Tchernobyl : quelles pathologies ?

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Les irradiations induisent des altérations cellulaires et tissulaires à l’origine de certaines pathologies. L’I.P.S.N. estime la dose reçue sur 60 ans - de 1986 à 2046 à moins de 1,5 mSv/hab dans l’Est de la France (1% de la dose naturelle) qui est la la région la plus touchée.

Iode-131 et les pathologies thyroïdiennes

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Fait indiscutable lié à l’accident de Tchernobyl : l’augmentation considérable d’un facteur 10 à 100, depuis 1990 du taux naturel de cancer de la thyroïde. Une fréquence accrue notamment chez l’enfant de moins de 15 ans, en Biélorussie, au nord de l’Ukraine et dans le sud de la Russie. Dans la région de Gomel, l’incidence est passée de 0,3 pour 100 000 enfants à 9,6 en 1993. En Ukraine, elle est passée de 0,1 en 1981 à 1,1 (IPSN, 2000). Au banc des accusés : l’iode radioactif incorporé dans l’organisme. De fait cet élement se fixe préférentiellement dans les cellules de la thyroïde, entraînant une diminution de la capacité de fonctionnement de la glande (hypothyroïdie).

Doses à la thyroïdes (en Gray) reçues en Biélorussie

Zones Dose moyenne Dose maximale
Villages évacués 1,3 50
Villages non évacués 0,5 57
Nord-est de Gomel 0,28 20
Ville de Gomel 0,13 7,5

Source : Health Physics, 1999

Les cancers induits par des rayonnements ionisants sont le plus souvent agressifs et fréquemment accompagnés de métastases ganglionnaires cervicales. Néanmoins, dans sa forme différenciée (70% des cancers thyroïdiens) la guérison définitive intervient dans 85% des cas. D’autres pathologies thyroïdiennes non cancéreuses peuvent être liées à l’irradiation (nodule bénin ou inflammation appelée thyroïdite), mais aucune donnée n’est disponible (source : I.G.R.).

La dose responsable (100 mSv) varie suivant le fonctionnement de la thyroïde qui est particulièrement intense chez l’enfant (développement rapide des cancers). On considère aussi qu’une dose de 100 mSv est susceptible d’entraîner l’apparition d’un cancer 5 à 10 ans après l’exposition. La fixation est d’autant plus grande pour une population présentant une carence alimentaire en iode.

On observe une diminution progressive des cas à partir de 1995 en relation avec une diminution de la proportion d’enfants de 0 à 14 ans ayant été exposés en 1986 (pas encore nés). A l’inverse, pour la classe des 15-29 ans, l’augmentation s’accentue. Il s’agit en effet des de sujets qui avaient entre 2 et 16 ans en 1986 (IPSN, 2000).

Chez l’adulte, l’augmentation observée du nombre de cancers thyroïdiens dans les zones les plus contaminées (incidence multipliée par 3) peut être liée à la détérioration de tumeurs présentes avant l’accident.

Nombre de nouveaux cas de cancers de la thyroïde chez les enfants (0-14 ans) et les adultes (15-29 ans) en Biélorussie)

En France, le risque de cancer de la thyroïde en relation avec les retombées de Tchernobyl est faible. L’I.P.S.N. a calculé pour un enfant de l’Est de la France une dose à la thyroïde de 10 mGy à 16 mGy, c’est à dire 10 à 1000 fois plus faible qu’une irradiation médicale. L’augmentation du nombre de cancer de la thyroïde serait plus liée au progrès de dépistage (IGR). En effet, un nodule thyroïdien n’est décelé cliniquement que dans 4 à 7% des cas pour les populations où la carence alimentaire en iode a été corrigée (cas de la France).

Le rôle de la pastille d’iode

A titre préventif, en 1998 des capsules d’iodure de potassium ont été distribuées aux personnes vivant près des centrales nucléaires françaises, afin de saturer leur glande en cas d’accident, et d’éviter ainsi la fixation de l’iode radioactif. Une campagne inédite mais au succès mitigé. Car 21% des sujets ne savaient pas où se procurer les capsules. De plus, si 44% des personnes interrogées savent à quoi servent les capsules, 40% ne le savent pas (IPSN, 2000).

Un individu porte plainte

Le 16 mars 2000, une plainte a été déposée par une personne de 31 ans atteinte d’un cancer de la thyroïde contre Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, Me Charzat, Ministre de la santé, et Mr Carignon, Ministre de l’environnement, pour coups et blessures involontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail de plus de trois mois. Les trois ministres sont accusés d’avoir négligé en 1986 d’informer et de prendre les mesures préventives d’urgence mises en œuvre dans les pays voisins. La plainte s’appuie sur un certain nombre d’arguments : l’âge au moment de l’accident du patient, le type histologique du cancer, ses habitudes alimentaires (fongivore [14]), délai entre les retombées, l’apparition du cancer et la région de résidence (Reims).

Mutations, leucémies et cancers

L’ionisation par rayonnements modifie chimiquement certaines molécules clé de nos cellules comme l’acide désoxyribonucléique (ADN), support de notre patrimoine génétique. Des altérations radio-induites qui sont en permanence réparées par certains systèmes enzymatiques de notre organisme. Mais l’efficacité de tels « systèmes réparateurs » dépend de la dose ionisante. Au delà d’une certaine dose, le système est vite saturé, les cellules non réparées meurent, les tissus se nécrosent, des pathologies tissulaires apparaissent (Jimonet, 2000).

Si la lésion a échappé aux mécanismes de réparation, il y a mutation irréversible de l’ADN.

Lorsque le tissu touché est celui à l’origine des cellules sanguines cellules, cela conduit aux leucémies. Depuis l’accident de Tchernobyl, aucune relation entre la fréquence des leucémies et le degré de contamination contrairement aux observations effectuées après Hiroshima de 1950 à 1985 (Dab et Bard, 1997). Ces conclusions ne sont pas définitives mais l’excès, si il existe, est modéré.

Si la mutation de l’ADN est nécessaire au développement d’un cancer, d’autres facteurs génétiques et environnementaux sont également nécessaires. D’où le délai d’apparition (plusieurs décennies) et la nature aléatoire des cancers. Les effets tardifs concernent alors des tissus se renouvelant peu et lentement. C’est le cas de la fibrose radio-induite (tissu conjonctif remplacé par un tissu dense et rigide) de la peau, ou des poumons et de la cataracte (opacification du cristallin lors d’une irradiation directe) dont souffrait Marie Curie. Il n’existe dans ce cas pas de réversibilité spontanée pour ces effets. La dose reçue est moins importante que la fréquence d’exposition, d’où le développement de cancers à des doses faibles (de 0,05 à 0,2 Gy) (Bailly-Despiney et al., 1998).

Rien ne permet de distinguer les cancers radio-induits de ceux d’autres origines. Par exemple, dans le cas des poumons, l’apparition des tumeurs peut souvent être favorisée par la consommation de tabac qui détruit également les cellules.

De même, pour les cancers solides, le risque accru est difficile à mettre en évidence car un tel effet ne peut être observée qu’après de nombreuses années. Le suivi à long terme des survivants d’Hiroshima et Nagasaki a cependant montré une augmentation faible mais significative de la fréquence des cancers chez les sujets devenus plus âgés, d’où l’importance du délai dans ce genre d’étude.

Radiation et hérédité

L’irradiation en cours de grossesse a t-elle des effets sur la santé des nouveaux nés ? La question n’est pas encore tranchée. Si en Ukraine et en Biélorussie une augmentation de nouveaux nés hydrocéphales et aveugles a effectivement été observé, rien ne prouve que ces malformations congénitales sont due à l’irradiation. Elles peuvent être dues à des carences en vitamines suite aux restrictions alimentaires imposées par les autorités sanitaires aux populations pour éviter la contamination de la chaîne alimentaire.

Cependant certaines observations chez l’animal laissent penser que l’ionisation par rayonnement a une répercussion sur les caractères héréditaires.

Chez les rongeurs vivant à proximité du site de Tchernobyl, des altérations sans précédent ont été observées dans leur génome, précisément sur le gène codant pour le cytochrome b. Si les animaux « mutés » ont une fertilité et une viabilité normale, des études chez la souris ont montré que ces mutations sont transmises à la deuxième génération (Dubrova et al., 2000).

Autre exemple, les hirondelles de cheminées. Dix ans après l’accident de la centrale, 13% des hirondelles de cheminée sont devenues albinos. Cette aberration de plumage, habituellement rare, est transmise de génération en génération (Ellegren et al., 1997).

Un résultat qui soulève la question du risque génétique chez l’homme. Un risque qui cependant semble faible. A cela deux raisons. Tout d’abord, la probabilité de fécondation d’une cellule mutée est faible et d’autre part la viabilité de l’embryon est soumis naturellement à une forte sélection qui protège contre les effets radio-induits héréditaires.

Pour preuve ... chez les survivants d’Hiroshima, aucune anomalie génétique n’a été décelé en deuxième génération. Prudence toutefois , aucune étude irréprochable sur de grandes cohortes n’a jamais été réalisée dans ce domaine pour le vérifier.

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