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Du point de vue de la gestion de l’information pendant l’accident, la France est un cas d’école de mutisme. Les experts ont tout fait pour que les causes, l’étendue et les conséquences du désastre ne soient pas mises à nu.

Ainsi, les mesures sanitaires prises par les voisins ; distribution d’iode aux femmes enceintes et enfant de moins de seize ans, interruption de la distribution en produits frais en Allemagne et en Italie n’ont pas été mises en œuvre dans l’hexagone. Sauf tardivement pour les épinards !

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Les pouvoirs publics ont été soucieux avant tout d’éviter l’inquiétude et les interrogations de la population.

L’accident de Tchernobyl a servi de détonateur :

premièrement, le secteur du nucléaire, très militarisé donc sécurisé et habitué au secret, s’est ouvert. La CRII-RAD a été créée par des experts « dissidents » pour multiplier les sources d’informations. De même, un effort a été fait pour en finir avec le principe « d’auto-contrôle » de ce secteur unique au monde. Le S.C.P.R.I. est devenu l’O.P.R.I. en 1994 et l’I.P.S.N. s’émancipe peu à peu de la tutelle du C.E.A. De plus, des mesures de radioactivité environnementale sont de plus en plus prises en charge par les collectivités locales. Enfin, le 3614 TELERAY communique les mesures de radioactivité dans l’environnement (Verger et al., 1996).

Toutes ces mesures vont dans le sens d’une redistribution entre les acteurs du secteur nucléaire, dont les citoyens ne doivent pas être écartés, amenant l’éclatement du pré carré du lobby nucléaire français. L’enjeu en vaut la chandelle « électrique » d’autant plus, qu’en 1999, 72% des français étaient favorables à une autorité indépendante des industriels et du gouvernement pour la réglementation et le contrôle de la sûreté nucléaire ;

ensuite, l’accident de Tchernobyl a porté préjudice au climat favorable en France au développement de l’énergie nucléaire (67% des français favorables avec la politique nucléaire d’E.D.F. en 1986 contre 58% en 1981) qui n’est cependant pas remis en cause (La Recherche, 1986). Le discours actuel met l’accent sur l’absence de marge de manœuvre qui nous oblige à accepter le nucléaire et ces risques sans possibilité de débat ;

Compte tenu de l’importance de son parc nucléaire (80% de l’électricité), la France présente le plus fort taux de risque potentiel. D’autant que les centrales françaises sont souvent situées dans des zones assez peuplées ou même sur des fleuves alimentant de grandes villes (Rhône, Nogent-sur-Seine). La communication sur les risques nucléaires s’est améliorée. Après Tchernobyl, difficile d’avancer les risques d’actions individuelles et volontaires (nombre de morts sur la route) pour arguer de la sûreté du nucléaire. Mais, on considère que tant que la limite des normes n’est pas atteinte, il n’y a pas de danger même si l’effet des doses sur la santé est inconnu.

De même, le discours est toujours basé sur la confiance sans faille des promoteurs de centrales dans la sûreté de leurs installations. On considère qu’un accident en France serait moins brutal qu’à Tchernobyl. La radioactivité serait retenue dans le confinement assez longtemps pour agir. Cela a entraîné un glissement sémantique faisant d’un accident à faible probabilité un accident impossible. Aujourd’hui, on est revenu sur ce tabou du « risque zéro ». Les probabilités de fusion de cœur sont estimées de 5.10-5 à 1.10-5 par réacteur et par an (Haessler et Schwarz, 1998). En cas d’incident, les grands irradiés (personnels de la centrale) seront dirigés vers les hôpitaux régionaux équipés ou vers Clamart (Hôpital militaire de Percy) spécialisé en radio-pathologie.

Les sondages d’opinion publique (1999) montrent que les français font confiance aux compétences techniques des organismes (80% de oui pour E.D.F. et 78% pour l’I.P.S.N.) mais sont nettement moins sûrs de la véracité de l’information (52% pour l’I.P.S.N. et 46% pour l’O.P.R.I.).

Enfin, même si le souvenir de l’accident de Tchernobyl semble s’évaporer peu à peu (recul de 14% depuis 1990), il demeure encore présent dans les mémoires (40% des personnes interrogées) et que 55% jugent un accident aussi grave encore possible (contre 46% en 1996).

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