvernement vient de renoncer à légaliser le clonage à visée thérapeutique. En suivant les conclusions du Conseil d’Etat qui s’est prononcé, à une voie de majorité près, le 14 juin contre cette pratique, Lionel Jospin a ainsi choisi de faire marche arrière. En novembre 2000, le premier ministre s’était, en effet, dit convaincu de l’intérêt de légaliser le clonage se rangeant derrière l’avis du Comité Consultatif National d’Ethique.

En revenant sur son souhait initial, Lionel Jospin s’aligne en fait sur la position de Jacques Chirac qui en février dernier, déclarait lors d’un congrès mondial sur les sciences du vivant à Lyon : « Je ne suis pas favorable à l’autorisation du clonage thérapeutique. Il conduit à créer des embryons à des fins de recherche et de production de cellules et, malgré l’interdit, rend matériellement possible le clonage reproductif, et risque de conduire à des trafics d’embryons ».

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Le chef de l’Etat ne faisait que reprendre les arguments de certains scientifiques et notamment celui du Pr Axel Kahn, généticien de renom, pour qui l’autorisation de la pratique du clonage thérapeutique risquait de conduire à « l’instrumentalisation » de l’embryon.

Pour bien comprendre l’ambiguïté de la technique, il faut savoir qu’elle consiste schématiquement à créer un embryon humain en transférant dans des ovules débarrassés de leur noyau, un noyau de n’importe quelle cellule du corps humain, de la peau, du foie, des ongles, des cheveux - à l’exception des cellules sexuelles.

L’intérêt de la méthode est énorme : obtenir des cellules souches. Identiques à celles de l’adulte donneur de cellules, celles-ci ont l’extraordinaire propriété de donner naissance à toute sorte de tissus, et ainsi de régénérer des organes défectueux. Elles représentent une ressource thérapeutique précieuse pour les patients en attente de greffe atteints des maladies de Parkinson, d’Alzheimer, de la chorée de Huntington, des insuffisances hépatiques, du diabète, du cancer, de l’infarctus du myocarde ...

Si séduisante soit elle, cette technique soulève toutefois d’importantes questions éthiques car l’embryon y est utilisé comme du « matériel de laboratoire », sans la moindre part d’identité. Et sans âme bien sûr ...

En outre, la méthode ouvre la porte à la technique du « clonage reproductif », dérive scientifique qui n’est autre que le clonage humain. Alors que les membres de la secte de Raël clament, haut et fort, qu’ils sont prêts à l’expérimenter, le Pr Severino Antinori gynécologue généticien à Rome, prétend qu’il sera le premier à cloner un être humain. Le sujet en intéresse plus d’un ...

Or sur le plan scientifique, la tentation est grande : il suffit de transplanter dans un utérus les embryons obtenus par transfert de noyaux, pour obtenir des bébés clones, copie conforme du donneur de cellules.

Scandale, polémiques ... Il n’empêche que de la science fiction à la réalité, il n’y a qu’un pas. Celui du scénario catastrophe où l’on en arriverait aux trafics d’ovules avec des cohortes de donneuses rémunérées. Pour l’heure, bien sûr, cette technique dite de « clonage reproductif » est interdite en France sous peine d’une sanction pénale de vingt ans de réclusion criminelle. Mais en autorisant le clonage thérapeutique, n’aurait-on pas favoriser son développement ?

Au nom de la dignité de l’homme, et se rangeant derrière l’avis du Groupe d’Ethique Européen qui s’était prononcé contre le clonage thérapeutique en novembre 2000, la Commission des droits de l’homme et le gouvernement français a donc jugé la « technique éthiquement inacceptable ».

Une entrave aux progrès de la science, rétorquent certains. Car avec ce refus, disparaissent aussi les perspectives de traitements contre certaines maladies neurodégénératives, à ce jour incurables comme la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson.

Non, répondent les spécialistes. Il existe aujourd’hui d’autres méthodes pour obtenir des cellules souches pour soigner ces pathologies... A partir d’embryons surnuméraires. Ces embryons humains conçus par des couples ayant eu recours à des fécondations in vitro, mais qui n’ont pas été utilisés dans un projet de bébé, se comptent par centaines dans les congélateurs des services spécialisés en procréation médicalement assistée. Que faut-il en faire ? Les détruire. Position très discutable. Pourquoi ne pas les utiliser pour en extraire des cellules souches, ont suggéré quelques scientifiques, dont le Pr Axel Kahn. Idée retenue par le gouvernement qui bien que refusant le clonage thérapeutique autorise la recherche sur les embryons surnuméraires qui ne font plus l’objet d’un projet parental.

En suivant cette piste de recherche, la France n’aura donc pas suivi l’exemple de la Grande Bretagne, seul pays a avoir légalisé le clonage thérapeutique, il y a près d’un an. Par cette décision elle entend bien initier un débat de réflexion sur les grandes questions de recherche médicale et de respect du corps humain.

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